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Tome second. C - F.
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CAR

cequ’ilsdîfont n’appartenir qu’aux bêtes des bois, 8c ilsne veulent point non plus être appelles Canibales, quoi-qu’ils mangent la chair de leurs ennemis j mais le nomde Caraïbes leur plaît, comme marquant leur courage& leur générosité. Leur naturel est doux 8c bénin, Scils vivent fans aucun désir d’avoir des richesses, ils re-prochent au contraire aux Européens, le foin qu’ils ontd’amasser du bien, puisque la terre est capable de four-nir de quoi nourrir tous les hommes, pourvu qu’ils veu-lent prendre foin de la cultiver. S’ils vont à la chasse ouà la pêche, ou s’ils abattent des arbres pour faire unjardin ou pour fe bâtir une maison, ils le font commeen fe jouant 8c fans marquer nul empressement. L’orles touche peu, Sc le verre 8c le cristal leur paraissentpréférables.

■ Ils n’aiment point à sortir de leur pays, 8c ne veu-lent pas même souffrir qu’on emmene quelqu’un d’euxen une terre étrangère, à moins que l’on ne promettede les ramener bientôt. Si l’on y manquoit, il ne fau-drait jamais les revoir, si l’on fe vouloit garantir deleur venueance. Ils n’ont point de curiosité pour leschoses éloignées ; mais ils en ont tant pour celles quifont proches d’eux, que s’il arrive que l’on ouvre uncoiffe en leur présence, il leur faut montrer tout cequ’il enferme. Si quelque chose de ce qu’ils y voientleur plaît » ils donnent en échange pour l’avoir tout cequ’ils ont de plus précieux. Ils fe portent presque tou-jours bien, & les vieillards même ne blanchissent point,ce qu’on impute à leur tempérance, parce qu’ils man-gent peu & souvent, outre qu’ils vivent fans ambition& fans inquiétude. Ils ne font point de -provisions, envont chercher à mesure qu’ils ont faim. II n’y a nende réglé chez eux. La nuit même ils fe levent pour man-ger, 8c ne pensent jamais qu’au présent, enforte que hl’on veut- avoir d’eux un lit de coton à bon marche, dfaut l’acheter le matin » parce qu’ils ne font point ré-flexion que la nuit viendra 8c qu’ils en auront besoin-

Le larcin passe pour un fort grand crime parmi eux,Sc comme il s’en trouve peu qui y soient enclins , usvivent fans défiance les uns des autres, ce qui fait queleurs maisons Sc leurs héritages font à Tabandon, ïansportes Sc íàns clôtures; mais ils font vindicatifs» Scconservent une haine toute leur vie. Quand ils fe croientoffensés, ils ne font jamais contens qu’ils n’ayent tuéleurs ennemis, le plus souvent pour un très-petít íu-jet, pour un couteau, pour des hameçons, ou pour desflèches rompues. Ils fe levent ordinairement avant lejour, Sc la premiere chose qu’ils font c’est d’aller febaigner ou fe laver. Ensiiite leurs femmes dépendentleurs lits de dedans la case, 8c les pendent dans lecarbet qui en est proche, oii elles les peignent & ^ esajustent > après quoi elles leur apportent de la cassavefraîche, Sc le taumali , qui est une sauce de crabe, deviande , ou de poisson, avec beaucoup de piment. Celaest accompagné d’un canari-, devin à’ouïe ou chaud quiest leur bouillon. Le Canari est un vaisseau de terre cui-te » dont le fond finit en pointe. II y en a de toutesgrandeurs.

Ils passent les jours à faire de petits paniers couverts©ti ils mettent leur miroir, du fil de coton pour accom-moder leurs flèches , une alêne > Sc autres choses sem-blables , 8c ils pendent ce panier à leur cou , quand ilsvont en quelque lieu. Ils s’occupent encore à s’arracherla barbe avec le pouce Sc la pointe d’un couteau, quel-ques-uns à jouer de la flûte fur leurs petits sièges, d’au-• tres à rêver dans leurs hamacs ou lits de coton.

Les femmes font moins oisives que les hommes. Cefont elles qui plantent le manioc, Sc elles fe ferventpour cela de bâtons pointus au lieu de houes. Elles sar-clent Sc nettoient les jardins ; elles font le pain Sc ac-. commodent les viandes, ont foin du coton, Sc le filentfur la cuisse avec le fuseau. Elles font les hamacs , qu’el-les travaillent fur une maniéré de châssis appuyé contreles fourches de la cale de haut en bas, Sc qu’elles tour-nent à mesure que s’ourdit la trame. Quand le lit estachevé, elles le tendent fur le châssis pour le peindre,si c’est pour leur usage ; 8c elles le laissent blanc, sic’est pour les Européens. Cette peinture est pour p or-dinaire une espece d e guillochis, ou la justesse fe trouveavec autant de proportion que si elles fe fervoient de■compas. Estes laissent aux deux bouts de la chaîne pa$-

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fer des fils non coupés, Sc longs environ d’un pied enforme de frange, Sc dans les fils elles passent une pe-tite corde de pi te en même sens, ce qui les alonge en-core d’un pied de chaque côté , Sc dans tous les plisde cette petite corde , elles en passent une de même,grosse d’un pouce & longue de trois à quatre toises, quisert à suspendre le lit quand elles en ont besoin. Lcrs-qu’eiles font ces hamacs ou lits de fil de coton, ellesmettent aux deux bouts du.métier un paquet de cen-dres, persuadées qu’ils ne dureraient pas long-íems sielles manquoient à cette cérémonie. Elles font très-maipropres dans tout ce qu’elles apprêtent. Leur boissonordinaire est le ouicoú, qu’elles font de cassave s ou depatates bouillies. Elies pilent ces racines dans un mor-tier de bois, Sc les mâchent pour leur donner la forcede bouillir Sc d’enyvrer. Au défaut de ce breuvage,elles en font de chaux caraïbes, d’ananas, de figues,de bananes Sc d’autres fruits; toutes leurs boissons fontsi épaisses , qu’on y trouve à boire Sc à manger. LesCaraïbes fon.t souvent des-assemblées pour boire de cetouicou. Ce font leurs plus grandes réjouissances. Us in-vitent deux ou trois carbets ou familles , Sc s’ils fontcinquante, ils font un vin de dix ou douze barils, qu’ilsboivent en un jour Sc en une nuit fans manger aucunechose. Us ne sortent jamais de ces assemblées que tousne soient yvres, hommes ,femmes, enfans, ce qui causefort souvent de grands désordres.

Les Caraïbes en général font bien faits & bien pro-portionnés, assez agréables, de moyenne taille , largesd’épaules 8c de hanches, Sc presque tous avec assez d’em-bonpoint. Us ont le visage rond Sc ample, Sc pour laplûpart les joues marquées de petites fossettes dans lemilieu. Leur bouche est médiocrement fendue, Scieursdents font parfaitement blanches Sc serrées. Leur teintest olivâtre, Sc cette couleur s’étend jusqu’au blanc deleurs yeux, qu’ils ont noirs 8c un peu petits. Us ont lefront aplati, ainsi que le nez ; mais par artifice : leursmeres le leur pressent à leur naissance Sc pendant toutleur bas âge, s’imaginant qu’il y a en cela de la beauté.Us ont les pieds larges Sc épatés , les ayant nuds par-tout oh ils vont, ce qui les endurcit de telle sorte , qu’ilsfont à toute épreuve , Sc dans les bois Sc fur les ro-chers.

On n’en volt aucun qui soit borgne, aveugle ou boi-teux, ou qui ait quelqu’autre difformité. Us ont tous lescheveux noirs , tout droits Sc fort longs, 8c font fortsoigneux de se peigner. Ils les frottent d’huiie, 8c ontune invention pour les faire croître. Hommes Sc fem -mes ils les tressent par derriere Sc les font aboutir à unçpetite corne qu’ils íè mettent au milieu de la tête. Auxdeux côtés ils les laissent en moustaches, 8c les fem-mes les divisent de maniéré qu’ils tombent des deuxcôtés de la tête. Les hommes séparent les leurs en l’au-tre sens, les tirant devant Sc derriere, ce qui les obliged’en couper de dessus le front, fans quoi ils leur cou-vriraient les yeux. Us arrachent leur barbe, Sc vont nudsentierement, hommes Sc femmes, comme plusieurs au-tres nations. Us changent leur couleur naturelle par unecouleur rouge, appellée Roucou, qu’ils appliquent furleurs corps. Elle est détrempée avec de l’huile. 11 y en aqui, croyant paraître plus agréables, fe font des cer-cles noirs autour des yeux avec du jus de pommes dejunipa. Ce roucou leur sert d’ornement & de couver-ture tout ensemble, 8c ils assurent que cela les rend plusagiles Sc plus souples. Dans leurs jours de réjouissanceils ajoutent a leur rouge diverses autres couleurs, dontils íe frottent le visage Sc tout le corps. Us ornent aussile haut de leur tête d’un petit chapeau tissu de plumesde toute forte de couleurs , Sc d’un bouquet de plumesd’aigrettes. Quelquefois on leur volt une couronne deplumes qui leur couvre toute la tête ; la plûpart fe per-cent les lèvres pour y faire passer une espece de petitpoinçon fait d’un os ou de quelque crête de poisson. Usouvrent même l’entre-deux de leurs narines pour y at-tacher une bague, un grain de crystal ou quelque or-nement semblable. Ils s’en mettent aussi au cou Seauxbras, ou ils portent des colliers Sc des bracelets d’am-bre , de corail ou de quelque autre chose qui ait du lus-tre. Les hommes portent les bracelets au gras du bras,proche l’épaule , Lc les femmes en entourent leurspoignets. Ils parent encore leurs jambes de chaînes de