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Tome premier. A - B.
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ARA

Les villes & les bourgs font séparés les uns des autres,par es paysages qui font tous arrosés de ruisseaux & dedin 16 ^' LeS k°i s > l es campagnes, les vergers , les jar-s lont verds & agréables toute l’année, quoiqu il y ait,? ^yver, q U i dure depuis le mois d avril jusqu’au moisoctobre , & qui se passe presque tout en pluie & en ■^umidites avec des orages. Après ce mauvais tems vientest Ce ’ ^ U1 tr ès-beau. Les fruits, le ris, & tout ce quile c^^^lte à la vie, y viennent en abondance, exceptéj e . r ° ment & le seigle qu on ne connoît point dans toutroyaume d’Aracan. Au lieu de pain on y mange duz cuit dans seau. On le laisse bouillir jusqu à ce qu’il

tonne une niasse solide.

c es J r uits consistent en noix de cocos, bananes ougués des Indes, durions, soorsakas, mangas, pinangs,a nges, limons, citrons plus gros que tous ceux que j aiJamais vûs. Ils ont plus d’un grand empan de long ; ilsont tort pleins, d’un beau jaune, ont la chair ferme ,oc la peau extrêmement délicate & mince, rendant cha-cun plus de huit ou dix onces d’un jus agréable.

Le breuvage ordinaire de ce pays est de 1 ’au^e. C’estune liqueur blanchâtre qui découle de certains arbresnss 0n fr™ ^ ressemblent assez aux plus bas pal-iers & qui sont en très-grande quantité, principale-ent , e J? n g des rivières. L ’auçe est presqu’auiîì douceque du lucre, & d’un goût fort agréable : elle enyvremme le vin; mais elle ne se conserve pas longtems.v u ^out de trois jours, au plus, elle est aigre. On laend par grands pots qui tiennent cinq à six pintes : leP°t coute deux fols. On trouve des cabarets ou des ten-j, s le long des chemins, où l’on vend aux voyageurs de, au l e ou du vin. Ceux qui s’y arrêtent font obligés des frleoir à terre, parce qu’il n’y a point de sièges.

Le roi d’Aracan s’attribue la qualité de roi de l’élé-Phant blanc. Cet éléphant avoir été ravi au roi de SiamP a t íes armes du roi de Pegu, & le roi d’Aracan l’a en-r Vc au roi de Pegu par la même voie. Ce roi reste en-erme dans son palais avec la reine & ses concubines ; il2, e fort guères qu’une fois tous les cinq ans en solemnité.nus les ans ceux d’entre les Sickes, qui font ses favo-1 , s 5 tout laite recherche dans tout l’état de douze desP us belles filles vierges, qu’ils font habiller des plusoes toiles blanches, & ils les font mener dans un cer-tain endroit fort découvert, où elles demeurent exposéespendant íix heures, à la plus grande ardeur du soleil,a n qu e es uenr beaucoup. Ensuite on essuie leur sueuravec eurs habits & on leur en donne d’autres ; puis onporte ces habits humides à ceux qui font commis pouren faire 1 examen par l’odeur. Celles dont la sueur nesent pas mauvais, & qu’on juge posséder une parfaitesanté , sont richement vêtues, présentées au roi, & mi-ses au nombre de ses concubines. Il donne en mariage àquelques-uns de ses courtisans celles dont la suëur sentmauvais, avec une dot considérable, ou bien il gratifiee mari d’un emploi. Dans ce pays on n’épargne rienPour 1 éducation des filles, dans l’espérance qu’elles par-iendront à être concubines du monarque. On prétendami ce ^ es qui y font parvenues apprennent à faire des^ es & qu’elles servent de gardes au roi.lès 6S ^' lc ^ es ’ conseillers d’état, la noblesse, & tousto *k| stS considérables font vêtus dune fine cabale de co-1 n diane , qui ferme juste, & qui leur couvre les bras,Poitrine & le ventre. Sur leur cabale, qu’on peut ap-de er Une chemise, ils ont un long habit aussi de toilecoton blanche , qui se boutonne autour des bras 6cHen se j 0 i nt f ur p 0 i t rine, où il est attaché avec desccuds de ruban. Ils ont en outre des tabliers qui pen-1 ent en bas, leur couvrent le ventre, les cuisses , & uneha 8< U Ce ^ nUlre ^ coton blanc enveloppe les reins, les^ , es, s e noue sur le ventre d’où il pend. Lorsqu’ils

ij r ar j nent dans les rues,ils se font suivre d’un grand nom-leur âomesti^ties, pour faire connoître leur qualité &ue i^uvoit. Les hommes portent les cheveux longs &têt e ? S -i C0ll P en,: point, les liant par tresses derriere leurtoil e ' serrent aU ^ ^ CS ornemens ’ ^ es umuds d’une

che^^es 6c les filles qui font passablement blan-trati S p a f Pour ajustement une espèce de gaze à fleurs jautour q etl î e suc leur sein & leurs épaules Elles mettentde cot j eur ceinture un foras ou tablier de fine toileu des Indes , qui leur fait trois ou quatre tours

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autour du corps , vers le bas, & leur descend jusqu’auxpieds. Celles qui font riches, ont une écharpe de foie furun des bras. Leurs cheveux ne font point attachés , maisils font frisés en boucles & rangés d’une maniéré agréa-ble. Les plus longues oreilles íonc les plus belles : pourcet effet dès leur jeunesse on les leur perce par le bas , &on met dans les trous de petits rouleaux de parchemin 4ou d’autres choses qu’on grossit de tems en tems , & parce moyen ils en font les trous si larges, & en font telle-ment pendre les tendons, qu’ils touchent aux épaules.On y met plusieurs anneaux de verre ou de vernis, oud’autres sottes, qui battent fur le cou, comme les sonnettesde quelques bouffons, lorsqu’ils se remuent ou «'agitent.Les femmes d’Aracan se mettent en outre des braceletsd’ivoire , de vernis ou de cuivre, depuis les mains jus-'qu’au coude, & depuis les pieds jusqu’au gras de jambe :elles en ont tant enfin , qu’elles ont peine à les porter.Celles qui ont un peu de modestie ne mettent que cinqou six bracelets de vernis.

Les habitans d’Aracan font idolâtres , & à cause deleur religion on les nomme Mages. Ils rendent un cultedivin à des idoles pétries d’argile & durcies au soleil,lesquelles ils adorent & fervent fort dévotement.

Leurs religieux, qu’on nomme Talapoins, ne fe ma-rient jamais : l’on erpit que les jeunes garçons qu’ilsinstruisent, leur font oublier les femmes. Leur habille-ment est de toile peinte en noir. Leurs habitations fontauprès des pagodes où ils vivent d’une maniéré fort aus-tère. Leur air & leur démarche font fort modestes : maison y remarque de la fierté. Ils ont presque toujours àleur fuite une troupe prodigieuse de disciples.

Le peuple d’Aracan est fier & plein de vanité. Pourpeu qu’un homme ait de bien , il fe fait suivre d’unetroupe de valets : mais il épargne fur fa nourriture cequ’il dépense d’ailleurs. Lepoisson est très-commun dansce pays ; mais on ne le mange que lorsqu’il a de l’odeur.La monnoie commune d’Aracan consiste en petites cor-nes qu’on appelle coures : quatre ne valeftt que troisliards : les plus petites pièces d’argent valent vingt-cinqfols d’Hollande ; & lorsqu’on en change une j on reçoitdeux mille six cens soixante courts \ ce qui fait un far-deau a fiez incommode à porter.

Cette nation regarde comme une chose basse 8c mé-prisable d orer la virginité à une fille qui est parvenueà lagede puberté. Ils s’adressent pour cela aux plus dé-bauchés matelots hollandois qu’ils payent meme. Cellesqui ont été ainsi déflorées en ont beaucoup plus de ré-putation. Ainsi les hommes d’Aracan-qui fe marient,aiment mieux que les filles qu’ils prennent soient gros.ses que pucelles. Les promefles que les parties se sontfaites en particulier, fe confirment en présence des ido-les , entre les mains des Talapoins, dont elles ont em-brassé la secte, & en présence de leurs plus proches pa-ïens. Il se fait alors quelque cérémonie particulière. Ou-tre cela l’on fait des décharges de pierriers ; on fait jouerdes feux d’artifice , on joue, on danse , on fait des fes-tins , chacun selon son pouvoir & sa condition , en quoion observe fort bien les régies ordinaires. La polygamiey est en usage. Outre leurs femmes ils ont des concu-bines.

Lorsque quelque personne de considération est morte »on tire trois coups de pierrier , 8c aufli-tôt les pleureurscrient & hurlent en l’honneur du mort, pour un médio-cre payement qu’ils reçoivent. Ces cris durent jusqu’aumilieu de la nuit, quelquefois jusqu’au matin, & pluslong-temps encore, selon la dépense que les héritiersveulent faire. Le jour des funérailles on invite les plusproches parens & les plus intimes amis à un festin, 8c.on brûle le corps, Les pauvres qui ne peuvent avoir debois , qui dans ce pays est rare, portent, ces cadavres furle bord de l’eau, lorsqu’elle est basse, & quand 1 eau mon-te , les courans les emportent. On les voit souvent flotterlong-tems fur l’eau , enfoncer , puis reparaître, jusqu’àce que les corbeaux, les mouettes & d’autres oiseaux enayent fait leur pâture. Cette mauvaise pratique fait qu’ily a dans tout le pays, tant de corbeaux & d’autres oiseauxcarnassiers, qu’ils dévorent même tout vifs les buffles, lesbœufs 8c les vaches. Ils fe perchent fur leur dos , arra-chent la chair , & mangent l’animal jusqu’aux os : lesbêtes ont beau faire jouer leurs queues 8c les e n frapper,ils ne fe remuent pas feulement de fendrait ou ils le lont