CAL
pointe occidentale quile forme est nommée lapointe de Monterey,Le cap de Nieve,
La baye de Pinas,
Le port San-Francisco,Le cap Mendocin,
Le cap blanc de S. Sebas-tien; là commence unechaîne de montagnes
qui va joindre à l’orîentcelles entre lesquellescoule Rio Colorado quise perd au fond du gol-fe de Californie ,ou dela mer Vermeille , 8cdont l’embouchure a étéprise par quelques-unspour un bras de mer.
Là péninsule de la Californie est la partie de ce paysque l’on conçoit détachée du continent par une ligneimaginaire > tirée du port de la Conversion, jusqu’à l’em-bouchure de Rio Colorado dans le golfe.
La Californie est exposée à de grandes chaleurs lelong des côtes, 8c il y pleut rarement : mais dans lesterres l’air est plus tempéré Sc le chaud n’y est jamaisexcessif. [On a vu plus haut que Jean Rodrigue? Ca-brillo fut détourné par le froid qu’il sentoit d’aller plusloin ; ce qu’il faut attribuer à la saison 8c non pas auclimat ; car le lieu le plus septentrional que l’on ait dé-couvert de ce côté, est sous le parallèle de Bordeaux enFrance.] II en est de même de l’hyver à proportion.Dans la saison des pluies, c’est un déluge d’eaux; quandelle est passée, la rosée se trouve si abondante tous lesmatins , qu’on croiroit qu’il eût plu , ce qui rend laterre très-fertile. Dans les mois d’Avril , de Mai 8c deJuin, il tombe avec la rosée une espece de manne quiíè congèle 8c qui s’endurcit fur les feuilles des roseaux,fur lesquelles on la ramasse. J’en ai goûté, dit le P.Picolo : elle est un peu moins blanche que le sucre,mais elle en a la douceur. Le climat doit être sain, sinous en jugeons par nous-mêmes 8c par ceux qui y ontpassé avec nous. Car en cinq ans de tems qu’il y a quenous sommes entrés dans ce royaume, nous nous som-mes tous bien portés , malgré les grandes fatigues quenous avons fouffertes ; 8c parmi les autres Espagnols ,il n’est mort que deux personnes , dont l’une étoit unefemme qui eut l’imprudence de fe baigner étant prêted’accoucher. * Lettre du P. Picolo , missionnaire Jésuite,dans les voyages du nord, t. z , p. 279.
11 y a dans la Californie , de grandes plaines , d’agréa-bles vallées , d’excellens pâturages en tout tems pourle gros 8c le menu bétail, de belles sources d’eau-vive,des ruisseaux 8c des rivières, dont les bords font cou-verts de saules, de roseaux 8c de vignes sauvages. Lesrivières font fort poissonneuses , on y trouve fur-toutbeaucoup d’écreviíïes, qu’on transporte en des especesde réservoirs dseù on les tire dans le besoin. II y a aussibeaucoup de xicames qui font de meilleur goût quecelles que l’on mange dans tout le Mexique. Ainsi onpeut dire que la Californie est un pays très-fertile. Ontrouve fur les montagnes des mescales [ fruit particulierde ce pays] pendant toute l’année, 6c -presque en tou-tes les faisons de grosses pistaches de diverses especes,Lc des figues de différentes couleurs. Les arbres y fontbeaux, 8c entr’autres le Palo Santo ; il porte beaucoupde fruit, 8c l’on en tire d’exceilent encens,
Il y a quatorze fortes de grains dont ces peuples fenourrissent. Ils se servent aussi des racines des arbresà des plantes, 8c entr’autres de celles à’iunca , pourfaire une espece de pain. II y vient d’exceilent chervis ,une espece de íaseoles rouges dont on mange beaucoup,des citrouilles 8c des melons d seau d’une grosseur ex-traordinaire. Le pays est si bon , que beaucoup de plan-tes portent du fruit trois fois Tannée.
Outre des cerfs, lièvres , lapins Sc autres , il y a deuxsortes de bêtes fauves que nous ne connoissons point enEurope. On les appelle moutons , parce quelles ontquelque chose de la figure des nôtres. La premiere es-pece est de la grandeur d’un veau, d’un ou de deux ans;leur tête a beaucoup de rapport à celle d’un cerf; Scleurs cornes, qui font fort grosses , à celles d’un bélier;ils ont la queíie Sc le poil marqueté ; mais plus courtsencore que les cerfs. La corne du pied est grande - ronde& fendue comme celle des bœufs ; leur chair est fortbonne.
L autre espece de moutons » dont les uns font blancs8c les autres noirs , différent moins des nôtres ’• ils íbntplus grands , 8c ont beaucoup plus de laine ; elle fe file
aisément. Outre ces animaux bons à manger, il y a deslions 8c des chats sauvages, 8c plusieurs autres sembla-bles à ceux qu’on trouve dans la nouvelle Espagne.
Tous les oiseaux du Méxique 8c presque tous ceuxd’Espagne se trouvent dans la Californie. II y a des pi-geons, des tourterelles , des alouettes , des perdrix d’ungoût excellent 8c en grand nombre ; des oies, des ca-nards 8c plusieurs autres sortes d’oxfeaux de rivière 8cde mer.
La mer est fort poísionneufe, 8c le poisson en est d’unbon goût. On y pêche des anchois, des sardines 8c duthon, qui se laisse prendre à la main au bord de la mer.On y voit aussi des baleines 8c de toutes fortes de tor-tues. Les rivages font remplis de monceaux de coquil-lages , beaucoup plus gros que des nacres de perles.Ce nsest p as fie la mer que l’on y tire le sel. II y a dessalines dont le sel est blanc Sc luisant comme le crystal,mars en même tems si dur, qu’on est souvent obligé dele rompre à grands coups de marteau.
Les côtes font fameuses par la pêche des perles. IIest certain [ dit le même Pere ] que si le roi d’Espagr.ey faifoit pêcher à ses propres frais , il en tireroit degrandes richesses. Je ne doute pas non plus, pouríìut-il, q ue l’on ne trouvât des mines en plusieurs endroitsfi l’on en cherchoit, puisque ce pays est fous le mêmeclimat que les provinces de Cinaloa Sc de Sonnora, oùii y en a de très-riches.
Le pays est fort peuplé dans les terres 8c sur-toutducôté du nord; 8c quoiqu’il n’y ait guéres de bourgadesqui ne Noient composées de vingt, trente , quarante,8c cinquante familles, ils n sent point de maisons. L’om-bre des arbres les défend des ardeurs du Soleil pendantle jour , 8c ils fe font des branchages Sc des feuillages,une espece de toît contre le mauvais tems de la nuit.L’hyver , ils s’enferment dans des caves qu’ils creusenten terre, 8cy demeurent plusieurs ensemble , à-peu-prèscomme les bêtes : les hommes y font tout nuds. Ils feceignent la tête d’une bande de toile très-déliée , oudsene espece de rézeau. Ils portent au cou 8c quelque-fois aux mains , pour ornement, diverses figures de na-cres de perles assez bien travaillées , 8c entrelassées avecjjeaucoup fi e propreté de petits fruits ronds , à-peu-prèscom me des grains de chapelet. Ils n’ontpour armes quel’arc» la flèche, ou le javelot ; mais il les portent tou-jours a l a main » soit pour chasser , soit pour se défen-dre rie leurs ennemis; car les bourgades fe font assezsouvent la guerre les unes aux autres. Les femmes fontvêtues un peu plus modestement , portant depuis laceinture, jusqu’aux genoux une maniéré de tablier , tissude roseaux comme les nattes les plus fines. Elles fe cou-vrent les épaflles de peaux de bêtes , 8c portent à‘latête » comme les hommes , des rézeaux fort déliés. Cesrézeaux font fi propres , que nos soldats s’en fervent àattacher leurs cheveux. Elles ont comme les hommesdes colliers de nacres » mêlés de noyaux de fruits 8c decoquillages , qui leur pendent jusqu’à la ceinture , Scdes brasselets de même matière que les colliers.
P occupation la plus ordinaire des hommes 8c desfemmes est de filer. Le fil fe fait de longues herbes qu£leur tiennent lieu de lin 8c de chanvre , ou bien de ma-tières cotonneuses qui se trouvent dans l’écorce de cer-tains fruits. Du fil le plus fin on fait les divers orne-mens dont nous venons de parler > Sc du plus grossier,fies sacs pour divers usages 8c des rets pour pêcher. Leshommes , outre cela , avec diverses herbes dont les fi-bres font extrêmement serrées Sc filasseuses, s’emploientà faire une espece de vaisselle 8c de batterie de cuisinéde toute forte de grandeur. Les plus petites piècesfervent de tasses , les médiocres d’affiettes , de plats, Scquelquefois de parasols ; 8c les plus grandes, de cor-beilles á ramasser les fruits, Sc quelquefois de poêles 8cde bassins à les faire cuire ; mais il faut avoir la ?cé-cautïon de remuer fans cesse ces vaisseaux , de peur quela flamme ne s’y attache ; ce qui les brûlerair en tres-peu de tems. c
Les Californiens ont beaucoup de vivacité. ontnaturellement railleurs, cependant dociles aux instruc-tions. '
Les missionnaires usent trouvé parmi eux aucune for-me de gouvernement, ni presque de religion & de culteréglé. Us adorent la Lune, fe coupent les cheveux; on