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Tome second. C - F.
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On volt dans Garcilasso des nations domptées , fansêtre soumises ; des Sauvages , dont on recherche l’ami-tié, & qui la refusent avec hauteur; de braves gens quiforcent tous les obstacles > & qui ne retirent aucuns fruitsde leurs victoires; un pays immense découvert; les Es-pagnols par-tout craints & haïs ; nul établissement, quiassure une conquête; un grand Capitaine, qui soutientpar-tout son caractère , qui contient ses troupes dans uneexacte discipline, qui vient à bout de leur faire exécu-ter des choses incroyables : mais qui va, tantôt d’uncôté, 8c tantôt d’un autre, comme un paladin, plus ap-pliqué à chercher de l’or 8c des perles , qu’à fonder unecolonie dans le plus beau pays du monde ; en un mot,une expédition, qui commence avec un grand fracas,qui se passe en marches forcées 8c en combats, 8c quin’aboutit à rien.

Loto n’eut pas plutôt jetté l’ancre dans la baye deSpiritu-Santo , qu’il mit à terre trois cens de ses gens,qui furent, à la. pointe du jour ,chargés si vigoureuse-ment par lés Floridiens , que , s’ils ne se fussent pasenfuis du côté de la mer, 8c s’ils n’eussent pas été se-courus par les vaisseaux , il n’en seroit point réchappé.Loto fit descendre le reste de ses troupes', qui marchè-rent deux lieues plus avant dans le pays jusqu’à un vil-lage , dont le Cacique envoya cinquante députés lui de-mander la paix. Loto résolut alors de pénétrer dans lepays; 8c pour ôter à ses troupes toute espérance deretour , il renvoya ses vaisseaux, à la réserve de qua-tre , qu’il commit à la garde de 40 cavaliers, avec or-dre de ne faire aucun dommage aux Sauvages. 11 pritía route vers le nord-nord-est. Après une assez lon-gue marche, le guide qu’il avoit pris, lui fit passer unmarais d’une lieue de large > où les Espagnols furentattaqués de tous côtés par les Sauvages. Loto, recon-noissant que son guide le conduiíoit exprès dans desembuscades, le fit dévorer aux chiens, afin d’en faireun exemple ; Sc les guides qu’il prit ensuite, le ser-virent fidèlement. De ce marais, il tira droit vers lenord, à travers un pays fertile Sc fans marais, jusqu’auvillage d ’Occeli fur les confins de la province de mê-me nom. Ce village, composé de six cens cabanes, étoitfourni de maïs > de légumes, de glands 8c de noix. IIalla camper ensuite au bord d’un fleuve , qu’il passasur un pont qu’il fit construire, malgré cinq cens Sau-vages campés fur l’autre bord du fleuve. II alla de làdans la province de Vitacuono , laquelle a cinquantelieues d’étendue. Après avoir ensuite traversé un dé-sert de douze lieues, il arriva au mois d’octobre augrand bourg des Apalaches. C’e'í?‘où fo termina íapremière campagne. Le Cacique du pays s’étoit enfuià son approche avec les habitans, 8c l’on ne put l’en-gager à revenir; ce qui détermina Soto à y palier l’hi-ver. Le bourg étoit de deux cens cases , fans comptercelles éparíes dans lés champs Après quelques joursde repos , Loto fit avertir ses vaisseaux de le venir join-dre , 8c envoya de petits détachemens à la découverte.Ceux qui allerent vers le nord, y trouvèrent un ter-roir gras, cultivé » fans montagnes ni marais, très-peu-plé , dont les habitans les reçurent bien. Ceux quiallerent vers te sud, en trouvèrent.le pays ingrat 8cdésagréable. Pour celui des Apalaches , Pair y est bon,la terre y est fertile en maïs Sc en légumes ; les riviè-res en font poissonneuses , 8c les habitans robustes ; Au-reste il n’est pas aisé de marquer la situation du bourgdes Apalaches- De l’Iste le place à vingt lieues au norddu port d ’Auté , aujourd’hui Saint - Marc d’Apalache.Pendant que Loto séjournoit dans les quartiers qu’il.avoit choisis > Diego Maldonato découvrit le port à' A-chufl , qui paroît être l’embouchure de la rivière de laTrinité , environ à vingt lieues à l’orient de la baye S.Bernard.

Loto íe remit en marche fur la fin de mars de l’année1540. II prit d’abord fa route au nord-est, traversa leJourdain;'rangea, en tirant au nord, les montagnes à'A-■palache ; repassa le Jourdain assez près de fa source,puis rabatit au sud par l’ouest jusqu’à la baye de la Mau-bila , où il fut obligé de íe battre contre les Sauvages,íùr lesquels il remporta une victoire qui lui coûta biendu monde ; entra au mois de décembre dans le paysdes Chicachas , où il lui fallut encore livrer un combat,qui fut très-sanglant ; & passa le reste de l’hiver dansces quartiers-là.

Au moís de mars 1541. il marcha contre les Aliba-mons, qu’il.força dans leurs retranchemens. Delà re-montant au nord-ouest , il passa le Miffiffipi , que ionhistorien nomme le Cucagua. II trouva les K appas ouKapbas retranchés dans une iste , 8c fit amitié avec eux,après avoir couru risque d’en être entièrement défait;8c hiverna dans un canton, que Garcilasso nomme Utian-ga , 8c qui peut être aux environs de la rivière des Ya-íòus.

Au mois d’avril 1542, Loto , après avoir fait plu-sieurs courses , passa de nouveau le Miffiffipi, remon-ta le long de ce fleuve jusque vers les 35 d. de latitu-de , puis descendit au sud , passa la rivière des Al^anfas,qui se décharge dans le Miffiffipi. Enfin déterminé às’établír au port á’AchuJi, il vint camper auprès de l’em-bouchure de la Riviére-rouge que fauteur nomme Atiijco.Là, tandis qu’il prenoit ses mesures pour avoir du se-cours de la Nouvelle-Espagne, il mourut dans fa qua-rante-deuxiéme année. U fut enterré avec beaucoup depompe. Mais Anasco 8c quelques officiers, qui avoíenteu le plus de part à fa confidence , craignant que les Sau-vages , à qui on avoit caché fa mort, ne trouvassent foucorps, le tirèrent de terre, l’enfermerent dans un troncde chêne creusé exprès, 8c le porterent la nuit dans Mís-siffipi, où ils le laifierent aller au fond de Peau, vis-à-visla Riviére-rouge , à deux lieues au-dessous de Natchez ,après avoir publié parmi les Sauvages , qu’il avoit re-couvré une parfaite santé, mais que Dieu l’avoit appeliêpour le charger d’une commission importante.

Ce général , avant fa mort, avoit nommé pour sonsuccesseur Louis de Moscofo d’Alvarado. Ce nouveauchef, ne voyant nulle disposition dans les Espagnols àcontinuer la conquête de la Floride, résolut de regagnerle Mexique : mais , après avoir marché plus de trois censlieues au nord, avec des fatigues incroyables, manquantde tout, Sc fans cesse harcellé par des Sauvages, queGarcilasso de la Vega nomme Vaqueïo s , à cause de laquantité de vaches qu’on trouva dans leurs pays ; commeil ne vit aucune apparence de pénétrer pa r -ià dans laNouvelle-Espagne, il n’eut point d autre parti à pren-dre que de retourner fur ses pas > de regagner le Miffis-sipi, &c de s’y embarquer pour faire le voyage par mer.Son armée étoit réduite, lorsqu íi arriva au bord dufleuve, à trois cens hommes de pied &foixante-dix che-vaux. La saison étoit avancée , & il falloit construiredes bâtimens pour gagner le Mexique : ce qui déter-mina Moscofo à passer 1 hiver dans une iste, après estavoir chassé les Sauvages. Ils embarqua au mois de juinsuivant, 8c fut poursuivi par une grande multitude deBarbares , avec lesquels il fallut plus d une fois en veniraux mains : mais dans le récit que Garcilasso de la Vegafait de ces aventures , il dit des choses qui marquent unhomme fort peu instruit de la géographie. Par exemple,il fait faire huit cens lieues aux Espagnols, depuis laRivicre-rouge jusqu’à la mer ; 8c , en suivant même tousles détours dufleuve, à peine y en a-t-il cent, II nous re-présente aussi le fleuve comme infiniment large, 8c il n’ajamais plus de trois quarts de lieue de largeur.

Par la retraite de Moscofo, la Floride resta commeabandonnée parles Espagnols, qui d’ailleurs, ainsi qu’ontvient de le voir n’y avoíent jamais eu aucun établisse-ment. Ainsi lorsqu’en 1JÔ2 ,1 amiral de Coíïgny íbngeaà fonder en Amérique une colonie de François calvi-nistes, il ne trouva aucun inconvénient à Pétablir dans lapartie septentrionale de la Floride , que Verazani avoitdécouverte en 1524. ít y envoya Jean de Ribaud.quíaprès avoir arboré les Armes de France dans la ríviérede May -, remonta au nord , 8c entra dans une rivière,qu’il prit pour le Jourdain de Luc Vasquez d’Ayllon.

II fit amitié avec les habitans; 8cquelques-uns des siensayant résolu de passer l’hiver en cet endroit, il bâtit ala hâte dans une iste que le Jourdain forme à son em-bouchure , un petit sort, long de 16 perches de dixpieds, 8c large de 13. II le nomma Charlefort, d u nomde Charles IX, alors régnant. H fit voile ensuite pourla France , en promettant à ses gens de leur amenerbientôt du secours : mais la guerre civile l’empê-cha de leur tenir parole. Les François , commençant àmanquer de vivres, & n’en pouvant point tirer des Sau- .vaees leurs voisins, lesquels'en manquoient eux-mê-

mes, repassèrent en France, âpres avoir démoli le fort,

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