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Tome premier. A - B.
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ARA

pas pour aller jusqu a la neige, & pour descendre au fondde l’abîme, & nous confeillerent de ne pas aller plus

avant.Après avoir tenu conseil avec eux & nos

guides, nous nous reposâmes pendant la nuit, & refolu-mes de visiter la montagne jusqu’aux neiges. .. . Nousordonnâmes donc â nos deux guides daller nous attendreavec nos chevaux au couvent abandonné, qui est au basde 1 abîme ; il faut le désigner ainsi pour le distinguerde celui d’Acourlou, qui est auííì abandonné, & qui nesert plus que de retraite aux voyageurs. Nous commen-çâmes après cela à marcher vers la premiere barre de ro-chers , avec une bouteille d’eau que nous portions tour àtour pour nous soulager j mais quoique nos ventres fus-sent devenus des cruches, parce que nous avions bû pourla soif â venir, ils furent â sec deux heures après ; d ail-leurs l’eau battue dans une bouteille est une fort désa-gréable boisson ; toute notre espérance fut donc d’allermanger de la neige pour nous désaltérer. Il faut avouerque sa vue est bien trompée, quand on mesure une mon-tagne du bas en haut, surtout quand il faut passer dessables ausii fâcheux que les fyrtes d’Afrique. On ne sau-toir placer le pied ferme dans ceux du mont Ararath, &l’on perd, en bonne physique, bien plus de mouvementque lorsqu’on marche fur un terrein solide. Quel cadeaupour des gens qui n’avoient que de l’eau dans le ventre,d’enfoncer jusqu a la cheville dans le fable? en plusieursendroits nous étions obligés de descendre au lieu demonter ; & pour continuer notre route il fallut souventse détourner à droite ou â gauche ; si nous trouvions dela pelouse, elle limoit si fort nos bottines, qu’elles glis-saient comme du verre, & malgré nous il falloir nousarrêter. Ce tems-là n’étoit pourtant pas tout-à-fait per-du, car nous l’employions à rendre l’eau que nous avionsbûe ; mais â la vérité nous fûmes deux ou trois fois fur lepoint cl’abandonner la partie ; je crois que nous aurionsmieux fait : pourquoi ìuter contre un fable si terrible,Sc contre une pelouse si courte, que les moutons les plusaffamés p y saurtnent brouter ? cependant le chagrin den’avoir pas tout vu nous auroit trop inquiétés dans lafuite , & nous aurions toujours crû avoir manqué lesplus beaux endroits. Il est naturel de se flatter dans cesfortes de recherches, & de croire qu’il ne faut quim bonmoment pour découvrir quelque chose d’extraordinaire,& qui dédommage de tout le tems perdu. D ailleurscette neige qui fe présentoir toujours devant nos yeux,Sc qui fembloit s’approcher, quoiqu’elle en fut très-éloi-gnée , avoir de grands attraits pour nous , & nous fasci-noit continuellement les yeux; plus nous en approchions,moins cependant nous découvrions de plantes. Pour évi-ter les sables qui nous fatiguoient horriblement, noustirâmes droit vers de grands rochers entassés les uns furles autres, comme si l’on avoir mis Offa fur Pelion 3pour parler le langage d’Ovide. On passe au - deflbuscomme au travers des cavernes , & l’on y est à >l’abri desinjures du tems excepté du froid ; nous nous en apper-çûmes bien, mais ce froid adoucit un peu l’altéradonoù nous étions. Il fallut en déloger bientôt de peur d’ygagner la pleurésie; nous tombâmes ensuite dans un che-min très-fatiguant ; c croient des pierres semblables auxtnoilons que l’on employs à Paris pour la maçonnerie,& nous étions contraints de sauter d’un pavé sur l’autre.N’en pouvant plus, je commençai le premier à me re-poser ; cela servit de prétexte â la compagnie pour enfaire autant. Des tigres se promenoient fort tranquille-ment, ou sejouoientà une distance assez raisonnable denous. Nous arrivâmes fur le midi dans un endroit plusréjouissant, car il nous fembloit que nous allions pren-dre la neige avec les dents. Notre joie ne fut pas longue;c’étoit une crête de rocher qui nous déroboit la vûe d’unterrein éloigné de la neige , de plus de deux heures dechemin, & ce terrein nous parut d’un nouveau genre depavé. Ce n’étoient pas de petits cailloux, mais de. cespetits éclats de pierres que la gêlée fait briser, Sc dont lavive-arrête coupe comme celle de la pierre-à-fusil. Nosguides difoient qu’ils étoient nuds pieds , & que nousferions bientôt de meme ; qu fl s e faifoit tard, & quenous perdrions indubitablement pendant la nuit , ouqu’au moins nous nous casserions le col dans les ténè-bres, si mieux nous n armions nous reposer pour servirde pâture aux tigres qui ront ordinairement leurs grandscoups pendant la nuit. Tout cela nous parodiait aísez

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vraisemblable ; cependant nos bottines n’étoient pas en-core trop maltraitées. Après avoir jetté les yeux fur nosmontres , qui étoient fort bien réglées, nous assurâmesnos guides que nous ne passerions pas au-delà d’un tasde neige que nous leur montrâmes, & qui ne paroisse 11guères plus grand qu’un gâteau ; mais quand nous y fu-mes arrivés, nous y en trouvâmes plus qu’il en falloitpour nous rafraîchir , car le tas avoir plus de trente pasde diamètre. Chacun en mangea tant, Sc si peu qu’il vou-lut ; Sc d’un commun consentement il fut résolu qu’onn’iroit pas plus loin. Cette neige avoir plus de quatrepieds d’épaisseur ; & comme elle étoit toute crystallifée,nous en pilâmes un gros morceau dont nous remplîmesnotre bouteille. Nous descendîmes donc avec une vi-gueur admirable, ravis d’avoir accompli notre vœu, Nde n’avoir plus rien à faire que de nous retirer au mo-nastère. .... Notre vigueur prétendue ne fur pas delongue durée. Nous retombâmes dans des sables qulcouvroient le dos de l’abîme que nous souhaitions devoir de plus près. C’est une effroyable vûe que celle decet abîme, Sc David avoir bien raison de dire que cessortes de lieux montroient la grandeur du Seigneur. Onne pouvoir s’empêcher de frémir quand on le décou-vrent, & la tête tournoit pour peu qu’on voulût en exa-miner les horribles précipices. Les cris d une infinité decorneilles qui volent incessamment de l’un à l’autre côté,ont quelque chose d’essrayant. On n’a qu a s'imaginerune des plus hautes montagnes du monde, qui n’ouvreson sein que pour faire voir le spectacle le plus affreuxque l’on puisse fe représenter. Tous ces précipices fonttaillés à plomb, & les extrémités en font hérissées Scnoirâtres , comme s’il en sortoit quelque fumée qui lessalit ; il n’en sort pourtant que des torrens de boue. Surles six heures après midi nous nous trouvâmes très-épui-fés, Sc nous ne pouvions pas mettre un pied devant l’au-tre ; mais il fallut faire de nécessité vertu, Sc mériter lesnoms de Martyrs de la Botanique. Nous nous apperçû-mes d’un endroit couvert de pelouse, dont la pente pa-roissoit propre à favoriser notre descente ; c’est-à-dire ,le chemin qu’avoit tenu Noë pour aller au bas de lamontagne. Nous y courûmes avec empressement, on s’yreposa; on y trouva même plus de plantes qu’on n’avoitfait pendant toute la journée ; & ce qui nous fit plaisir,c’est que nos guides nous firent voir delà , quoique defort loin, le monastère où nous devions aller nous dé-saltérer. Je laisse à deviner de quelle voiture Noë fe ser-vit pour descendre, lui qui pouvoit monter fur tant desortes d’animaux, puisqu’il les avoir tous à fa fuite. Nousnous laissâmes glisser fur le dos pendant plus d’une heurefur ce tapis vert, & nous allions plus vîte de cette façonque si nous avions voulu nous servir- de nos jambes. Lanuit & la soif nous servoient comme d’éperons, poufnous faire hâter. On continua donc à glisser autant quele terrein le permit : Sc quand nous rencontrions descailloux qui meurrrissoient nos épaules, nous glissionsfur le ventre, ou nous marchions à reculons à quatre pâ-tes. Peu-à-peu nous nous rendîmes au monastère, maissi étourdis de coups Sc si fatigués de ces allûres, que nousne pouvions remuer ni bras ni jambes.

L’Ararath a deux sommets : le petit, qui est le ph lSpointu,n’étoit point couvert de neiges, mais le grandétoit furieusement chargé. Les géographes qui âií eíltque l’Araxe coule de cette montagne fe trompent f ot fflis ont pris le ruisseau d’Acourlou pour l’Aras, lequel. elplus large entre le mont Ararath & Erivan, que la Sel 11 *ne lest á Paris. Chardin est dans cette erreur, Sc y atraîné D. Calmer. Voyez Araxe.

Outre les noms de Messina, d’Agri & de Subeilah 0 ?Baudrand, éd. 1705 , préféré celui de MesesouaRvA 11 !selon lui signifie montagne de P Arche. Il dit que c 6une partie du Caucase. Les voyageurs conviennent qu elest isolée, au milieu d’une vaste plaine, &parconséq lie11qu elle ne tient à aucune autre montagne. . ,

ARARENA, contrée des Nomades, c’est-à-d ire ^Arabes errans dans l’Arabie heureuse, selon Strabon,16, 781. ;

ARARI, riviere de l’Amérique méridionale, au Bfffil : elle se rend dans la Mer du Nord vers Pisse Sc cap 1tainie de Tamaraca. * Baudrand , éd. 1705. , e

Dans le petit golfe où est cette ifle, est Lemboucni^d’une petite riviere, qui est apparemment celle-la.