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ter ion mari, s’il n’y consent. II en y a qui gardent íeurfécondité jusqu’à quatre-vingts ans.
.Aussi la vie ordinaire des Caraïbes est-elle de centannées, Sc souvent plus : alors ils demeurent couchésdans un lit, 8c décharnés comme des squéletes. Ils ontpeu de remèdes en leurs maladies 3 ils se servent de quel-ques herbes pour les plaies, & ne donnent au maladeaucune autre nourriture que celle qu'il avoit accoutuméde prendre étant en santé. Dès qu'un Caraïbe est mort,íes femmes le lavent, le peignent avec du roucou, Rajus-tent dans son hamac, lui mettent du vermillon aux joues,aux lèvres, comme s'il étoit vivant, & le laissent-ià :peu de tems après on i’envelope dans ce même lit pourl’enter'rer. II font la fosse dans la case, parcequ’iis n’en-terrent jamais leurs morts en lieu découvert : ils le po-sent dans cette fosse, astis fur ses talons, accoudé fur sesgenoux-, ou les mains croisées fur fa poitrine, la faceen haut, ayant deux petits canaris , ou vases de terre furles yeux, de peur qu'il ne voye ses parens & ne lesrende malades; un homme le couvre d’un bout de plan-che , 8c les Femmes jettent la terre dessus. II font du feutoutau tour pour purifier l'air. Ils brûlent toutes ses bar-des , 8c s’il a un Nègre, ils le tuent, afin qu'il Pailleíèrvir en l’autre monde. Ils enterrent son chien avec luipour le .garder, Sc pour chercher ceux qui l’ont fait mou-rir : ils jettent aussi dans la fosse quelques ustensiles ,dont ils prétendent qu’il aura besoin, 8c se mettent tousà crier ensuite : tout le carbet retentit de leurs longsgémissemens, & toute la nuit on les voit danser, pleurer& chanter en méme-teros, mais d’un ton lugubre.
Les danses qui font des marques de réjouissance, fontencore à ces peuples des signes de deuil & de tristesse;ïls dansent d’un air plus lugubre & plus posément à leursfunérailles; mais en d’áutres occasions, comme aux éclip-ses de lune & de soleil, Sc lorsque la terre tremble, ilsfe tourmentent beaucoup : ils dansent quatre jours 8cquatre nuits au clair de la lune , & disent que la terre entremblant les avertit de danser, afin qu’ils se portent bien.C’est une fête qu’ils folemnisent en se parant de leursornemens de tête, de leurs pendans d’oreilles, de nezà de lèvres, de leurs colliers, bracelets, ceintures, jar-Tetieres, chargées de quantité de petites coquilles Sc degrelots, qui font tant de bruit, que l’on n’entend pas lesviolons, qui font des calebasses remplies de petits cail-loux , que secouent des vieilles, en marmotant quelquesparoles fur un même ton. Ils ont diverses sortes de dan-íes, Sc contrefont les animaux. Tantôt ils dansent de-bout, séparés en deux bandes , les uns d’un côté, & lesautres d’un autre, fe regardant & faisant mille singeries :tantotils fe courbent,.& font un cercle, ayant les doig^ 5dans leurs bouches; ils fe relevent à chaque refrein , Scheurlent plutôt qu’ils ne. crient : les femmes font un peuplus. modestes ; elles regardent remuer leurs pieds, 8cîevent de tems en tems les mains & les yeux en haut;ils fe tiennent pour finir , 8c fe mêlent tous ensemble.
Toutes leurs guerres consistent à faire des courses furleurs ennemis : ils fe cachent dans les bois & tâchent deles surprendre : sitôt qu’ils ont brûlé une case, ou tuequelqu.u.n , ils í e retirent avec beaucoup de vitesse : s’ilsfont découverts, ou qu’ils entendent aboyer un chien »ils reviennent fans rien faire. Leurs armes font l’arc, laflèche & le bouton, forte de massue de bois vert ou debrésil, dur » maflir, pesant, long de deux ou trois pieds,large de trois doigts , Sc vers le bout, plat comme lamain, épais d'un pouce, 8c gravé à leur maniéré : ilsremplissent cette gravure d’une peinture- blanche, 8c as-somment un homme d un seul coup : ils font un grandamas de flèches preparees de longue-main : elles font d’untuyau qui croît au haut de certains roseaux, gros commele petit doigt, long de quatre L cinq pieds, poli sc fansaucun nœud, jaune , 8c leger comme une plume : ils yajustent, au lieu de fer, un morceau de bois vert, longd’un demi-pied, & ils y font avec un couteau, de petitsharpons, afin qu'il soit impossible de les retirer , ils em-poisonnent le bout des ces fléchés, du soc d’un fruitnommé mancenîlle, forte de'pomme très-belle; maisqui fait mourir tous ceux qui en mangent. Quand ilsvont en mer, 8c qu’ils veulent faire le trajet d’une isieen une autre, ils ne mangent ni lézards , ni crabes ,parce que ce sont des animaux qui demeurent toujoursdans leurs trous ; ainsi i!s disent que s’ils en mangeoient,
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cela les empêcheroit de gagner une autre terre : ils neboivent point d’eau pure, 8c fe gardent bien d’en verser,ou dans le canot, ou dans la mer, cela la feroit enfler,ou feroit cause que la pluie viendroit. II y a de certainsendroits où en passant ils jettent de quoi manger : c’estpour des Caraïbes qui ont péri autrefois en ces endroits,Sc qui ont leurs cases au fond de la mer : ils s’imaginentque s’ils ne faisoient cela, ils ne pourroient passer outre,ou que leur canot tourneroit. S’ils voient quelque nuéeprête à crever, ils soufflent tous en l’air , Sc la chassentavec la main pour détourner la pluie d’un autre côté.S’iís n’ont pas bop vent, un vieillard de la troupe prendune flèche , Sc bat le derriere de la pirogue > persuadéqu’il la fait aller plus vîte. Quand le feu leur manque,ils en font avec deux petsts morceaux de bois sec, dontils appuient l’un par le bout fur l’autre, le tournant en-tre leurs mains avec vitesse.
Leurs doigts leur tíennnent lieu de jettons. Pour ex-primer douze , ils montrent les deux mains 8 c deux doigtsd un pied; si le nombre excède les pieds 8 c les mains, ilsdisent Tamicati, c’est-à-dire beaucoup; Sc s’il y a unegrande quantité, ils la font entendre par leurs cheveux,ou par une poignée de fable qu’ils prennent.
Quand il fautaller à la guerre à jour nommé, Sc qu’ilse u ont arrêté le tems, ils mettent un nombre de pierresdans une calebasse , Sc chaque matin ils en ôtent une :lorsqu’il n’y en reste plus , ils conçoivent que le tems departir est arrivé.
Ils aiment mieux la lune que le soleil ; Sc à chaquenouvelle lune , sitôt qu’elle commence à paroître , ilssortent tous de leurs cases pour la voir; Sc prenant cer-taines feuilles d'arbres qu’ils plient comme un petit en-tonnoir, ils font distiller quelques gouttes d’eau en lategardanf, Sc croient cette eau admirable pour la vue.Ce qu’ils disent de l’origine de la mer, de la création,ôt généralement/de toutes les eaux , a quelque rapportau déluge. Le Grand Maître des Cheméens, qui font leursbons esprits,indigné de ce que les Garaïbes de ce tems-là,etoient très-méchans, fit tomber pendant plusieurs joursà si abondantes pluies , qu’ils surent tous noyés > à l’ex-ception de quelques-uns qui fe sauvèrent dans de petitsbateaux fur une montagne, qui étoit pour lors l’unique ;c ’est le déluge de l’ouragan qui a fait les collines , lesmontagnes Sc les hautes roches pointues : c’est lui qui aséparé les ifles de la terre ferme. Si on leur demande d’oùviennent ces eaux , ils répondent qu’il y a là-haut des ri-vières, oc que les premieres eaux viennent de l’urine Scde la sueur des Cheméens : c’est-là ce qui a rendu la mersalée ; Sc nous n’avons de l’eau douce, que parce qu’elle fedérobe de la mer par-dessous terre, Sc qu’elle s’y purifie.
Les Caraïbes ont communément deux sortes de Dieux ,oont les uns sont bons , Scies autres mauvais. Ils nom-ment les premiers Icheiri , Sc les mauvais Maboya ouMapoya. Ils croient qu’ils y a diversité de sexe en eux ,qu’ils multiplient, Sc qu’ils font de diverses nations »ayant été hommes ainsi qu’eux. Ces Dieux ou Esprits,a ce qu’ils prétendent, ont le pouvoir de faire croîtreleurs maniocs, de les secourir dans leurs maladies, Scde les aider dans leurs combats : ce font eux qui fontles ouragans; ils empoisonnent Sc font mourir qui ils veu-lent. Ces peuples les font évoquer par leurs boyés.Quand un de ces boyés fait faire un autre boyé, il fe pré-pare par un jeûne long Sc rigoureux à faire deseendre sonDieu. Quand ils ont envie de savoir l’événement d’unemaladie, ils appellent un boyé , 8c après avoir bien net-toyé la case, ils préparent la cassave 8c Youicou. Leboyé vient la nuit Sc éteint le feu, ne permettant pointqu’il y ait aucune lumière aux environs : il prend séanceau milieu de ceux qui l’ont appellé, Sc après certainescérémonies, íi tombe par terre faisant cliqueter ses doigts;ensuite il répond d’une voix claire Sc distincte à tout cequ’on lui demande : si, selon lui, le malade doit mou-rir , il dit qu’il mourra , Sc alors chacun l’abandonne com-me un homme mort : s’il croît qu’il doit guérir, le boyés’approche de lui, presse Sc manie plusieurs fois la partieaffligée, en soufflant toujours dessus, Sc fait quelquefoissemblant d’en tirer des épines de palmiste, de petits os,des dents de serpens 8 c des éclats de bois, persuadantau malade que ces choses-là causoient sa douleur. Sou-vent il suce la partie dont ii íe plaint, Sc sort inconti-nent de la case, comme pour s’aller décharger de ce ve-
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