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Tome second. C - F.
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Elle est éloignée de Marseille, dit Tournefort, voya-ges d u levant, t. i , p. 32, d’environ 1600 milles, Sc de600 de Constantinople. On compte 400 milles de Can-die a Damiette en Egypte , 300a Chypre, jooàMilo,St 40 à Cerigo. Jamais situation ne fut plus favorableque celle de Candie pour établir un grand empire »comme ( a ) Aristote l’a remarqué : elle est à portée deTEurope, de l’Asie Sc de f Afrique. Sa longueur se doitprendre du cap des Grabuses au cap Salomon ; on compte250 milles de l’un à l’autre, & un homme à cheval peutaisément faire ce chemin en dix jours. Strabon , /. 10,p. 474 & 475 , donnoit 287 milles Sc demi de longueurà cette iíle : Pline ( b ) en donnoit 270 , parce qu’ilscomptoient du cap 8. Jean que quelques-uns"'appellentencore Cabo Crio, au cap Salomon : ainsi il faut mettreune journée de plus, suivant la íupputation de Scylax ( c ),elle a 312 milles Sc demi de long. Quant à la largeurde Candie, elle n’est que d’environ 55 milles, commePline le marque : de forte qu'on peut la traverser en deuxjours vers le milieu, où elle est plus large qu’ailleurs ( d ).Strabon & Scylax ont eu raison de dire qu’elle étoit,étroite, longue, étendue du levant au couchant : auffiEtienne le géographe asiùre-t-il qu'o n l’appelloit l’Ifle-longue. Belon (°) n’a pas bien connu le tour de l’iste deCandie, il le détermine à 1520 milles , quoiqu’il nesoit que de 600 comme en convient de Breves ( f ). Lesgens du pays font de même sentiment, 8c cette mesurerépond à celle de Strabon Sc de Pline : le premier ( S )lui donne 62; milles de circonférence, Scl'autre ( h ) 590.Il est surprenant que les mesures des anciens fe trouventquelquefois si conformes à celles des Grecs d’aujour-d’hui. II semble que ces derniers les aient conservéesPar tradition, car ils n’ont pas de mesures certaines Sc nefe fervent que de pas communs', c’est-à-dire des enjam-bées d’environ deux pieds Sc demi chacune ( a ). de Re-publ. 1 , 2 , c. 10. ( b ) Hist. Nat. 1 . 4, c. 12. ( c ) Peripl.C) Tournefort■ ( c ) Obferv. 1 . 1 , c. 5. ( f ) Relation desvoyages &c. à Paris 1628. (?) 100 Stades. ( h ) Bill.Nat. 1 . 4, c. 12.

Il 11’y a point de rivière dans Candie qui puisse por*ter bateau , mais seulement quelques gros ruisseaux,comme I'Armiro Sc PIstoNia , au bord duquel ontrouve l’arbre Leandro , dont le bois 8c les feuilles fontUn poison qui rend l’eau fort dangereuse en été. Entreses montagnes , on remarque celle de P florin, appelléeanciennement Mont Ida , comme celui de la Troade.* Géographie de Robbe , t. i , p- ZZ- Ses villes & prin-cipaux lieux font,

Candie,

Sitia,

Paleo-Castro, 8cSchíno.

Rettimo,Spina longa,

LMilede Candie portoit an*nnement le nomade

royaume de Crète. Voyez, ce mo_• g ^ république,

ticuiiers , fut ensuite gouvernée e la CO nquit aux

Qmntus Metellus lieutenant de Po P ^ en ? pereurs

Romains 3 depuis elle vint au poi Montferrat,'

d Orient. Après ell0 fut donneeduc de ^qui la vendit aux Vénitiens en 1204 ’ knt tous

provediteur général, outre le ^‘l/ rem ; e r portoit lales deux ans oes magistrats, dont le p •„

de duc , q „oi,u>i»firieur au proved teur, mâenfin les Turcs fe font entierement empaiste en 1669. r ,

Les habitans de Candie ,Turcs ou Grecs ^ »

vigoureux , robustes , ils aiment fort à tirer e arc ,tout tems ils se sont distingués dans cet exercice,Paufanias, l. 1, c. 29, assure-qu'il étoit comme attacleur nation préférablement à tous; aussi ne voit-on que cquois représentés furies plus anciennes murailles e 1 ,

Ephore cité par Strabon, í. 10, p. 480, nous a con eUne loi par laquelle Minos ordonnoit qu'o n montra fenfans à tirer de l’arc : il y a apparence qu’ils employois ,pour leurs ftécbes cette petite espece de roseau r ^menue 8c piquante ', qui naît dans les fables de 1 1 elong de la marine. * Tournefort , voyages , tome preï a K- 33- n- T

Les anciens habitans de Candie se fervoient au m ula fronde. Ils excelloíent dans la danse , la chasse , lacourse» le manège. Pour leurs mœurs elles ont été bla-

V^AIN IOZ

mêes en plusieurs choses par les anciens auteurs , au-jourd’hui ils font plus honnêtes gens. On ne voit danscette iste ni gueux , ni filoux , ni mendians, ni assas-sins, ni voleurs de grand chemin. Les portes des mai-sons ne fe ferment qu’avec des tringles de bois fort lè-ge res qui servent de verroux. Quand un Turc vole , cequi arrive rarement , on l’étrangle dans la prison pourl'honneur de la nation; on le met ensuite dans un íàcplein de pierres , 8c on le jette dans la mer; si c'est unGrec, il est condamné à la bastonnade ou pendu au pre-mier arbre. La plupart des Turcs de l’iíle font renégatsou fils de renégats ; les renégats sont ordinairementmoms honnêtes que les vrais Turcs. * Tournefort , t. 1,?- 33 -'

Les paysans Grecs ne portent fur la tête qu'u ne ca-lotte rouge, semblable à celle de nos enfans de chœur;a la campagne pour so garantir du soleil, ils n’ont d’au-tre secours que celui d’un mouchoir qu’ils mettent furleur calotte, Sc qu'ils relevent par un des coins avecleur bâton pour en faire une espece de parasol» LesTurcs usent" de la même commodité. Les Grecs sontvêtus a la légere , ils n’ont que des caleçons bleus detoile de coton fort larges Sc qui tombent fur les pieds ,mais le fond de ces caleçons descend beaucoup plus basqu’il ne faut, Sc les fait paroître fort ridicules. On nevoit personne qui ne soit bien chaussé dans cette iste.Dans les villes les Grecs se servent d’escarpins de ma-roquin rouge fort propres Sc fort légers; à la campagneils portent des botines de même étoffe qui durent desannées entieres, Sc sont auffi bien chaussés que l'étoíentles anciens Crétois du tems d’Hyppocrate. Ce fameuxmédecin en parle commed’une chaussure fort commode,8c GaUien son commentateur assure quielle montoit àmi-jambe , qu'elle étoit d’une bonne peau , percée enplusieurs endroits pour laisser passer les courroies qui laserroient 8c l’empêchoient de tomber.

L’habillement des dames ne leur marque point detaille» qui est pourtant ce qu’elles ont de plus beau.Cet habit consiste en une jupe de drap rouge, tirant furle gris-de-lin, fort plissée , suspendue fur les épaules pardes gros cordons, 8c qui leur laisse le sein tout découvert.Les dames de l’Archipel portent des caleçons : les Can-diotes n’ont que la chemise sous leur jupe ; elles cou-vrent leur tête d’un voile blanc, qui tombe d’assez bonnegrâce fur leurs épaules ; d’ailleurs ces dames font fortmal-propres. On voit fort peu de Turques dans les rues,encore ont-elles le visage couvert 8c sont toutes enve-loppées dans une veste de drap. Les Juives paroissentassez ragoûtantes. Les Négresses sont les plus laidesfemmes de l’iíle.

Les habitans de Candie fe traitent fort bien : onnourrit dans l’iíle beaucoup de volaille , de pigeons ,de bœufs, de moutons 8c de cochons. On y voit quan-tité de tourterelles, de perdrix rouges, de bécasses,de becfigues, de lièvres, point de lapins. La viande deboucherie y est très-bonne hormis durant l’híver : fautede pâturage , on est obligé dans cette saison de faire paî-tre les troupeaux le long de la mer parmi les joncs, oùils deviennent si maigres que leur chair n’est que de lafilasse. Les Grecs ne s’en embarrassent guéres : ils fe ra-goutent avec des racines ; Sc c’est ce qui a donné lieu auproverbe quí dit que les Grecs s’engraissent où les ânesmeurent de faim : cela est vrai à la lettre , les ânes nemangent que- les feuilles des plantes, Sc les Grecs em-portent jusqu’à la racine.

Quoique cette iste soit peu cultivée , elle rapportecependant plus de grains que les habitans n’en consu-ment. Elle abonde en vins, fournit aux étrangers deshuiles , de la laine , de la soie , du miel, de la cire,des fromages, du ladanum. On y cultive peu de coton8c de sesame : le froment y est excellent, sur-tout auxenvirons de Candie Sc dans la plaine de la Messaria ;mais on n’y íaít pas faire le pain : c’est une pâte mo-lasse , écrasée, Sc si peu cuite qu’elle s’attache aux dents.Les François y font de très-bon pain, bien cuit & bienlevé dont les Turcs sont fort.friands. Si l’on voit un bonfonds, une plaine fertile, de beaux oliviers, des vignesbien cultivées , on trouve bientôt le monastère • s 1 n ya pas de monastère, le papas ne loge pas om , e a - Cesmoines Grecs font de bonnes gens, us ne s occupentqu’à labourer la terre.