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Tome second. C - F.
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rassade au lieu de jarretières ; ceux qui n’ont point decommunication avec les Européens, portent ordinaire-ment a leur cou des sifflets d’os de leurs ennemis , Scde grandes chaînes faites de dents d "agouti, de tigres,de chats sauvages, ou de petits coquillages percés & liésensemble avec une cordelette de fin coton, teinte en rou-ge ou en violet, Sc quand ils fe veulent parer, ils ajou-tent atout cela des bonnets, des bracelets, qu'ils lientlous leurs aisselles, des écharpes 8c des ceintures deplumes , tissues avec beaucoup d’industrie, qu’ils lais-sent flotter sur leurs épaules , ou pendre depuis le nom-bril jusqu’au milieu de leurs cuisses. Les plus considé-rables de leurs ornemens font de grandes médailles defin cuivre fort poli, & fans aucune gravure. Elles ontl a figure d'un croissant, 8c font enchâssées dans quelquebois précieux. Us les appellent caracolis en leur lan-gue ; elles font de différentes grandeurs ; 8c il y en afie si petites , qu’ils les attachent à leurs oreilles comme°es pendans, 8c d’autres larges environ de la paume deE main, qu'ils portent pendues au cou , d’où elles bat-tent fur la poitrine. Cette forte de collier est ce quidistingue les capitaines Sc leurs enfans d'avec les gensfiu commun. Les femmes fe peignent tout le corps, 8cportent une demi - chausse ou brodequin de fil de co-îon, qu'elles rougissent, Sc une autre large de quatredoigts entre le gras de la jambe Sc- le genou. Au hautde la chaussure fi’en bas, elles attachent une espece de.rotonde, plus large qu'une assiette, 8c tissue de jonc Scde coton, 8c une autre un peu plus petite au bas de lachaussure d’en haut, eníbrte que ces deux rotondes fer-rent si bien la jambe, qu'elle ne fau roi t grossir, Sc ren-dent le mollet rebondi Sc rond comme une boule.

Chaque famille compose son hameau, chaque perede famille ayant fa case où. il demeure avec ses enfansqui ne font point maries. Ceux qui le font, ont chacunE leur à part autour de celle du pere. Toutes ces casesqui n’ont point d’autre plancher que le toit, font sépa-rées en deux ou trois chambres", dont l’une sert à man-ger , une autre à coucher, .ou à recevoir ceux qui leurrendent visite. Quelques-uns en ont une pètite parti-culière, où ils mettent leurs arcs, leurs flèches, haches ,serpes, couteaux Sc autres ustensiles. Au milieu de tou-tes ces cales, ils en font une grande commune, qu’ilsnomment Carbet , qui a toujours soixante ou quatre-’Vnagt pieds de long, 8c est composée de grandes four-ches hautes de dix - huit ou vingt pieds , plantées enterre. Ils posent fur ces fourches un latanier, ou autrearbre fort droit, qui sert de faîte. Us y ajustent des che-vrons qui viennent toucher la terre, 8c les couvrent derâteaux ou de feuilles de latanier, ce qui est cause qu’ilfait fort obscur dans ces carnets, où il ne vient aucunjour que par la porte, qui est si basse, qu’on n'y peutEntrer fans fe courber. Les Caraïbes étant fort frille-ux ,font toujours du feu fous leurs lits ; cela les garantitfies maringoíns, Sc fur-tout, à ce qu'ils disent des ma-sses esprits.

Les femmes accouchent avec des douleurs assez lé-gères- 8c file travail est rude en quelques-unes, ellessavent le soulager par la vertu de la racine d’une plan-te , dont elles expriment Sc boivent le suc. L'enfantu est pas plutôt né. qu’on va le laver. On le met dansson petit lit de coton, Sc la mere dès le lendemain s’em-ploie au ménage comme à l’ordinaire. Elles jeûnentquelques jours , ne mangeant que de la cassave sèche ,buvant de 1 eau tiède, Sc fe gardent fur-tout de man-ger des crabes femelles, parce qu’elles font persuadéesqu’elles feroienf mal au ventre de leur enfant. Si c'est«n garçon Sc un premier né, le mari fe met au lit, feplaint, Scfaitl’accouchée. On lui pend promptement unUt au haut de la case, 8c on lui fait faire une diète desplus rigoureuses pendant quarante jours , au bout des-quels il invite ses parens 8c amis, qui si-tôt qu’ils fontarrives découpent la peau de ce malheureux avec des

en,s d agouti, 8c tirent du sang de toutes les partiese on corps : ensuite ils prennent soixante ou auatre-

lavent avec cette eau pimentée íes plaies

8c les cicatrices du patient, qui est obligé de souffrircette cuisante douleur fans dire un seul mot, A moins

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qu il ne veuille passes pour un lâche. Cette cérénxon

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achevée, on íe remet dans son lit, où il demeure en-core quelques jours, 8c les autres vont faire bonne chereà ses dépens dans le carbet. Pendant six mois il ne man-ge ni oiseaux ni poissons, croyant que cette nourriturepréjudicieroit à l’enfant. Pendant tout ce tems ils gar-dent une étroite continence avec leurs femmes, dontils fe séparent si-tôt qu’elles ont conçu; mais ils ne fontce grand jeûne qu’au premier enfant. Á la naissance desautres leur diète ne dure que quatre ou cinq jours.

Ces six mois étant expirés, le pere invite un de íesmeilleurs amis pour être le parrein de l’enfant, ou unemaraine, si c’est une fille : après un banquet fait à leurmode, on lui coupe un peu de cheveux fur le devantde la tête, Sc on lui perce le gras des oreilles 8c l’én-tre-deux des narines , où l’on passe deux ou trois fils decoton , de peur què les trous ne se rebouchent ; ils luifont la même chose à la lèvre de dessous. Sí l’enfant leurparoît trop foible pour souffrir cette douleur, ils diffé-rent l’opération jusquau bout de l’année > Sc fe conten-tent de lui couper les cheveux. Cela fait, ils lui don-nent le nom qui lui doit demeurer toute la vie , Sc enreconnoiffance le pere Sc la mere de l’enfant oignent lecou 8c la tête du parrein ou de la marreïne avec de l’huilede palmiste. Les Caraïbes en gardant le premier nomqu’on leur donne, ne laissent pas quelquefois d’en pren-dre un autre dans un âge avancé, quand ils fe font por-tés à la guerre avec valeur, 8c qu’ils ont tué quelquechef des Arouagues ; alors ils prennent son nom, pourmarque de l’avantage qu’ils ont remporté.

Les femmes n’emmaillotent point leurs enfans , 8cquand elles les voient un peu robustes, elles leur don-nent des patates ou des bananes , qu’elles mâchentavant que de les leur mettre dans la bouche, 8c à peineont-ils trois ou quatre mois qu’ils marchent à quatrepâtes dans toute la case. Les meres aiment leurs enfansavec tendresse, les portant par-tout fous les bras, oudans un petit lit de coton, qu’elles ont en écharpe liépar-dessus l’épaule. Quand ils font un peu âgés, les gar-çons suivent le pere 8c mangent avec lui, Sc les fillesdemeurent avec la mere. Tout le foin que l’on prenddes garçons, c’est de les rendre fort adroits à tirer del’arc, 8c pour cela, à peine favent-ils marcher, qu’on at-tache leur déjeûner à une branche d'arbre, d’où il fautqu'iìs l’abattent avec la flèche. Selon qu’ils croissent enâge , on suspend plus haut leur portion. Lorsqu’une filledevient nubile, on pend son hamac ou lit à la case, 8con la fait jeûner dix jours fans lui donner que de la cas-sa ve sèche, Sc un peu èfouïcou. Si elle attrape la liuítquelque morceau de caílave pour soulager la faim quila presse , ils la regardent comme une fainéante , qui navaudra rien pour le travail.

Avant que les Caraïbes eussent altéré leurs anciennescoutumes, par le commerce qu’ils ont avec les Chré-tiens, ils ne prenoient pour femmes légitimes que leurscousines germaines, qu’ils alloient choisir fans autre cé-rémonie, comme leur étant acquises de droit; mais pré-sentement ils peuvent épouser des filles qui ne font pointleurs parentes, pouvu qu’ils les demandent au pere Sc àla mere. Us ne respectent aucun degré de coníanguiníté.U y a eu des peres qui ont épousé leurs propres filles ,8c des meres qui fe font mariées avec leurs fils. La choseest rare ; mais il est commun de voir un même homme-mari de deux sœurs , Sc quelquefois de la mere Sc de lafille. Si une fille épouse quelque capitaine, ou le filsd’un capitaine, son pere Sc fa mere la conduisent chez lemari à qui elle porte le dîné, 8c ils mangent tous deuxensemble assis contre terre au milieu de la case, aprèsquoi , elle demeure avec lui. Si le marié n’eft pas capi-taine , il va demeurer dans la maison de son beau-pere.En ce cas, la femme peut parler à toutes sortes de per-sonnes , Sc il n’ose s’entretenir avec les parens de fa fem-me fans grande dispense ; il évite même toujours leurrencontre. La polygamie est assez commune parmi eux,8c il y en a qui oht jusqu’à six femmes , les capitainesfur-tout qui font bien aises d’avoir une famille nom-breuse, afìn que leur crédit augmente dans leur nation.Celui qui a plusieurs femmes , leur bâtit à chacune unepetite case, dans laquelle il les visite; en forte qu il de-meure un mois avec l’une, & un autre mois avec uneautre , fans qu’il y ait nulle jalousie entre elles. Le mariles quitte quand il lui plaît; mais la femme ne peut quit-