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Tome second. C - F.
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est difficile, de les éviter quand iis poursuivent, ou deles joindre quand on les poursuit. Les poignées de leursrapières font ornées de quelques plaques d’argent, oude cuivre > Sc c’est ce qui leur sert de tambour ou detrompette pour les exciter au combat. Parmi les Nasses,il y a une forte de soldats qu’on nomme Antoines , q*"font profession d’empêcher les désordres entre leurs cama-rades , & que les uns n’insoltent les autres, ou ne leurfassent tort. Ils se piquent aussi de ne craindre aucundanger , quel qu’il soit, ni la mort même. Si leur roivient à être tué par trahison, ils n’ont jamais de reposqu’ils n’en ayent tiré vengeance. Ce courage , dont ilsfont profession, excite tous les Naíres à suivre leur exem-ple , Sc quoique ceux-ci ayent leurs femmes en particu-lier, & que les Amoques n’en ayent point, ils tâchentpourtant d’imiter ces derniers dans leur hardiesse. Tousles Naires font dans une si grande estime, que quandon les rencontre dans les rues , il faut s’arrêter ou seretirer jusqu’à ce qu’ils soient passés. Pour cet effet,ils font marcher des valets devant eux, qui avertissentle monde que leur maître vient.

On peut juger des forces du roi de Calicut, parlesarmées qu’il mit en campagne contre les Portugais l’anÍ503. II avoit 60000 hommes , lorsqu’íl marcha contreEdouard Pachette, capitaine des troupes d’Emanuel,roi de Portugal, qui protégeoit alors le roi Sc le royaumede Cochin , Sc íà flotte étoit composée de deux censvaisseaux de guerre, tels qu’ils font en ce pays-là, toutesces armées ayant même demeuré cinq mois en campa-pagne. L’an 1529 , il assiégea la forteresse que les Por-tugais avoient fait bâtir à Calicut, Sc y mena 100000hommes » qui y passerent tout l’hyver ; 8c quoique lesPortugais la défendissent avec beaucoup de courage,elle fut prise 8c ruinée. II assiégea aussi l’an 15 do le fortde Chaul qu’il prit, ou que le commandant Portugaislui rendit par composition. II n’est pas moins puissantpar mer, à quoi contribue le grand nombre de portsqu’il a, qui lui rendent faciles les armemens, Sc quisont de difficile accès pour ses ennemis.

Lorsque le roi meurt, ce ne font pas ses enfans quilui succèdent, ce sont ceux de sa sœur, parce que lesprêtres ayant eu commerce avec la reine , Sc même lespremieres faveurs, Sc y en ayant toujours un auprèsd’eile pour lui tenir compagnie, de peur qu’elle ne s’en-nuie, on présume que les enfans qu’elle met au mondeappartiennent plutôt aux prêtres qu’au roi. Mais lesenfans de la sœur du. roi font véritablement du sangroyal.

Ceux qui ont commis quelque meurtre, font con-damnés en justice ; premièrement à être étranglés, puispendus j mais quand on n’a fait que blesser , on en estquitte en payant une amende au roi. Quand un débi-teur ne paye son créancier qu’en paroles, celui-ci prendle contrat, va chercher une écorce verte de quelqu’arbre,poursuit son débiteur, Sc l’ayant attrapé , le lie aveccette écorce , lui enjoignant de la part des prêtres Scdu roi , de ne partir de la place oh il est qu’il n’ait satis-fait. Le débiteur demeure immobile , car s’il faisoit seu-lement semblant de vouloir s’en aller avant d’avoir payé,on le'tuerait fans miséricorde.

Les habitans de Calicut croyent un Dieu créateur duciel Sc de la terre , Sc premiere cause de tout ce quiexiste. Mais ils en font un Dieu oisif, disant que pourdemeurer en repos , il s’est déchargé du'gouvernementdu monde fur le diable qu’ils disent être aussi une divi-nité céleste, asm qu’il puisse être juge sur la terre, Scpunir ou récompenser les hommes selon leurs mérites,lis donnent à Dieu le nom de Tamerain, 8c au diablecelui de Détone. II y a dans le palais du roi de Calicutun oratoire tout garni de figures de diables, aussi affreu-ses qu’on les peint en ces pays-ci, Sc pas plus grandesqu’une médaille, Au milieu de cette chapelle il y a **ntrône de cuivre , sor lequel est assis un diable fait dumême métal > qui a sor la tête une tiare sor laquelle s é-levent trois grandes dents aiguës , un nez d’épervier,des yeux de travers, une face enflammée 8c horrible ,oes doigts faits comme des griffes , des pieds comme

es ergots de coq. 11 y a dans fa gorge une figure d hom-ure, 8cune autre dans fa main, qu’il paroít teniraussi pretea dévorer. Les prêtres qui servent cette affreuse statue,©c qui ,.e nomment Bramins ou Br aminé s , font obligés

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d’aller tous les matins la laver d’eau rose 8c d’autresliqueurs parfumées > de répandre des aromates devantelle. Ils fe mettent à genoux pour l’encenser, Sc ils luifont des sacrifices très-fréquens. Ils répandent des fleurs& des aromates sor une espece d’autel qu’ils dressent"vis-à-vis l’idole ; ils prennent ensuite un vaisseau d’ar-gent plein de sang de coq, qu’ils mettent sor des char-bons ardens > avec mille fortes d’épiceries pour servird’encensemens ; puis ils en mettent dans l’encensoir, ilsfont le tour de l’autel Sc l’en parfument. Pendant toutela cérémonie, il y a une clochette d’argent qui ne cessede sonner. On coupe la gorge du coq , dont le sang estdestiné à cet usage, avec un couteau d’argent, dontils ont escrimé les uns contre les autres pendant quelquetems avant que de le tuer. Tandis que le prêtre est oc-cupé à ce sacrifice, il a les bras 8c les jambes ornésd’argent, ce qui rend le même son que la clochette ,& une bague qui lui pend sor la poitrine , qui est auísila marque ordinaire qui distingue les bramins du restedu peuple. Quand le sacrifice est achevé , il prend en íamain un peu de bled, Sc sort de la Pagode à reculons »ayant toujours les yeux attachés sor l’idole , 8c marchanttoujours ainsi jusqu’à ce qu’il soit à un arbre qui est horsde l’enceinte de la Pagode, ou il répand le bled, puisternet ses mains sor fa tête ; Sc rentrant dans le lieu oùs’est fait le sacrifice, il ôte les ornemens de l’autel.

Jamais le roi ne mange , qu’un bramin n’ait pris uneportion des vivres pour l’aller offrir à l’idole. Lorsqu’ila mangé, ses bramins prennent les restes Sc vont lesjetter aux corbeaux. Ni le roi ni les plus considérablesde L ville n’oseroient manger d’aucune viande , sans enavoir permission des bramins ; au lieu que les autresmangent de tout indifféremment, hormis de la vache , àquoi personne n’ose toucher. II ne faut pas oublier cequi fe passe à la cérémonie d’une espece de pardon gé-néral-^ui leur est accordé tous les ans au mois de Dé-cembre. Cette superstition attire un grand concours dapeuple de tous les pays voisins , pour visiter la Pagodeoù on l’obtient, qui est bâtie au milieu d’un étang , &dans laquelle il y a deux rangs de belles colonnes , Scun e grande lampe de la forme d’un navire > pleine d’hui-le - qui brûle continuellement 8c éclaire tout au tour.La Lagode est grande, Sc tout environnée d’arbres. Per-sonne n’ose y entrer sans s’être lavé dans l’eau qui l’en-toure. Ceux qui y entrent font aspergés de i’huile de lalampe p ar l es bramins ; puis ils vont faire leurs offran-des , Se quand ils ont rendu leur culte à l’idole Sc l’ontadoree , ff s s’en retournent, après que les bramins leuront promis un pardon général de tous leurs péchés > ertrécomp en f e j e j a dévotion qu’ils ont fait paraître. Ainsipendant trois jours entiers que ces prétendues indulgen-ces fe distribuent, on volt en ce lieu une prodigieuseaffluence de peuple » 8c tout le monde y est en liberté ,comme dans une asyle » quoi qu’on ait fait. On n’ose-roit y attaquer ni y arrêter personne , ni se vepger desos ennemis , ni tirer un criminel en justice.

Jsejouterai ici quelques remarqués tirées des voyagesde François Pirard, 1 part, p. 285. Le roi de Calicuta de grandes Sc belles villes. La premiere est Calí-cttt , l a se con d e Panard dans les terres. Elle est grandeSç fortifiée sor la frontière de Cochin. C’est le plus beauséjour du pays. II y a une riviere qui porte bateaux,'Sc va se rendre à la mer à 25 ou 30 lieues de-là. Elleséparé les deux royaumes , p. 288. La capitale a plusde^ cinq lieues de circuit, mais c’est moins une villequ un grand pays rempli de beaux bâtimens 8c degrands enclos ; tellement qu’à un logis il faut ungrand espace pour tous les jardins , vergers , viviers »& terres pour semer. 11 y a grand nombre d’étangs pu-blics fort grands, bien pavés Sc garnis de balustres depierre de taille, bien nétoyés 8c entretenus. Chaquereligion a les siens à part, Sc il yen a tel qui a un quartde lieue de tour. Les maisons n’y font pas bâties parordre ni arrangées par rues comme en Europe, maisdispersées en confusion • si ce n’est vers la mer auprèsd’Alfandeque, qui est un grand magasin du joí. 11 y alà un canton d’une demî-licue de tour bâti en rues,c’est-là que font des boutiques de toutes sortes de mé-tiers , «Partisans Sc de marchands. Ce canton a son en-ceinte à part, quoiqu’il soit enfermé dans la grande ville.

Le commun peuple bâtit de terre qu on détrempe ,

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