Z8r CHI
long des cuisses-, leur couvre à peine leur nudité. Par-dessus tout, en tems de pluie, ou pour se mettre en ha-bit décent, ils ont une espèce de manteau carré - longcomme une tapis de table fans aucune façon, au milieuduquel est une fente par où ils passent la tête ; fur le corps11 fait à peu près l’effet d’une dalmatique. Ils ont ordi-nairement la tête Sc les jambes nues ; mais quand la né-cessité ou la bienséance les oblige de se couvrir, ils ontun bonnet d’où pend un collet qui se rabat sur les épau-les , Sc une espépe de brodequin ou de gamachede laineaux jambes , se couvrent fort peu les pieds, à moinsqu’ils ne soient parmi des pierres : alors ils se font dessandales de couroie ou de jonc appellées Ojota. Les Es-pagnols ont pris l’usage du Choni ou Poncho, Sc des bro-dequins ou polaínas pour aller à cheval, parce que leponcho garantit de la pluie , ne se défait point par levent, sert de couverture la nuit, Sc de tapis en campa-gne. Je passe ^habillement des femmes.
Leur logement n’est jamais qu’une cabane de branchesd’arbres , ausii grande qu’il faut pour mettre à couvertune' famille rassemblée. Comme il n’y a qu’un petit cof-fre Sc des peaux de mouton pour se coucher, il ne leurfaut pas beaucoup de place. Ils n’ont pas l’usage desclefs pour cacher ce qui leur appartient, la fidélité chezeux est religieusement gardée ; mais chez les Espagnols,îls ne font pas si scrupuleux, particulierment les Puel-ches,qui font d’adroits voleurs. Toutes leurs maisonsfont dispersées çà Sc là, Sc jamais ils ne s’approchent lesuns des autres pour vivre en société , en quoi ils diffé-rent de ceux du Pérou ; dé forte qu’on ne volt dans toutle Chili aucune ville, ni aucun village des naturels dupays. Ils tiennent même si peu à l’endroit où ils se lo-gent, que quand la fantaisie leur prend de changer, ilsabandonnent ou transportent leurs maisons ailleurs ;d’où vient que l’art de leur faire la guerre n’est pas deles aller chercher, mais de se planter au milieu du paysavec un petit nombre de troupes, les empêcher de se-mer , ravager leurs campagnes Sc enlever leurs trou-peaux. Cette maniéré d’être dispersés çà 8c là fait pa-roître le pays désert ; mais il est eh effet très-peuplé , 8cles familles font très-nombreuses. Comme, ils ont plu-sieurs ftmmes, ils ont auífi beaucoup d’enfans ; c’est cequi fait leur richesse parce qu’ils les vendent, particuliè-rement les filles qu’on achète pour femmes ; ainsi ellesfont de vraies esclaves qu’ils revendent quand ils n’enfont pas contents, Sc qu’ils occupent aux plus rudes tra-vaux de la campagne. Les hommes bêchent seulementla terre une fois l’an pour semer le maïs, les haricots ,des lentilles 8c autres légumes dont ils vivent j 8c quandîls ont fini, ils s’assemblent avec leurs amis , boivent,s’eny vrent Sc se reposent. Les femmes ensuite sèment »arrosent Sc cueillent les grains. Celle qui couche avec lemaître est fa cuisinière pour ce jour-là ; elle a foin de lerégaler Sc de seller Sc de brider son cheval. Car ils senttellement accoutumés à ne point marcher , que, n’eus-fent-ils que deux cens pas à faire, ils ne vont point à pied;aussi sont-ils de très - bons hommes de cheval ; on lesvoit monter & descendre par des endroits si escarpésque nos chevaux d’Europe , ne pourroient pas s’y tenirfans charge. Etant forcés dans une déroute de fuir dansles bois , ils se mettent sous le ventre du cheval pourn’être pas déchirés par les branches des arbres. Leur selleest une double peau de mouton qui leur sert la nuit a se' coucher en campagne ; leurs étriers sent des sabots debois carrés, tels que les Espagnols en ont d’argent pourla parade, qui valent jusqu’à 4 ou 5 cens écus. II est vraique les chevaux leur étant venus d’Europe ils en ontimité l’équípage , en faisant de bois ou de corne ce qu’ilsvoyoienr de fer ou d’argent. A voir la quantité prodi-gieuse qu’il y en a aujourd’hui dans tout ce continent,il est surprenant qusen moins de deux cens ans ils ayentsi fort multiplié, que ceux qui ne sent pas d’une grandebeauté ne valent, à la (Conception,que deux ou trois écus.Néanmoins, comme je l’aí déja dit, les Indiens en man-gent beaucoup , Sc lorsqu’íls les montent ils les ména-gent si peu qu’ils en crèvent tous les jours. '
Pour tenir un compte de leurs troupeaux, 8 c conserverla mémoire de leurs affaires particulières , il s G nt re-cours à certains nœuds, de laine , qui ,par la variété descouleurs Sc des replis, leur tiennent lieu de caractères' d’écriture. La connoísiànçe de ces nœuds, qu’ils appel-
CHI
sent Quipos ', est une science - 8 c un secret que ses peresne révèlent à leurs enfans que lorsqu’ils se croient à lafin de leurs jours ; 8c comme il arrive assez souvent que,faute d’esprit, ils n’en comprennent pas le mystère , cesfortes de nœuds leur deviennent un sujet d’erreur, Scleur sont de peu d’ufage. Pour suppléer au défaut del’écriture ils chargent ceux qui ont une heureuse mé-moire d’apprendre l’histoire du pays, 8c de la réciter auxautres. C’est ainsi qu’ils conservent le souvenir de leursanciennes inimitiés avec les Espagnols. Leurs pertes neservent qu’à perpétuer leur haine ; mais les avantagesqu’ils ont remportés depuis ser ces étrangers, en leur en-levant cinq villes qu’ils avoient bâties fur leurs terres »raniment leur fierté, Sc leur font souhaiter une occasionde regagner sur eux un plus grand espace de terrein.Néanmoins ils savent dissimuler, 8c sont commerce aveceux de bœufs, de chèvres 8c de mulets , les reçoiventchez eux, Sc les régalent comme amis.
Le commerce des Espagnols, chez les PueLChes,nation d’Indiens indomtés qui habitent les montagnesde la Cordilere, se fait d’une façon singulière. On ^pré-sente au Cacique du lieu , fans rien dire; lui, prenant laparole, dit au marchand, Efi-tu venu ? à quoi l’autre ayantrépondu , Je Juif venu. Que m’apportes tu ? Je t’apportedu vin, article nécessaire, & telle,chose. A ces mots leCacique ne manque pas de dire : Sois le bien venu , illui donne un logement auprès de se cabane , où les en-fans 8c les femmes , vont chacun lui demander un présentqu’il leur faut faire , quelque petit qu’il soit. En mêmetems le Cacique fait avertir, avec une trompe, ses sujetsdispersés , pour leur donner avis de l’arrivée d’un mar-chand avec qui ils peuvent traiter ; ils viennent 8c voientles marchandises, qui font des couteaux, des haches,des peignes, des aiguilles, du fil, des miroirs , îles ru-bans, 8cc. La meilleure de toutes seroitle vin, s’il n’é-toit pas dangereux de leur fournir dequoi s’enyvrer ,p^rce qu’alors on n’est pas en sûreté parmi eux. Aprèsavoir convenu du troc, ils emportent les marchandisesde l’Espagnol, sens rien payer ; quand il veut se retirer,le Cacique, par un autre coup de trompe, donne ordre depayer: alors chacun mene fidèlement le bétail qu’il doit;Sc parce que ce font tous animaux seuv’ages, comme mu-ses , chèvres , Sc particulièrement des bœufs 8c des va-ches , il commande un nombre d’hommes seffisens pourles amener jusques ser les frontières des terres espa-gnoles. Cette grande quantité de bœufs 8c de vaches quise consomment au Chili, où on en tue beaucoup tousses ans , vient des plaines du Paraguai, où les campa-gnes en font couvertes.
La terre est très-fertile, Sc si facile à labourer, qu’on nefait que la grater avec une charrue faite le plus souventd’une seule branche d’arbre crochue tirée par deux bœufs JSc quoique le grain soit à peine couvert, il ne rend gue-res moins du centuple. Les Espagnols du Chili, ne cul-tivent pas les vignes av.ec plus de foin pour avoir dubon vin; comme ils ne sevent pas vernisser les botiches,c’çst-à-dire les cruches de terre dans lesquelles ils I emettent, ils font obligés de les enduire d’un gaudronlequel joint au goût des peaux de boucs dans lesquelsesils le transportent, lui donne un goût d'amertume com-me celui de la Thériaque, 8 c une odeur ausquels ons’accoutume qu’avec un peu de peine.
Les fruits leur viennent de même, sens qu’ils aye n£l’índustrie de les greffer. Les poires & les pommes vie* 1 'nent naturellement, dans les bois. On y cultive des caP 1 'pagnes entieres d’une espèce de fraisier différentnôtre par les feuilles plus arrondies , plus charnues **fort velues ; ses fruits sent ordinairement gros com^ eune noix , 8c quelquefois comme un œuf de poule- 1font d’un rouge blanchâtre, Sc un peu moins délicats a ^goût que nosfraises de bois Outre celles-ci, il n’en m astque pas dans les bois de la même espèce qn’en EurPP e ‘Au reste, toutes les racines que nous avons en Euros®'viennent-là en abondance Sc presque sens peine, 7
en a même qu’on trouve dans les campagnes sens cQver, comme les navets , les topinambous , de la cmrée des deux espèces. Les herbes aromatiques n’y *j eSpas moins communes ; le petit baume, la tanésie - . acamomilles , la mente Sc une espèce de piloselse » 1 p £une odeur approchante de celle de l’absynthe y c ° UV ( j ? o-les campagnes ; rAIkefcepgí, dont se fruit a pl l,s