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Les vins de Candie font exceliens., ronges > blancs &clairets.il n’estpas surprenant que l’on voie des médail-lés anciennes frapées au nom des anciens habitans decette iíle , fur le revers desquelles on ait représenté descouronnes de lierres entremêlées de grapes de railms.Quoique ces viná /oient pleins de feu, Gallien ne lais-foit pas d’y en trouver d’assez tempérés pour en per-mettre l’usage à ceux qui avoíent la fièvre.^
Les Turcs ne sauroients’empêcher de boire de fi bonvin, au moins pendant la nuit ; 8c lorsqu ils s en melent,c’est à fond de cuve. Les Grecs en boivent jour 8c nuitfans eau, 8c à petits coups , trop heureux d’ensevelir detems entems dans cette boisson, le souvenir de leur misère.Quand on verse de l’eau sur ces vins , le verre paroît toutrempli de nuages, traversés de filets ondoyans 8c commecrêpés, formés par la grande quantité d’huile étherée,qui domine dans cette liqueur. II seroit aise d’en tirer«/'excellent esprit de vin : cependant l’eau-de-vie quel’on boit en Candie de même que dans tout le Levant estdétestable, parce qu’elle est mal faite.
La laine de Candie 8c de Gréce ne peut servir qu’à desouvrages groffiers » à des lisières ou à des matelas. La foiede cette iste seroit parfaitement belle, si on savoit la fa-çonner. Le miel en est excellent, Sc sent le thym dont toutle terroir est couvert: il est doré Sc plus liquide que celuide Narbonne. La cire Sc le ladanum de cette iste ne sontpas à mépriser. On estime les fromages des montagnesde la Spachk. Athénée, Deip. L 14 - assure qu’on faisoiten Crète des fromages minces Sc larges pour brûler dansles sacrifices , apparemment qu’ils étoient exceliens ,puisqu’on n’employoít rien que de bon dans ces cere-monies. Quoique la Candie soit un pays riche, cepen-dant les meilleures terres de f iste ne font guéres biencultivées , Sc même les deux tiers de ce royaume nefont que montagnes sèches , pelées , désagréables , es-carpées , taillées à plomb Sc plus propres pour des chè-vres que pour des hommes.
On respire un fort bon air en Candie : il n’y a qu_ ele vent de terre à craindre : on a pensé deux ou troisfois abandonner la Canée , où ce vent est tout-à-faitsuffoquant. On a remarqué même que souvent il étouf-fait les gens en pleine campagne. A l’égard des eaux onn’en sauroit trouver de plus belles ni de meilleures.Tout bien considéré , on peut dire que cette iste estplacée fous un beau ciel : auff l’appelloit - on autrefoisl’Isle Heureuse ; il n’y a pas jusqu’aux pierres quin’en soient estimables. La plupart des villages y fontbâtis de marbre blanc, mais il est tout brut 8c ne pa-roît pas plus que notre moilon : on n’emploie le mar-bre que parce qu’il est plus commun que les autrespierres. Que diroient les Dipœnes , les Dédales , lesScyllis , les Ctésiphons , les Metagénes , s’ils voyoientblanchir le marbre avec de la chaux ? Excepté Dédale »tous ces habiles sculpteurs 8c architectes étoient Cre-tois , 8c les deux derniers avoíent bâti le temple deDiane à Ephése. Les Grecs d’aujourd’hui ne font quedélayer la terre avec de l’eau , sans y mêler ni chauxni fable. Dans les villages , les maisons n’ont qu’un seulétage partagé en deux ou trois pieces , éclairées cha-cune par une ouverture où l’on a engagé une cruchede grès d’un pied 8c demi de diamètre, ouverte par lesdeux fonds, 8c maçonnée dans le couvert: ce couvert estune terrasse 8c consiste en une couche de terre épaisiede demi-pied - étendue fur des fagots , soutenus chez lesplus aisés par des sablières couvertes de planches. * Tour -nefort, voyages, t. 1, p. 35.
Quoique la vie des Candiots soit assez molle : ils nelaissent pas de monter souvent à cheval 8c de chasser : ilsne lavent ce que c’est que de chasser à pied : les soi-gneurs du pays ont ordinairement des chevaux de Bar-barie parfaitement beaux, 8c qui durent bien plus long-tems en ce pays qu’en France, ou le serein Scie foin lesrendent poussifs Sc fluxionnaires. Les chevaux de l’istefont des bidets pleins de feu, dont^l’encolure est assezbelle & la queue sort longue , la plupart ont si peu deboyau que la selle ne sauroit leur tenir sur le dos : ilsso cramponnent si adroitement fur les rochers , qu’ilsgrimpent d’une vitesse admirable dans les lieux les plusescarpés , on n’a qu’à les prendre d’une main par lecrin 8c tenir la bride de l’autre ; dans les descentes lesplus horribles, qui font assez fréquentes dans cette iste,
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ils ont le pas ferme &. assuré > mais il faut les laisserfaire 8c marcher fur leur bonne foi : ils ne s’abattent ja-mais quand on s’abandonne à leur conduite , non plusque lorsqu’ils portent des fardeaux beaucoup plus lourdsque le corps d’un homme : ordinairement ils ne tom-bent que lorsque le cavalier ne leur lâche pas assez labride; car alors ayant la tête trop élevée , ils ne peu-vent porter leur vue en bas pour placer sûrement leurspieds. Les dames Turques ou Grecques , qui ne sau-naient se sorvir d’autres voitures d cause de la difficultédes chemins , ne descendent jamais, 8c l’on n’entendpas dire qu’il leur soit arrivé d’accidens fâcheux par lachute de leurs chevaux : ces petits chevaux sont merveil-leux pour courre le lièvre : cette chasse 8c la chasse àl’oiseau sont celles que les Turcs aiment le plus : il est vraique leurs oiseaux sont exceliens 8c bien dressés : on enfaisoit une espece de commerce du tems que l’iste appar-tenoit aux Vénitiens : on en emporte encore quelques-uns en Allemagne par la voie de Venise. La plupartsont destinés pour Constantinople, de même que ceuxque l’on éleve dans les autres istes de l’Archipel.
Tous les chiens de Candie sont des lévriers bâtards,mal faits, fort élancés 8c qui paroissent tous de mêmerace : leur poil est assez vilain , 8c par leur air il semblequ’ils tiennent quelque chose du lossp 8c du renard. Usn’ont rien perdu de leur ancienne sagacité , 8c natu-rellement ils sont tous preneurs de lièvres 8c de petitscochons : on ne volt pas d’autres especes de chiens dansce pays : il semble qu’elle s’y soit conservée depuis labelle Gréce ; il n’est parlé chez les anciéns que des chiensde Crète 8c de Lacédémone , quoique dans le fond ilssoient fort inférieurs à nos lévriers.
2. CANDIE , ville capitale de l’iste de même nom,& d’une province particulière , nommée le territoire deCandie. Elle est fur la côte septentrionale. Candie estlu carcasse d’une grande ville, bien peuplée du tems desVénitiens, marchande, riche, 8c très-forte : aujourd’huice ne seroit qu’un désert sans le quartier du marché oùles meilleurs habitans se sont retirés. Tout le reste n’estque masores , depuis le dernier siège, l’un des plus con-sidérables qu’on ait fait de nos jours. Chardin dans sesvoyages assure que dans le mémoire présenté au divanP ar le grand trésorier de l’Empire, touchant les dépensesextraordinaires faites pendant les trois dernieres annéesdu siège de Candie, il étoit fait mention de sept censmille écus employés en récompenses données aux dé-serteurs qui s’étoient faits Turcs, aux soldats qui s’é-toient distingués » 8c à ceux qui avoíent apporté des têtesde Chrétiens qu’on avoit payé un sequin la piece. Cemémoire marquoít qu’on avoit tiré cent mille coups decanon contre la place , qu’il y étoit mort sept hachas »quatre-vingt officiers tant colonels que capitaines , dixmille quatre cens janissaires, fans compter les autres mi-lices. * Tournefort, t. 1, p. 15. ,
Le port de Candie, dit Tournefort, Voyages , t. r ,p. 16, n’est bon que pour des barques : les vaisseaux setiennent à l’abri de l’iste de Dia , située presque vis-à-vis de la ville au nord-est, 8c que les Francs appellentmal-à-propos Standia. II est aisé de faire voir que lesSarrasins ont bâti Candie fur les ruines de l’ancienneHéraclée. Strabon, /. 10, en décrivant l’ifle de Théra,laquelle » dit-il, répond à l’iste de Dia, 8c cette iste sui-vant le même auteur, se trouve vis-à-vis d’Héracléeport de mer des Cnoffiens.
La ville de Candie est fans contreditlaCANDACE desSarrasins. Scylitzes ,p. 509, remarque que dans la languede ces peuples Chandax signifie un retranchement : 8c cer-tainement ce fut-là que, par l’avis d’un moine Grec, lesSarrasins se retranchèrent du tems de l’empereur Michelle Begue. U paroît plus naturel de faire venir le nom deCandie de Chandax, ou de Candida que Morosini 3donné à cette place. Finet dans fa traduction de Pline, n’apas eu raison de prendre Mirabeau pour Héraclée. SuivantStrabon n e **Ae«iv, Héraclée étoit vis-à-vis de Dia , &suivant Ptolomée, près du cap Salomon. II faut s’entenir à la décision de Strabon beaucoup mieux informéde la situation des villes que Ptolomée. * Hifî.Venet. I. ï2.
Ceux qui croient que Candie est l’ancienne ville deMatium , rétablie par les Sarrasins, ne s’éloignent peut-être pas trop de la vérité, supposé que dans le dénom-brement que Pline , 7 .4, c, 12, a fait des istes qui sont fur
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