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Tome III. [P - Z.]
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gens fçavans dans l’Alcoran. Le Mufti en e-stíe Chef. C’estle Grand Seigneur qui le choiíìt. 11 a un appartement dansson Palais, & quand il va voir le Prince, le Grand Seigneursc leve aussi tôt qu’iî l’apperçoit, va quelques pas au de-vant de luy, & le salue fort respectueusement. 11 y a sousle Mufti trois Cadilesquers pour tout l’Empire , un enGrece, un dans l’Anatolie & un en Egypte. Chacun dansfa Jurisdiction a autant de pouvoir que le Mufti pour lescas de conscience. Au défaut des Cadilesquers, on a re-cours au Mou 11a qui est le Chef des Cadis ; & comme il ya des lieux où il rfy a ni Cadilefquer ni Moulla , mais seu-lement un Cadi, ce Cadi fait l’office de tous ces gens-là, &est Juge en toute matière. Ceux qui font TOssice dans laMosquée sont appeliez Danscbmend . & leur Chef se nom-me iman. II est comme le Curé , & fait tout haut la prieredans la Mosquée. Ceux qui vont aux Minarets pouryap-peller le Peuple ont le nom de Muezzins. II y a encore lesHodgias. Ce font des vieillards en qui on a beaucoup decroyance , & qui en certaines fêtes font des exhortations.II y a aussi plusieurs fortes de Religieux , entre lesquels lesDerviches font les plus polis. Ils vivent en communauté &ont leurs Supérieurs. Leur habillement est pauvre, Le ilsportent fur leur tête un bonnet de feutre blanc, haut d’u-ne coudée. Ces Religieux vivent tres-austerement, & tousles Mardis & les Vendredis ils font par dévotion une dansequi est aísez agréable à voir. Les Turcs ont aussi des ma-niérés d'Hcrroites appeliez Santons ,qui vont par le mondepresque nuds, & à qui il est difficile de refuser ce qu’ilsdemandent. Les Turcs ne font point circoncire leurs en-fans, qu’iìs ne soient au moins dans leur douzième année,afin qu’ils soient capables de dire de bouche & de cœurces paroles, La. illah Illallab Melumet refoul Allah , qui veu-lent dire ,11 n’y a.point de Dieu sinon Dieu , Mahomet tstIon Prophète. C’est proprement leur Profession de foy.La cérémonie íe fait ordinairement en leur logis avecgrande réjouissance , & ensuite on promene à cheval Pen-sant circoncis par toute la ville au son des timbales &t tam-bours de basque. On fait aussi un fort grand festin à tousles parens & les amis, qui ne manquent pas le lendemain deluy faire chacun un présent. Ce Sacrement est si respectéparmi les Turcs que si par imprudence un Chrétien avoitprononcé ces mêmes paroles, & qu’il y eût des témoinsqui l'accusassentjil sèroit condamné à mort s’il ne vouloitpas se faire Turc. Si par bazar d un Renié ou un Turc na-turel meurt sans avoir été circoncis, on luy rompt le petitdoigt de la main gauche, & cela supplée à la circonci-sion.

Les Turcs reçoivent le Decalogue de Moyse , & outrecesCommandemens ils en ont d’autres que Mahomet leura faits, & qui font proprement les fondemens de leur Reli-gion. Ils le réduisent principalement à cinq , qui sont decroire un seul Dieu , de jeûner le Ramadan , de faire lapriere aux heures marquées, de donner tous les ans auxpauvres la quarantième partie de ses biens, & de faire unefois en fa vie le voyage de la Mecque. Ils observent lepremier fort exactement, ayant un fort grand respect poul-ie nom de Dieu , qu’ils ne prononcent n’y n’en tendent ja-mais prononcer, fans faire paraître une fort grande foû-mission. Ils ne font même aucune action de quelque peud’importance qu’elle soit , qu’ils ne disent leur B>fìn Ùab ,au nom de Dieu. Qje s’ils trouvent par terre quelquemorceau de papier, sis le ramassent avec foin , & le met-tent dans quelque trou de muraille, de peur qu’il ne soitfoulé aux pieds , &r que ce nom adorable ne s’y trouveécrit.

Le second Commandement qu’obferventles Turcs,c’estle jeûne qu’ils réduisent à un Carême d’un mois, ou plû-tôt d’un cours de Lune. Ils rappellent Ramadan , & com-me leurs années font composées de douze mois ou Lunes,dont il y en a six de trente,& six de vingt-neuf jours alter-nativement , & que ne s’accordant pas au cours du Soleil,elles font plus courtes que les nôtres d’onze jours , le Ra-madan change toûjours de saison, parce qtfil remontechaque année de ce même nombre de jours. Ils le com-mencent toûjours immédiatement a prés la Lune de Chaa-ban qui est leur huitième mois, Lt sitôt que cette Luneparoî t, dequoy ils font avertis par des gens dignes de foyque l’on envoyé au haut des montagnes, d’où ils viennentl'annoncer à la ville, on le publie par un coup de canontiré au Château , & ensuite par les fanaux & les lampesqu on allume à tous les Minarets des Mosquées. Cela fait,

on commence le Ramadan , durant lequel les Turcs n®boivent ni ne mangent tout le jour jufqu'aux étoiles, &dorment la plûpart fans leurs femmes pour plus grandeaustérité. La nuit venue , ils s'abandonnent à toutes sotte*de débauches , mangeant tout ce qui est de leur goût otbeuvant de même, quoy que celuy qui est surpris en beu-vant du vin pendant ce temps soit condamné au pion 3 ®fondu q u'on luy verse dans la bouche. Tout est en joy eparla ville. Les Cassez font ouverts & remplis de Peuple&de Joueurs d’Instrumens. Ce jeûne leur est ordonne »étroitement, que les Voyageurs, les Malades &-autres, q 311ne s'en peuvent acquitter en ce temps, font obligez de I efaire sitôt qu’ils en ont la commodité. Quand la Lune d°Ramadan est sinie , on attend avec impatience la nouvelleLune suivante qui est celle de Chewal, & sitôt qu’on 1 ap'perçoit, on annonce le Bairam ou Pâque qui est leur pl° Sgrande Fête. On la solemnife trois jours & trois nuits, SCpendant ce temps on fait des feux par toute la ville,entend jouer dans toutes les Places de toutes sortes d'InEtrumens. Les rues sont pleines d’efearpoletes ornées d?festons où l’on se fait balancer , & les femmesf ont pI uSde liberté ce jour-là que dans tout le reste de Tannée. Ouvoit alors quantité de monde s’embrasser en signe de joy e& de réconciliation, personne ne croyant pouvoir faire u°bon Bairam,s’il ne pardonne à lés ennemis. Ils ont un petitBairam qui vient soixante & dix jours aprés le grand , ^qu’ils appellent Bairam d;s Adgis , c’est-à-dire , des Peleti° sde la Mecque. La nuit d’entre le onzième & le douzièmede la Lune qu’ils appellent R ebiul Ewel, ils Celebrent l agrande Fête de la naissance de Mahomet. On allume po°scela dés le soir des lampes autour des Minarets,& le GrandSeigneur va le matin à la Mosquée neuve où il fait portesdes sucreries & du sorbet duSerrail. Chacun en mange SCboit aprés la Priere.

La Priere est le troisième Commandement qu’obsorventles Turcs, & il renferme l’ablution ,parce qu’ils n’y vontjamais qu’ils ne fe lavent auparavant, ce qu’ils font de deu*maniérés. Celle qu’ils appellent Goust consiste à fe lavestout le corps, & Y Ab de st est l’ablution qu’ils font ordinaire-ment avant qu’ils commencent JeursPrieres. Cela est cauiequ’il y a toûjours des bains pour le Goust & des fontaine*pour l’Abdest proche des Mosquées. Si par hazard ils la»'sent tomber une seule goûte d’urine ou quelque autre >a-Icté sur eux, ou s’il s ont touché leurs femmes, ils font ob°'gez de prendre le Goust avant que d’aller à la Priere. S u*font dans un lieu lans eau , ils peuvent fe servir de íâblepour le Goust & pour l’Abdest, & l’ablution est tenue tres-bonne. Les cérémonies ordinaires de l’Abdest font de I etourner du côté de la Mecque, qui est au Midi en fe lavanttrois fois les mains & la bouche, & fe nettoyant les dents»aprés quoy ils fe lavent aussi trois fois le visage, les oreille*»la tête, les bras & les jambes, en commençant parla droite& finissant par la gauche, avec ces paroles, Au nom du Gr/itìADieu , louange a Dieu , Dieu de la Foy Musulmane. S’ils man-quent à l’une de ces choses, ils sont obligez de recommen-cer l’Abdest , quand même ils ne voudraient pas fairePriere , & si aprés cet Abdest il leur arrive de faire lcu rînécessitez, de vomir, de rire, d’embrasser une femme, s Sluy toucher quelque partie, ou d être touchez d’un chie stou de quelque autre animal impur, il faut aussi qu’ils íerecommencent. Aprés qu’ils fe font lavez, ils entrent dan*la Mosquée faite à peu prés comme nos Eglises,& couvertepar le dehors d’un haut Dôme, accompagné d’un Minareou clocher rond en maniéré de tourelle si étroite , q u *.n’y a que la montée & le lieu pour arriver au plus haut q 311est bordé d’une galerie en faillie. C’est de là que le Mue 21 *?annonce l’heure de la Priere à haute voix. II y a des Mp 1 'quées où l’on voit plusieurs Minarets pour ornement. R iefln’est si triste que le dedans, où sont feulement les q oatrCmurailles fur lesquelles le nom de Dieu est écrit. A 1 uí> ^de ces murailles il y a comme une niche qu’ils appelle 0Reble , c’est-à-dire , le lieu devant lequel ils fe tourne 0 ^pour prier. Cette niche, dans toutes les Mosquées deTus'quie, est dans le mur qui est du côté du Midi, parce q u etl .priant ils doivent être tournez de celuy de la Mecque, ss 1est au Midi à l’égard de la Turquie. Autrefois leur Reb eétoit du côté du Temple de Salomon en Jérusalem q° 1étoient obligez de regarder en priant, mais Mahometchangea dans la seconde année de l’Hegire , & le plaça pcôté de la Mecque, ce qu’ils ont toûjours observé dep 01 ^,11 y a aussi dans ces Mosquées un morceau d’étosse q uJ