Band 
Tome III. [P - Z.]
Seite
665
JPEG-Download
 

T U N

plus grand, & ils commencent la cérémonie par une Ion- 'gue Procession, précedée de quantité de drapeaux & debannières avec plusieurs instrumens. Les uns touchentdi-verses sortes de tambours, & les autres ont des hautbois,des cornemuses & des trompettes, au son desquelles il yen a qui fautent & qui dansent,fous divers habits de Co*uediens & de Pantalons. D’autres marchent à cette Pro-cession le cimeterre au côté, avec un bouclier & certainsbâtons pleins de noeuds & ferrez par les deux bouts. D’au-tres jr portent désarmés à feu,dont ils font incessammentdes décharges pour donner de la terreur au Démon,& danscette vûë ils accompagnent tous ces sons confus, de tonsde voix horribles & épouventables. Les parens suivent im-médiatement le cercueil & ne s’en éloignent point. Ils^ ordonnent jamais de leur sépulture dans les Temples desIdoles, mais seulement dans leurs heritages au milieu de" campagne, pour pouvoir jouir du revenu & cn disposercn 1 auî re vie. La dépense de ces enterremens est incroya-ble.Us consument en festins seuls une grande partie de leurbien pour témoigner leur reconnoissance, le mari envers falemme,la femme envers son mari. Sc les enfans envers leurpere & l cur mere. Ceux qui se piquent d’être plus magni-bques que les autres, sont construire au milieu d’une gran-de Place par où doit passer l’enterrement une maison decharpente, dont tout le bois est doré, & qui est ornée debguresd’hommes, de chevaux & d’élephans,couverts ausside morceaux de papier doré au lieu d’étoffe, & ils y met-tent le feu, dans la pensée qu’aussi-tôt que toutes ces cho-ies sont réduites en cendres, elles se métamorphosent parla vertu des Idoles , & prennent un corps réel & véritable,ce qui fait avoir aux Morts de quoy regaler les Geôliers de1 Enfer,fans quoy ils exerceroient fur eux toutes fortesd inhumanitez. C’est par la même superstition que les plusÇichcs invitent toute la famille en leurs maisons. Là, a présleur avoir fait prendre place selon leur degré d’affinité, ilsle disposent de telle sorte, qu’íls forment une figure cir-culaire, presque comme un arc fous plusieurs pieces deíoye qui sont étendues en l’air,& aufquelìes ils semblentiervir de colomnes pour les soutenir. Ils disent que c’estpar-là que l’Idole doit passer pour accompagner le Défuntcn f autre monde. Ils luy sont la même offrande & dans les^emes cérémonies le septième jour, le trentième & le cen-time , outre le septième mois, qui est consacré à la mé-moire des Morts, & auquel commence un annuel que l’onrenouvelle pendant trois ans qu’ils portent le deuil. Dansîout ce temps les parens au premier degré ne RhabillentPoint de foye, mais seulement de grosse toile blanche,aveccette circonstance, que leurs robes ne font point bordéespat le bas, & qu'ils portent fur les épaules un morceaud étoffe de forme quarrée qu'ils cousent vers le milieu deces mêmes robes. Pour marquer le respect qu’ils ont pour*eurs Ancêtres défunts, ils fe coupent une partie de leurscheveux, & n'affistent ni aux fêtes ni aux assemblées. Ilscessent en ce temps-là de solliciter le jugement des procès

3 u 'ils ont, & les Juges mêmes, dans une semblable occasione la mort de leur pere ou de leur mere, font retraite ensturs maisons. Ils jeûnent l'efpace de plusieurs jours, cou-chent fur la paille & s'ils font mariez ils vivent séparément,Çqmme sœurs & freres. Si la femme pendant ces trois moisNaisse quelque marque d'être retournée avec son mari &Scelle devienne grosse, il faut qu’elle subisse la peine queE Loy prescrit. De même il n'est point permis aux enfansde sc marier pendant tout ce temps, & li quelques-unscontractent un mariage secret,outre l'amende pécuniairea laquelle ils sont condamnez par le Juge lors qu'il en aconnoissance, le mariage est déclaré nul. Ceux qui meu-* 5 nt hors du Pays ou dans la campagne, y demeurent fanssepulturg, li ce n’est qu'on les couvre de quelques mottese terre. Si les parens qui ont reçu la nouvelle de leur*? ort . ne peuvent faire transporter le corps en leur mai-oo , ils écrivent son nom fur une petite planche qu’ils ap-pellent Than fy, & luy font les mêmes cérémonies que si on• CUr avoir apporté le corps. Quand les peres & les meresj£ n orent le lieu où leurs enfans meurent, ils consultent lesMagiciens, qui avec de certains miroirs & au son de quèl-S u es tambours évoquent l'ame du Mort. Si elle ne paroitP°mt, ces Magiciens font*unc statue de plâtre qu ils met-

•f^dans une biere,& continuant toujours leurs prières

est zni c f°ste que l’ame y est entrée, & que ce fantôme en

Ees obfeq Ues jeurs Rois fe font avec beaucoup de

r-w« m.

T U N

66 5

magnificence. Celles du Roy TaThàtyThûong,quîmou-rut le z 6 . de May .1657. furent des plus remarquables. Lanouvelle de fa mort ayant été portée au Prince héritier duRoyaume, il prit aussitôt le deuil, & fe rendit avec fesfreres dans la grande salle des cérémonies ,au milieu delaquelle ils virent le Roy étendu fur un superbe brancard,d’un bois odoriférant, garni par dedans d’un drap dor,dont les extrêmitez relevées , couvraient tout-à-fait lecorps. Les Princes ses fils, les neveux & les parens de lafamille Royale, revêtus de sacs Sc de cordes avec un petitcordon fur la tête, après de profondes reverences, pleu-rèrent leMort,en exaltant les saveurs qu’ils en avoiem re-çues pendant ion régné. La Reine vêtue aussi de dciiil,quíconsiste en un habit blanc avec un grand voile, attendoitqu’un des principaux Mandarins leur eût coupé les che-veux, pour ordonner la cérémonie dont elle fixa la pompeau 28. du même mois. Ce jour arrivé le Prince retournaau Palais avec tous les autres de la famille Royale ,d’cùs’étant rendus dans la selle où le Roy défunt étoit exposé »ils le transportèrent dans une maison destinée pour unenouvelle ceremonie, Le cercueil ayant été mis fur une ta-ble toute dorée, & chargée d’une infinité de fleurs, doncl’odeur jointe à d’autres senteurs de pastilles tres-exquifes,parfuraoit la selle, parmi une infinité de flambeaux de cireblanche dont elle étoit eclairee;on commença peu de tempsâpres la marche de l’enterrement dans la Province deThtgn Ho* , d’où cette famille Royale est originaire. T roisdes principaux Mandarins furent nommez d’ofíice pouraccompagner le corps à quatre journées de la ville Royale,après avoir fait serment qu’ils cacheroient si bien à totìt lemonde le lieu où ils dévoient ['enterrer , qu’il ne feroitconnu que d eux trois. Ces sormalitez ayant été observées,on entendit un son confus de tambours démontez,dont onétoit convenu pour le signal de la marche,qui fut si longue,qu’eîle occupoit prés d’une lieuë de chemin, depuis le Pa-lais jufqu’à la rivière. Les Soldats des Gardes parurent d’a-bord tous vêtus d’une grande robe de toile fine d’un bleuobscur,avec une espece de toque sur la tête de !a mêmeétoffe & de la même couleur. Quinze mille,tant Haliebar-diers que Mousquetaires,doublèrent leurs rangs des deuxcotez de la rue, & s’y rangèrent en haye pour empêcher ledésordre. Une Compagnie de Soldats vêtus de blanc avecde grandes cannespeintes à la main, en fermoitles avenues,& il n’étoit permis d’y pafler qu’à ceux qui avoient quel-que commandement. La première figure qu’on vit sortitdu Palais, fut une colomne de six palmes de diamètre,hautede soixante, & chargée de trois globes fur fextrêmité. Lecorps de cette colomne étoit couvert d’une riche étoffe defoye, & on y lifoit en caractères d’or & d’argent, l’âge 6 cles vertus du Roy,Sc les plus belles actions de se vie. Cettegrande machine avançoit par le moyen de certaines roues,& asm qu’elle ne panchât pas plus d’un côté que d’autre -,plusieurs personnes qui lâchoient ou tiroient les cordes, la.conduifoient toûjours si droite, qu’elle fembloit plûtôtêtre fur un piédestal solide que fur un chariot mouvant.Après cette colomne on vit une ville de relief avec fesmurailles, environnées de boulevards & de bastions fur unautre chariot presque tout d’or. Celuy-là étoit suivi d’untroisième, fur lequel paroiflbit un Trône Royal, dont lamatière étoit d’or & d’ivoire, & qui n’étoit chargé que dela couronne Royale. Toutes ces choses étant ainsi dispo-sées , les Musiciens commencèrent leur íïmphonie avec di-verses sortes d’instrumens fans chanter , mais l’accompa-

f nant de larmes & de soupirs. Ils furent suivis par deslandarins & Princes du sang vêtus simplement d’étoffesfaites d’écorces & de feuilles d arbres à la maniéré desPaysans. Les Eunuques & les plus considérables OfficiersduRoy marchoient auprès de la maison portative où étoitle corps, & d’autres Mandarins & Princes du Sang préce-doient immédiatement le brancard, que le Prince & Cesautres freres suivoient nud pieds, avec de faux cheveux,une barbe blanche contrefaite, &un bourdon à la mainfur, lequel chacun fembloit s'appuyer, comme autant deVieillards comblez d'années,& n’ayant plus de support.Les Mandarins de la famille Royale qui accompagnoíent lecorps, n’étoient guere moins de mille,précédant les Reines& les autres Dames du Palais au nombre de huit ou neufcens, toutes en habit blanc, & couvertes d’un grand voile.Quatre mille hommes fous les armes pour la garde duPrince heritier de la Couronne, terminoient ce grand cor-tège. Ceux qui le formoient fêtant rendus furie bord du,

Pppp