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Ceux qui suivent les banderets dans l’ordre font lesdeux Trésoriers, l’un appellé le trésorier, du pays Al-lemand , ct Lautre celui du pays Romand. Leur oc-cupation est de recueillir les revenus , chacun dans•leur département. Ces emplois ne durent que six ans ;niais ils paffenc pour les meilleurs de l’érac ; parceque ceux qui ont le manîment des deniers publics,trouvent toujours le moyen de s’enrichir malgré tousles réglemens. Les huit emplois dont il vient d’êtreparlé, sont les principaux de la république, & se don-nent toujours aux sénateurs , comme des récompensesde leurs longs & fideles services. On peut y ajouterune autre charge considérable, qui ne sort jamais ducorps des sénateurs, c’esl celle d’inrendant général desbâti mens publics. Tous les autres officiers de la ré-publique , comme le chancelier, le greffier, le com-missaire général, &c. sont ordinairement choisis parmiles membres du grand conseil, & il y a de moindrespostes occupés par des bourgeois qui n’en sont pas :mais il arrive très-rarenrent qu’un bourgeois, quin’est pas des deux cens , obtienne un emploi fort pro-fitable.
Comme les Bernois ont une grande étendue depays, ils l’ont partagée, comme nous Lavons dit plushaut, en divers bailliages où ils envoient des gouver-neurs , qu’ils appellent Landtfode , & les François Bail-lis , pour administrer la justice ct la police. Ces char-ges ne durent que six ans ; majs elles sont d un grandrevenu, aussi sont-ciles fort courues. On a fait en dis-se tens tcms des loix pour empêcher les brigues ct lessollicitations ; mais elles ont été toutes inutiles. Pouraller à la source du mal, on a réglé que tous les em-plois se distribueroient par le sort, & que le hasardseul décideroit des prétentions des compétiteurs. Deforte que,lorsqu’on veut disposer d’un bailliage ou d’unautre emploi compris dans ce règlement, l’on met danslin sac autant de balles qu’íl y a de compétiteurs :Lune de ces balles est dorée, & celui qui la tire ob-tient le bailliage. II semble qti’il y ait du ridicule àmettre au hasard le choix des personnes destinées àrendre la justice dans un état, & à y entretenir lapolice ; cependant on est satisfait de ce règlement &le fort a paru jusqiuci assez équitable. Ces baillis ontchacun dans leur district la direction principale clésaffaires civiles & militaires. Chacun est le général dela milice de fa province , & le juge suprême dans lescauses civiles & criminelles. A la vérité il y a d’au-rres personnes de leurs bailliages , qui assistent à leurscours de justice; mais le bailli seul a le pouvoir desentencier, comme il le trouve à propos. Cependantdans les causes criminelles où il va de la vie , il fautque la sentence soir confirmée par le grand conseilavant qu’elle puisse être exécutée : & dans les causesciviles lorsqu’elles passent une certaine valeur il y a ap-pel de fa sentence. Pour cet effet il y a deux cham-bres d’appellations, qui résident toujours à Berne ; l’unepour le pays Allemand , & l’autre pour le pays deVaud. Même ceux du pays Allemand peuvent appel-les , par un privilège particulier, de la chambre desappellations ail grand conseil ; mais l’on n’a pas ac-cordé ce droit à ceux du pays de Vaud, parce qu’ilsont naturellement l’esprit si porté à la chicane, quele conseil perdroit trop de tems à faire la révision deleursprocès.
Quoique les places du grand Sc du petit conseilssoient à vie, néanmoins celles du premier ne don-nent point d’émolumens immédiats, si ce n’est qu’el-les conduisent à tous les emplois de l’état : à la véritéon distribue à chaque membre un peu de grain & debois pour Lusage de fa famille ; mais cela ne montequ’à une bagatelle. Pour ce qui est des salaires desconseillers, ils ne vont pas à plus de 300 écus pal-an , v compris même quelques profits eafuels qui y sontannexés ; de sorte qu’il n’y a petit-ctre point de pays aumonde où les magistrats fervent le public à moindresgages que dans celui-ci.
J’ai dit que le sénat a le soin des affaires ordinai-res du gouvernementcependant il y a plusieurs com-missions, ou magistrats séparés, qui sont établies pourla direction des affaires particulières,ct composées toutes
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de membres du grand conseil. La plus importante deces commissions est le .conseil secret, formé de l'avoyerhors de charge qui y préside, des quatre banderets,des deux trésoriers, & des deux conseillers secrets.L’on remet à ce conseil les matières d’état qui deman-dent un plus grand so,cr.ec que celui qu’on peut lepromettre d’une assemblée nombreuse. 11s sonr revê-tus d’autorité pour agir en certains cas, comme d sle jugent utile pour le bien public, fans consulter legrand conseil ; mais lorsque le danger de divulguer lesecret est passé, il faut que leurs décisions y soientratifiées avant qu’elles puissent sortir leur effet.sont aussi des espèces ^inquisiteurs d’érat, qui pren-nent connoissance de toutes les matières qui peuventintéresser la république.
La seconde commission est la chambre des bande-rers, autrement appellée la chambre Économique, q ulexamine & passe les comptes des baillis, & de tousles autres qui sont comptables au souverain. Cettechambre est composée des banderets en charge, &des deux trésoriers, qui y président chacun à lenttour.
Le Consistoire est la troisième commission. C’cst unechambre composée d’ecclésiastiques & de séculiers ,quoique le nombre des derniers soit plus grand, afinque la supériorité du souverain, en matière ecclésia-stique , puisse être mieux maintenue. Cette chambreprend connoissance de toutes- les causes matrimonia-les > de Ladultete, de la fornication , ct de toutes lesautres actions contre les bonnes mœuïs.
11 y a aussi un magistrat ordonné pou r surveiller à l’exé-cution des loix somptuaires : on l’appelle la Chambre deRéforme. Elle est' fort exacte à mettre à l’amendeceuxqui portent quelque chose de défendu , tant parce queles amendes sont au profit de la chambre, que parcequ’il importe beaucoup à l’état que ces loix soient rigou-reusement observées.
2. BERNE , ville capitale du canton de même nom :elle est située fur une longue presqu’isie , que la ri-vière d’Aar for-me presqu'au milieu du canton. Ber-chtold V & dernier duc de Zeringuen, la fonda Lanxipr , & Lappella Berne, à cause d’un ours qu’íl prit,.dit-ou , a la chasse, à l’endroit où il vouloir com-mencer l’ouvrage ; car les Allemands appellent un oursBeer. Un gentilhomme > qui avoir la conduite del’ouvrage, poussa la ville depuis la pointe de la pres-qu’isle jusqu’à la tour de la grande horloge, qui setrouve aujourd’hui à peu près au milieu de la ville,& qui en étoit alors la porte, comme elle en con-serve encore la figure. L’on y voir aussi quelques re-stes des anciens fossés, qui sonr occupés par des tan-neurs. Environ un siécle après , un comte de Savoyela prolongea jusqu’à la tour de la prison , qui étoitaussi alors la porte de la ville ; c’est pourquoi ce quar-tier s’appelle Nenflatt , c’est-à-dire, la Vílle-Neuve >*& les anciens fossés ont été en partie conservés poufservir de logement aux ours que l’on entretient. Lereste de la ville, depuis ces fossés jusqu’à la portede Goliath , y a été ajouté dans la fuite des tems, Scla ville fur toute pavée J’an 1399,deux siécles aprèsfa fondation. * Délices de la Suisse , r. 2. p. 1 o ç.
Berchtold étant mort en 1218 , la ville de Bernetomba fous la puissance des empereurs d’Allemagne ;mais elle obtint bientôt fa liberté de la part de l’etn-pereur Frédéric II. Après fa mort l’Allemagne se trou-vant divisée , les Bernois furent attaqués par leursvoisins, & ils sc virent réduits à une telle extrémi-té , qu’ils furent contraints de sc jetter entre les brasde Lierre, comte de Savoye, à qui ils se donnerentLan 1260. La ville de Berne fut soumise aux comtesde Savoye environ i’espace de cinquante ans , c'est-à-dire, jusqu’à l’an 1323. Ce fut alors qu’Edouard ,comte de Savoye, ayant été vaincu par le dauphin deViennois, & sc voyant pressé par ses ennemis, setcontraint de chercher du secours , & pour en avoifdes Bernois , il les remit dans leur ancienne liberte.Us enrrerent ensuite dans la grande alliance du corpsHelvétique l’an 13 33 , & dans l’année 1397, l’em-pereur Wenceslas leur accorda le droit de ren ài' c jsjustice en dernier ressort, & déclara qu’à Laveuse ús