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sprirent le nom de Carthago, dont ils Te servirent enpartant de cette ville. J’explique au mot Carthagel’occasion qui fit donner à cette ville le nom de Villeneuve. * Bochart, Chanaan, 1 . *> c. 24, p. 512.
CARTHjCA , ancienne ville de l’ifle de'Ceos, au-jourd’hui Zia dans l’Archipel. Pline , /. 4, c. 12, lanomme comme l’une des deux qui subsistoient encore deson tems, de quatre qu’elle s avoient été autrefois. Voyez.Gare s su s.
CARTHAGE , grande 8 c ancienne ville d’Afrique,capitale d’un vaste empire, 8 c la rivale de Rome. Lesfiéìions. de la poésie ont extrêmement obscurci l’origine-de cette ville. Didon en a été regardée comme la fon-datrice; 8 c ce que Virgile en a dit, passant de bouche■en bouche, à la faveur des charmes de íà versification »-est devenu une espece d’-histoire autentique. On a cru-que Didon fuyant l’avarice de Pygmalion, mena enAfrique la premiere colonie des Tyriens qui s’y soientétablis.
Tâchons de découvrir la vérité au travers des ténè-bres qui l’enveloppent. II est incontestable ( a ) que Car-thage fut une colonie de Phéniciens venus de Tyr.L’histoire l’assure en trop d’endroîts. Polybe ( b ) dit quepeu avant fa destruction, le roiDemétrius voulant allerd’Italie en Phénicie , on fut obligé de lui procurer uneplace fur un vaisseau carthaginois , chargé des dons sa-crés envoyés à Tyr, qui avoít abordé à l’embouchuredu Tibre. Il explique ensuite ce que c’étoit que cesdons sacrés. On a grand íoin, dít-il, de choisir entretous les vaisieaux qui font à Carthage, ceux qui doi-vent porter à Tyr les prémices que les Carthaginois en-voient aux dieux de la patrie. Diodore, /. 17, parlantdes Tyriens assiégés par Alexandre, dit qu’ils comptoientbeaucoup fur les Carthaginois leurs descendans ; 8 c qu’ilsavoient résolu de transporter les enfans, les femmes 8 cles veillards à Carthage. Tite-Live, /. 34, parlant d uvoyage d’Annibal à Tyr, dit qu'il y fut bien accueillipar les fondateurs de Carthage, 8 c qu'il y trouva uneautre patrie. Mais ce ne fut pas Didon qui y mena lespremieres colonies; ce furent les Chananéens. Les Car-thaginois eux-mêmes íe donnoient ce nom long-temsaprès qu’onl’eut presque oublié dans le pays, d’où leursancêtres l’avoient apporté. Saint Augustin né à Tagaste ,évêque d’Hippone, villes voisines de Carthage qu’ildevoit bien connoître, dit dans l’explication commencéefur l’épitre aux Romains : Quand on demande à nospaysans qui ils font, ils répondent en langue puniquequ’ils font Chanani par un mot corrompu, comme l’estle langage de ces gens-là : que veulent-ils répondre au-tre chose, sinon qu'ils font Chananéens ? Sans blesserle respect dû à un si grand saint, on peut dire qu’il n’é-toit pas fort versé dans les langues orientales. On en a«ncored’autres preuves que celle-ci; c’estlui-même quise trompe, & les paysans parloíent fort juste. Le motChanani étoit le vrai nom punique des Chananéens,selon la remarque du savant Bochart. Que ces paysansayent bien ou mal prononcé leur vrai nom, cela n’influepoint fur l’importance du témoignage de saint Augustin.Je vais y joindre celui de Procope qui vivoit vers lemilieu du sixième siécle. Voici ses paroles prises de sonhistoire de la guerre contre les Vandales, de la traduc-tion de Cousin, /. 2 , c. 10, art. 2, 292. ( a ) Bochart ,Chanaan, 1 - 1 » chap. 23. ( b ) Excerpta légat. n. 114.pag. 1310.
Puisque la fuite de l’histoire m’a, dit Procope, engagéà parler des Maures, il est à propos que je remonte à leurorigine, 8 c que j’explique comment ils íont venus s’éta-blir en Afrique. Quand les Hébreux se retirerent d’E-gypte, ils perdirent, fur les frontières de la Palestine,Moise > ce sage conducteur, q U í les avoit menés durantce pénible voyage. Jésus, fils de Navé, ( les Grecs di-sent Jeíus pour Joíùé) succéda à fbn emploi, & intro-duisit ce peuple dans la Palestine, dont il íe rendit lemaître par des exploits qui semblent surpasser la forcedes hommes. Il réduisit a son obéissance les habitans,força les villes , 8c s’acquit la réputation d’invincible.Alors toute la région maritime, depuis Sidon, jusqu’auxconfins de l’Egypte, s’appelloít Phenicie, 8cfous la do-mination d’un seul prince, comme le reconnoissent tousceux qui ont écrit í’ancienne histoire des Phéniciens. Cepays-là étoit habité par plusieurs nations fort ijombreu-
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ses, par les Gergeféens, les Jebuséens & autres, dontles noms se lisent dans les livres des Hébreux. Tousces peuples ne pouvant résister à la puissance de ce capi-taine étranger íe retirerent dans l’Egypte; mais commeils n’y trouvèrent point de terres vacantes , ils furentobliges de se retirer dans l’Afrique, où ils étendirentleurs demeures jusqu’aux colomnes d’Hercule. On yparle encore la langue des Phéniciens. Ils bâtirent unfort dans la Numidie, au lieu même où est maintenantla ville de Tigise. On voit encore proche d’une fontainedeux colomnes de pierre blanche oit cette inscription eflgravée en langue phénicienne : Nous sommes ceux
QUI AVONS ÉTÉ CHASSÉS DE NOTRE PAYS PAR JESUSue voleur, fils DE Navé. 11 y avoít dès auparavantdes peuples qui habitoient dans l’Afrique, & qui, pourcette raison, étoient appellés enfans du pays. C est pource sujet qu’on a dit que leur roi Antée, qui lutta contreHercule dans Clipée, étoit fils de la terre. Depuis cetems-là, Didon amena de la Phénicie une colonie dansl’Afrique, où elle fut reçue comme une alliée, 8 c elleeut la permission de bâtir Carthage.
Ce qu’on vient de lire de Procope, est d’autant plusintéressant, qu’il fixe le passage des Phéniciens en Afri-que , au tems où il a dû le plus vraisemblablement arri-ver. Déja Cadmus avoit posé les sondemens de la villede Thebes. La tradition des Grecs veut que ce héros,qui aussi bien qu’Hercule étoit Phénicien 8 c chef d’unetroupe de Phéniciens, ait aussi été en Afrique. Nonnusdans ses Dionysiaques, /. 13 , v. 333 , marque l’effroíqu’il répandit chez les Libiens, lorsque les vents con-traires le firent aborder fur les côtes occidentales, avecla belle Harmonie qu’il avoit emmenée de Samothracepour en faire fa femme. Au v. 346, il parle des exploitsqu’il fit pour la conserver, 8 c par lesquels il épouvantales Ethiopiens. Cadmus consomma son mariage avec elleau bord du fleuve Triton, 8 c bâtit fur la côte de la Li-bye cent villes fortifiées de murailles 8 c de tours. Har-monie est la même qu’Ovide 8 c d’autres poètes nommentHermione. Dépouillons l’histoire de la Fable. Ce lieuoù Carthage fut ensuite, eut apparemment une des villesde Cadmus. Eustathe semble le dire, lorsque dans ce qu’ilrapporte des noms & de l’origine de cette ville à l’oc-casion du 195 e vers de Denys le Períégete, il met Cad-meia, fc«4fís/«, entre les anciens noms de Carthage. Ceciposé, il n’est pas étonnant si Bachus, fils de Seméle »qui étoit fille de Cadmus, v. z74 & 378, trouva dansson expédition en Afrique des nations entieres de laLibye qui le suivirent. La mémoire de son ayeul y étoitencore récente; Nonnus dit de plus qu’il fut accompa-gné de beaucoup d’hommes que lui fournirent les centvilles ;
Tems Eianéftm^is,
L’expédition de Bacchus se fit à peu près du tems de laconquête de la terre de Chanaan par Josué; & peut-êtreétoit-il chef des Phéniciens dont parle Procope : mais ilétoit sûr que long-tems avant Didon, qui fut contempo-raine de la perfide Athalie, les Phéniciens étoient établisen Afrique. Didon étoit la veuve d’un prêtre ; elle s’enrfuyoit à petit bruit de la ville de Tyr, fous les yeux d’unroi à qui elle avoit intérêt de cacher son dessein; & quîpour peu que la chose n’eût pas été ménagée avec beau-coup de secret, n’eut pas manqué de la faire périr pours’emparer de ses trésors. Quelle indiscrétion n’eût - cepas été , si elle avoit déclaré ses vues à un grand nombrede personnes , 8 c qu’elle leur eût proposé de quitter leurpays, pour s'aller confiner avec elle dans des pays bar-bares 8 c presque inhabités? Non, Didon ne mena point unpeuple de Phéniciens en Afrique : elle l’y alla trouver.L’établissement étoit fait au plus tard vers le tems deJosué. Ce chef du peuple de Dieu partagea la terre pro-mise entre les douze tribus , Pan du monde 2498 , huitans avant fa mort. C’est Pépoque la plus sûre du passagedes Phéniciens en Afrique. Depuis ce partage jusqu’àlaprise de Troye, arrivée Pan du monde 2800, il y a un 6différence de 302 ans. Didon ne partit de Tyr que la sep'tiéme année du régne de Pygmalion dont elleïuyoit l’fvarice, 8 c cette année tombe l’an du monde 3098 , ce 1*fait une nouvelle différence de 298, ans 8 c par conséque ntune forte preuve del’anachronísme del’Eneïdë, qui ine£la fuite d’Enée 8 c celle de Didon presqu’en même teins-