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Tome second. C - F.
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nades, des papahs, des citrons, des oranges, de deuxsortes de limons, des courges, les meilleurs oignonsdu monde, des figues, des canneS à sucre , des pal-miers, des papiers qui croissent fur le. bord des riviè-res, des choux, des navets, des patates, &c. IIy a beau-coup de chevaux, de vaches, d’anes, de mules , de bre-b'is, de chevres, de cochons, de lapins » 6c quantité debêtes fauves. La volaille &le gibier, y font communs :mais il y a peu de bois. ( a ) Jo. Luys , íntrod. ad Geog.sect. 4, cap. 14. ( b ) Dams m, voyages aux terres Aus-trales, t. 4, p- 1

II paroît que Pline s’eíl trompé fur Pétymologie dunom de Canarie. Niçois, Angloís, apprit des habitansfie Piste en 1650, qu’il n’y avoit jamais eu plus de chiensdans cette ifie qu’ailleurs. Ce voyageur prétend que lemot de Canarie vient plutôt d’une espece de canne qui ycroissoit en abondance , Sc dont le jus passe pour un poi-son subtil, 8c dont quelques Espagnols éprouvèrent l'èf-fet iorsqu’ils firent la découverte de ce pays.

2. CANARIE O, c’est ainíî que les étrangers appel-lent la ville capitale de Piste de la grande Canarie. Lesgens du pays la nomment Ciudad de Pal m.a s , 1#Ville des Palmes ; elle est située au sud-quart-sud-ouest,ds l’ifie, Sc à une lieue & demie de la rade, & défen-due d’un mauvais château ( b ). Le mouillage y est tres-bon, pourvu qu’on ne s’approche pas trop près de laville , où il y a des rochers cachés .fous seau. Elle estdéfendue par un château situé fur une montagne. H Y aenviron douze mille habitans très-braves. On mouist e afi-ix-huit brasses d’eau devant la ville. Son enceinte estfie près d’une lieue de tour. La plupart des maisons yfont afiez bien bâties, & n'ont que deux étages. Estesfont toutes en terrasses par dessus , de forte que le toitn’ en paroît point. Pendant le jour on ne volt presquepersonne dans les rues. ( a ) Jo. Luys, introd. ad Geog.fect. 4, cap. 14. ( b ) Voyage du sieur le Maire, p. 3°-

Quoique l 5 évêque > le gouverneur 8c les gens de qua-lité fassent leur résidence à Ténériffe, c’est néan® oinsdans cette capitale qu’est le siège épiscopal suffragantde Séville, le tribunal de l’inquisition, 8c le souverainconseil qui est comme le parlement des sept isies. Ony volt quatre maisons religieuses, une de DominicainsSc une de Franciscains : les deux autres font de Bernar-dines 8c de Recollettes.

Les Isles Canaries ne différent point, suivant I?sentiment des plus célébrés 8c des plus favans géogra-phes , des isies Fortunées que Ptolomée & Pline ontdécrites, quoique Ptolomée ne les place pas affez versle nord : si ne met celle qui en approche le plus qu aseize d. de latít. septent. quoiqu’elles s’étendent jusquesaux trente d. II y en a qui veulent que ces Isies Fortu-nées soient les mêmes que celles du cap Verd, n’ayantégard qu’à P élévation du pôle qui leur est attribué. * IJnp'per , Descript. des isies de P Afrique , p. 502.

Les Maures de la Barbarie les nomment Elbard , acause de la montagne ou pic de Ténériffe, qui est uirefie s e s isies.

A buste fi a, Ulug Beigli, & autres géographes Arabesfont du même sentiment que les Grecs 8c les Latins»8c les appellent en arabe Jaz.air Alchaledat, c’est- a_dire, Isies heureuses ou fortunées.

Ptolomee les fait monter au nombre de six. A préíenton en compte communément sept, qui font celles dePalme, de Fer, Gomere,.Ténériffe , la grande Canarie »Fucrteventura 8c Lancerote ; d’autres , comme Purchas,y ajoutent quelques petites isies, dont les noms fontLobos, Roca , Graciosa, Santa Clara, Alegrança. Orté-lius y joint encore Seluaja ou la deferte, qu’il dit êtrela jplus septentrionale de toutes , 8c qu’il place au rangde celle d Alegrança; & ajoute de plus l’ifle de Gra-ciofa 8c de C010, que Thevet nomme Pifle des Cerfs.Mais toutes ces petites isies font de si peu de consé-quence , qu il y en a plusieurs qui ne les nomment pas,& qui ne font mention que des sept premieres.

Ces istos Canaries [dont.Lancerote, Fuerteventura,la gfande Canarie 8c I eneriffe font les principales J ,font situées entre le 2 6 e d. 30 m. 8c le ici e d; zo m. fielat. septent. tout vis-à-vis du cap de Non, au royaumede Maroc, à 70 ou 80 lieues de la terre-ferme de la Bar-barie , 8c à neuf ou dix 1 une de 1 autre. Elles font à lafile, presque de Pest àFouest, dans l’étendue de 5 d. 40 m.

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Ces isies., comme on Pa vu, avolent été connues dePline & de Strabon. D’ailleurs on les découvrit en 1395,fous Henri III. roi d’Espagne ; mais on les négligeajusqu’àl’an 1417, que Jean II. roi de Castille céda toutle droit qu’il y avoit à un gentilhomme François , dupays- de Caux en Normandie, appelle Jean *de Betan-cour, 8c l’envoya, après qu’il Peut pourvu de toutes lesmunitions nécessaires pour l’exácutíon de cette entre-prise , à la conquête de ces isies. Celui-ci s’empara eny abordant du port de Lancerote Sc du château, 8c aprèsy avoir bâtí'îe cloître de S. François & une église, iís’en retourna en Espagne , où suivant Gramaye , il re-mit son droit à Diego de Herrera pour une certainssomme d'argent; celui-ci fe rendit maître de l’isie deFortaventuré, qu’il nomma de ce nom en P honneur deS. Bonaventure, à caisse qti’il y fit une descente pourla premiere fois, le jour de la fête de ce saint. MaisSanut rapporte que Betancour en abordant aux isies deLancerote & sse í ortaventure, en prit possession avec leconsentement de la reine de Castille, 8c que ses héri-tiers les vendirent après fa mort au roi Jean lorsqu’ilétoit encore jeune. Gramaye assure encore que Diegoste Herrera fe rendit aussi maître des isies de Fer Sc deGomere , Sc qu’après qu’il eut inutilement tenté des’emparer des autres, il vendit son droit au roi Ferdi-nand , qui fe rendit à force ouverte maître de la grandeCanarie, après un combat- opiniâtre contre les Insistai**tes. Aifonfe 8c Bartelt de Lugo y étant ensuite envoyésPan 1512, conquirent l’isie de Fer : quatre ans aupa-ravant ils s’étoient emparés de celle de Palme. Sanut aucontraire raconte que Gomere 8c l’isie de Fer furentdécouvertes par Ferdinand Dorias.8c les trois autres,savoir la glande Canarie , l’isie de Palme 8c Ténériffe,par Alfoníè de Lugo & Pierre de Vera, gentilhommede Xérès , 8c que toutes cinq furent conquises par lecommandement du roi Ferdinand 8c de la reine Isa-belle ; savoir Palme 8c Ténériffe par Aifonfe de Lugo,2 c les trois autres par Pierre de Vera 8c Michel deMoxica.

Ces isies, n’étant pas éloignées du tropique du Can-cer , doivent être exposées aux ardeurs du soleil, ce quisemble procurer la récolte qu’on y fait plutôt que partout ailleurs, aux mois de Mars 8c d’Avril. Le terroiry est également bon par tout 8c fertile, mais elles fontsiir-tout fameuses par cet excellent vin de Canarie quePon porte par tout le monde, 8c que l’on estime tant.H n’y avoit auparavant, suivant Sanut, qu’une feule isiequi rapportât du vin 8c du bled ; mais estes produisenttoutes a présent de tout ce qu’on peut souhaiter pour lavie de l’homme. L’eau y est à proportion moins bonneque le reste; mais on y remédie en la mettant dans desvases qui ont la figure de mortiers, Sc faits d’une pierreextrêmement poreuse , au travers de laquelle elle fe fil-tre, de maniéré qu’en fe purifiant este fe rafraîchit,' 8cdevient très-bonne. L’ufage de ces pierres a passé jus-qu’en Hollande, 8c fur-tout à Amsterdam, où Pon n’apoint d’autre eau douce que celle de pluie que les toitsreçoivent, 8c qui: coulent dans les citernes par des gou-tieres.

Il y croît aussi fort copieusement d’une certaine planteappellée communément Ori/elle, que la plupart des her-boristes tiennent être la même que le Phalaris de Dioe-coride, Sc que Dalechamp fur Pline prend pour la se-conde espece d’orge de shéophraste. Les habitans dupays cultivent Sc recueillent avec beaucoup de foin cettesemence pour la nourriture des Serins de Canarie, ce-pendant elle croît avec beaucoup de facilité, quand onla transporte 8c dans la Hollande Sc dans les autreslieux de P Europe. On y trouve aussi d’une certainegomme noire ou poix , qu’ils appellent Bray , qu’ils ti-rent des pins en les fendant par morceaux, jusqu’à cequ’ils en ayent dix ou douze chariots pleins, mettentensuite ces bûches en croix P une furl’autre, au-dessusd’un creux raisonnablement grand 8c profond , où lapoix vient à couler par la chaleur du feu , qui commenced'allumer par en haut. Il y en a d’autres qui creusentseulement tout autour de l’arbre, 8c y mettent le feu.On y trouve atiffi beaucoup de miel 8c de la cire.

IIy a une assez grande quantité de bœufs, chèvres,ânes sauvages, chevreuils 8c plusieurs fortes d’oifeaux, 8cprincipalement des serins qui chantent fort agréablement.