L ÏO
lieues . il voguât à pleines voiles durantla nuit, íorsqu’ilen étoit à portée 8c prêt à donner -contre le rivage. Jecrois en avoir dit assez , pour faire connoitre de quelleimportance il est de ne jamais risquer des cartes marinesdont on ne soit pas bien sûr, Sc que ceux qui se bazar-dent d’en donner de fausses, ne font gueres moins crimi-nels qu’un assassin de guet-à-pens ; ils font responsablesà Dieu & au genre humain, de toutes les mauvaisessuites que je viens d’énoncer. Je n’aí point parlé deplusieurs bonnes cartes marines faites en Angleterre ,comme de celles que Halley a dressées , ni de quelques-unes qui ont été publiées en Hollande. Cette matièreest traitée dans un catalogue des cartes qui font venuesà ma connoissan'ce , tant des cartes géographiques quedes hydrographiques, & que je mettrai quelque jour est-état d'être imprimé, après l’impreffion de ce Diction-naire. Entre les cartes géographiques, il y en a de bon-nes , de médiocres Sc de mauvaises ; dans les cartesmarines, il n’y a point de milieu, elles font bonnes oudétestables.
i. CARTEIA ( a ), ancienne ville d’Espagne, donton croît voir des restes dans de grandes ruines, qui fontencore aujourd’hui à l’extrémité de la baye de Gibral-tar, Se environ à quatre milles d’Angleterre , au nord-ouest de cette ville. Ce lieu s’appelle Rocadillo : l’on n Ytrouve que quelques chaumières, & une tour carrée Scîxioderne, qui paroît avoir été élevée furies fondemensd’un édifice beaucoup plus grand. Iln’estpas difficile dedécouvrir les traces des murailles de l’ancienne ville > Sc usemble qu’elles avoient environ deux milles d’Angleterrede circonférence. L’espa'ce intérieur est rempli de maíu-■res, parmi lesquelles ost voit un grand nombre de mor-ceaux de marbre très-beau 8c bien travaillé, Sc une infinitéde fragmens de vaisseaux de terre rouge. Ambroise Mo-rales ( b ), dît que ces vaisseaux de terre font une marquecertaine d’une ville Romaine ; 8c il croit qu’ils étalentfaits de l’argile de Sagunte , dont les Romains ont sou-vent parlé.
< c ) Ficla Saguntïno pocula maïo luto.
(?) Sume Saguntino pocula ficla luto.
(*) Extrait des mira. littéraires de la G. Bret. t o m-pag. 98. ( b ) Discurfio de las Antiguedades de las Ciu-dades de Espanna , ch. 1. ( c ) Martial. 1 . 8, epig- ^( d ) Id. 1. iq., ep. 108.
On voit aussi à Rocadillo les restes d’un édifice fait etldemi-cercle, Sc élevé fur des arcades : il a une penteinsensible, Sc semble avoir été une espèce de théâtre. On adéterré proche de la tour carrée, dont on vientde parler,un piédestal de marbre d’une ancienne statue, sur lequelon voit encore les marques des pieds de la statue, les ex-trémités de la draperie , Sc les lettres VARIAMARCEtrès-bien gravées. On prétend qu’on y a lu autrefois cestrois autres lettres LLA. Les autres inscriptions qui fetrouvent fur ce piédestal font presque entierement ef-facées Sc mal gravées. On a auffi un nombre considérabledes médailles, qui ont été découvertes parmi les ruinesde Rocadillo , la plûpart desquelles représentoíent unetête couronnée d’une tour avec le mot Carteia en ca-ractères fort lisibles, 8c au revers un poisson, un N eptuneou un gouvernail. Rocadillo est arrosé par la riviere deGuadarranqiie 1 fi l u î est fort profonde , Sc qui a sa sourceà Cafiellar , éloigné d’envíron quatre lieues. On voit lelong de cette riviere quantité de maçonnerie, Sc les restesd’un ancien quai. On trouve auffi vers l’orient fur unehauteur peu éloignée, des ruinés considérables d’un châ-teau carré, qui paroît avoir été un ancien édifice très-fort. Les gens du pays l’appellent Castillon ; mais■on assure qu’il se nommoit, il n’y a pas long-tems, TorreCartagena. La situation de ce château 8'accorde exacte-ment avec celle de la tour de ce nom, dont il est fait•mention dans les chapitres 274 Sc z r6, de la chroniqued’Alphonse XI. ro i <se Castille.
Tous les Espagnols qui habitent aux environs desruines des Rocadillo, disent-que ce font les restes d’uneville des pay ens fi ue l'on appellolt Cartago. La tradition2. changé le nonî de Carteia en celui de Cartago , qui étoitbeaucoup plus connu.
Les anciens géographes 8c historions font souventmention de Carteia. Tite-Live, l. 28, c. 30, dit qu’elle
est située fur l’Océan, au-sortir du détroit de Gibraltar:Urbs ea (.Carteia) in or a Oceani fìta efi , ubi primumè faucibus angufiis panditur mare ,• 8c dans un autre en-droit, 1. 43 , c. 3 , il dit simplement que Carteia étoitad Occeanum. Les meilleurs auteurs Espagnols qui ontété suivis par Ortélius & Cellarius, croient que la villede Carteia, dont parle Tite-Live, n’est pas celle quiétoit immédiatement après Calpe , Sc ils la placent gé-néralement aux environs d e Conil. Roderico Caro ( a )dit, que Rocadillo estl’ancienne Carteia dont Tite-Livefait mention au 43 e livre de son hoistoíre. Le même au-teur , c. 74, assure que l’ançienne Carteia de cet histo-rien, Sc Cartaia. proche Lepe , étoient la même ville.II est surprenant que cet écrivain ait passé sous silence lepassage du 28 e livre de Tite-Live. Cellarius ( b ) prétendque Bœfiippo étoit la Carteia de cet historien, quoiquetous les anciens géographes parlent de Bafippo, commed’une ville éloignée de l’autre ; mais Conduitt, de quiest le présent article, extrait des Mémoires littérairesde la Grande Bretagne , trouve que les deux passagesde Tite-Live prouvent que Carteia étoit située 1 à Roca-dillo. Carteia n’étoit point la même ville que Cartaia »proche de Lepe s car celle-ci est au nord-ouest de Cadis,assez avant dans le pays, fur le bord d’une riviere, Scnon pas in ora Oceani. On ne peut dire non plus queConil soit situé, ubi primum è faucibus angufiis panditurmare ; caria mer est un Océan dans le lieu où cette villeest située. D’ailleurs, il n’y a point de port à Conil, nidans aucun autre lieu, entre le cap de Trafalgar Sc Ca-dis. ( a ) Convento juridico de Sevilla, c. 24, ( b ) Geogr.ant. 1. 2, c. 1.
Pour bien entendre le premier passage de Tite-Live,on doit remarquer que par le détroit ( Fretum ), il y adésigné cette partie de la mer Médíterrannée, qui étoitla plus étroite, Sc que les anciens géographes placentordinairement entre les colomnes d’Hercule. C’est-làque commence l’Océan, selon cet historien. En don-nant ce sens aux paroles de Tite-Live, on voit claire-ment que Rocadillo est le même lieu que Carteia. Carvoici le passage entier de Tite-Live : Lalius intérim frétain Oceanum eveclus ad Carteiam classe accessit. Urbs eain ora Oceani fita efi, ubi primum è faucibus angufiispanditur mare. *Le même auteur remarque auffi en pas-sant , que l’on doit changer K ;an m en dans le 43®
livre de Dion Cassius, 8c que Louis Nunnez a fait cettecorrection dans son Hispanica.
Hirtius, vers la fin de son livre de la guerre d’Espa-gne, dit que Carteia étoit à cent soixante. Sc dix millesde Cordoue. Cette distance convient exactement à Roca-- dillo. Les anciens géographes font mention de Carteiaaprès avoir parlé de Calpe. Pomponius Mêla, ayant dé-crit Calpe fort exactement, ajoute : Sinus ultra est, ineoque Carteia. Strabon, georg. I. 3 , dit que la ville deCalpe est à quarante stades de la montagne de mêmenom ; que c’est une ville ancienne Sc considérable, Sc unancien port des Espagnols; que quelques-uns croientqu’elle a été fondée par Hercule ; que Tímosthéne ditqu’elle étoit autrefois nommée Héraclée , Scc. Casaubon,dans ses.notes fur ce passage, croit que l’on doit lireKaficc de'A'ií- Car, ajoute-t-il, il paroît que c’est d’elle-même qu’il veut parler , d’autant qu’il ne donne pointailleurs la fitùation de cetteville , dont cependant il faitfi souvent mention dans la fuite , au lieu que je ne trouvepas qu’aucun des anciens ait seulement nommé la villede Calpe.
Bochart, dans fa géographie sacrée, /• 1, c. 34, con-firme le sentiment de Casaubon. Ce n’efi pas fans raison »dit-íl, que l’on a. avancé que Carteia a porté autrefois lenom d’Héraclée, pour marquer qu’ Hercule en a été fiefondateur ; car les Phéniciens nommoient leur HerculeM hxuçêív. Philon deBiblos dans son histoire tirée de San-choniaton, Sc dont Eusehe, prsparat. I. 1 , nous a con-servé quelques fragmens, àit que Melcarthus, autrement
Hercule, étoit né à Démarunte. Et ne veut
dire autre chose que Melech-Kartha, qui signifie roi dela ville (de Tyr). Ainsi de Melcarthus ou Melech -Kartha, on a appellé Melcartheia , la ville bâtie pa fHercule je Phénicien fur la riviere de Calpe, Sc dans I 3fuite on l’a simplement nommée Cartheiá ou Carteia-
On a des médailles déterrées à Rocadillo, qui confir-ment le sentiment de Bochart. On y voit la tête Sc se