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Tome III. [P - Z.]
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fleuve, s’y reposeront jufqu’à ce qu’on eût transporté lecorps dans la galere Royale qui étoit à l’anere,& orneesuperbement. II y fut reçu au tintamarre de tout leur canon& de leur mousqueterie ,8c jamais on n’avoit vû tant depompe. L’étendard de la galere étoit de toile d’or.On avoitcouvert le plancher de la chiourme de riches tapis de Perse,& lesRameursavoient des habits de curieuses étoffes.Deuxautres galères dorées dedans & dehors, depuis la pouppejusques à la prouë, quittèrent la rade pour s’avancer versle Port, Tune pour recevoir la Ville & l’autre le Mausolée.S’en étant mises en poíleísion, elles accompagnèrent la ga-lere où son avoit mis le corps , 8c chacun y prit la rame aupremier signal qu'elles reçurent de son départ. Peu detemps aprés on s’en servit lentement & en cadence pourdonner le temps au Prince 8c à ses freres de terminer ce de-voir de pieté par les dernieres marques de leur douleur. Ilsdemeurèrent tous en cet endroit Lc les pieds dans seau,juf-qu’à ce que le fleuve qui serpente sort leur eût caché lesgalères, aprés quoy le Prince retourna au Palais dans unecontenance fort mélancolique, fans parler ni à ses freresni aux Mandarins qui l'aceompagnoient. Tous les Vassauxd u Royaume furent obligez de porter le deuil l'esoacedevingt-íept jours avec défense de plaider , ni de faire denoces ou aucun festin. II fut défendu de même pendanttrois ans d’accompagner aucune fête, non pas même lesplus solemnelles ,d'instrumens,de chansons, de danses, &d'autres choses semblables.

Le Prince pour mieux honorer les obsèques d u Roy sonpere , résolut de faire encore quelque chose de plus pom-peux que ce qui avoit paru. On choisit pour ce sujet une

f ietite Ifle située au milieu de la riviere, & quia trois mil-es de longueur,duSeptentrion au Midy,de largeur un peuplus d’un mille , 8e de tour entre sept 8e huit. On y traçafur le fable le plan des trophées qu’on y devoit élever, Ledont le travail fut partagé entre quantité d'ouvriers selonleur profession ,fans s’éloignerdu premier dessein,qui con-iïstoit à reprefenter au naturel une nouvelle ville Le unenouvelle Cour. Cette entreprise occupa jusqu’au 28. deDecembre , une infinité d’ouvriers, qui n’en voulurentpoint d’autre récompense que la gloire d’avoir épuisé leurArtau service de leur Roy. Ce grand dessein étant achevé,on convint du jour où se dévoient faire les cérémonies, 8eafin que le Peuple pût jouir d’un spectacle si superbe, onpermit l’entrée de cette nouvelle ville dés la veille à tousceux qui fie presenterent pour s’y promener. Elle étoit bâ-tie fur le fable le long de la riviere qui l’environnoit, 8celle avoit quatre Portes. Du côté du Midy on voyoit unecolomne extrêmement haute, fur un piédestal revêtu delames d’or 8c d’une grosseur prodigieuse. Sur sextrêmitéde cette colomne étoient trois grands globes aussi d’or ; 8epour la rendre encore plus brillante, on i’avoit couverte dqtoile d’or, Le ornée de plusieurs autres pieces de richesétoffes chargées de lames d’or 8e d’argent. Sur ces piecesde brocard on lisoit en caraéteres percez à jour les plus bel-les actions du défunt Roy. Les cotez étoient ornez de deuxstatues de Geans, qui avoient chacun un arc & des flèches.A quelque distance de-là on entroit dans une rue , où plu-sieurs escadrons étoient rangez en bataille avec plusieursélephanscouverts de superbes housses,& chargez fur le dosde tours bien dorées & remplies d’hommes armez, quiavoient tous des habits d’une étoffe précieuse. Vers le mi-lieu de la ville on avoit élevé vingt tours en trois endroitsdifferens, fans compter celle du milieu, qui surpaffoit tou-tes les autres tant en hauteur 8e grosseur qu’en délicatessede sculpture,& en ornemens d’or 8e d’argent. La formeen étoit quarrée. Elle avoit au moins douze brasses de hau-teur ,8e chaque face deux ôc demie de largeur. Tout l’af-femblage de cet édifice ne fubsistoit que par l’union dequelques poutres ornées de papier peint 8e découpé parmorceaux , qui formoient autant de figures disserentes.Chaque tour avoit sept étages,percez de chaque côté d’unegrande croisée pour éclairer le dedans,afin que l’on y pûtòbferver un grand nombre de statues, qui representoientles différens Officiers qui servoient le Roy actuellementdans son Palais. Elles avoient toutes de fort beaux habits,& étoient rangées selon la qualité des personnes qu’ellesrepresentoient. Au de-là des tours on voyoit deux magni-fiques Palais,dont les ornemens étoient de relies. L’unétoit beaucoup plus riche que l’autre, parce que le toit, demême que les murailles, étoit revêtu de brocard d’or fursextrêmité des quatre encoig nûres, & qu’il y avoit fur le

comble cinq grands globes d’or. L’autre Palais,quoy flu^ 'ferieur 8c moins superbe, ne luy cedoit pas en beauté d architecture. On y voyoit cent jolies figures, tant de p a P l£ *doré que de toiles teintes de disserentes couleurs,que c cUdu métier ayant coupées par bandes en plusieurs morceaux,avoient rejointes ensemble. Des fauxbourgs on entrojdans la nouvelle ville par trois grandes Portes. II y aV °’environ quatre cens maisons toutes de bois, les unes dore8e les, autres peintes. Elles étoient séparées les unes des autres,8e l’on en voyoit plusieurs dans une égale distance 1 u"devant l’autre , qui formoient la principale ruë,au boutlaquelle le Palais Royal faisoit une tres-agréable persp£°vé. Les autres maisons qui étoient bâties ailleurs, comP^soient un Labyrinthe de chemins qui representoient p arla 'tentent bien les départemens de la Cour Royale, f orne-ment du dedans étoit ou d’étosse ou de soyc toute P ur ^° £enrichie de fleurons d’or. La maison de l’Infant iurpau 01toutes les autres. II y regnoit une grande galerie, dont 1balustres étoient d’un métal qui avoit la forme d’une MÇPnoyé du Pays, 8e afin que cet ouvrage ne parût pas'simp Ie ,ment de bronze, on avoit entrelacé vers le milieu q nantide cercles d’argent, 8c chargé les balustrades de plusie uboules aussi d’argent. Tout le toit étoit couvert de cettmêmemonnoye,& fans de grossescolomnes qui appuyoiscet ouvrage , il n’auroit pu subsister long-temps sous te P efauteur d’un si grand fardeau. On estima fort uneautiymaison qu’un des principaux Eunuques avoit fait bâtir p r *fde celle-cy , à cause des riches étoffes de soye à fleuronsfigures d’or dont il l’avoit fait orner. A l’entrée demaison il y avoit en de certains retranchemens quantitésris, jusqu’au nombre de quatre ou cinq cens sacs, du p 01 .de cent ou de six vingt de nos livres. Les Mandarins q udemeurèrent en leurs Gouvernemens,y envoyerent tes u °des chevaux tres-bien équipez, 8e les autres des bœufsdesbuflesen quantité.Ceuxqui demeurèrent vers lesmontagnesy envoyerent des chèvres sauvages,des cerfs,^daims & des sangliers ;& d’autres des tigres,des loups,chiens & des chats sauvages tous en vie, outre des oife a °de toutes especes. On reçut tous ces prefens dans le P a * a)de la nouvelle ville, où l’on alsigna un lieu séparé à c haq u ^cspece de tant d’animaux. La derniere chose que l’onsut le grand Palais que le Prince avoit fait élever à te ^moire du feu Roy son pere, au milieu d’une grande P^ aC f’qui étant fermée de murailles, fervoit de cour assez atnsspour contenir tout le Peuple que ce spectacle attiroù 0toutes parts. Au dedans des Portiques qui formoient u?efpece de galerie, il y avoit une infinité de colomnes,lesquelles on avoit appliqué plusieurs emblèmes en cara í eteres Chinois. A quelque distance de-là étoit une g ran j.table en forme d’Autel, couverte d’or, & parfernee ^diverses fleurs, accompagnées de parfums exquis, qui ^ sUloient incessamment. On avoit élevé fur cette tabte uTrône Impérial, fait de pur or 8e d’ivoire. Le M aslt ^ aRoyal, d’un ouvrage extrêmement curieux , y paroi» 01étendu jusque sur le plancher, auísi-bien que la CouronnéTout étant disposé de cette sorte, trente mille homm eSen habits de deuil, sortirent cinq à cinq du Palais du P íiílce la nuit du 29. de Decembre, 8c marchèrent en cct°^'dre , les uns avec le mousqueton , & les autres ayantj!lance fur l’épaule. Lors qu’ils surent arrivez à la nouve»ville , ils fe divisèrent en autant d’escadrons, qu’il enbesoin pour l’investir. Sitôt que le jour parut, le Prin c ^

avec ses quatre freres, aprés avoir été reçu fous vingquatre dais d’une riche étoffe d’or 8c de soye, passa fus Hpont qui s’étendoit depuis le Palais jusqu’à la Plagerifle. Tous les Mandarins de la Famille Royale , tous I eEunuques, les Reines 8e les Dames du Palais , avec u°escorte de quatre mille Soldats des Gardes, ayant tous d e ^espadons, dont les poignées étoient d’or ou d’argent, a ^compagnerent le Prince 8c sos Freres. II n’eut pas plus 0commencé à s’approcher de la principale tour, queFreres 8c les Mandarins fe retirerent par respect, sorw^P^comme deux ailes en demi rond pour luy ouvrir le p a * a $ge. Le Prince s’étant avancé au milieu des Gardes, t°°dans un profond silence, alla heurtera la porte P en -a equ’un jeune homme disoit en chantant d’urae façon tri ,au Seigneur de cette Tour, qu’il supposoit y être enfers 1que le bruit courait qu’un Roy tres-puissant ayant q°itcette vie pour aller jouir de l’Immortalité en l’autre, ctocomme Solitaire dans un Pays étranger, fans Soldats q u *gardassent, fans chevaux ni élephans pour fe d éf ett