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Tome second. C - F.
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En 15d"4, la paix étant rétablie dans le royaume,l’amiral de Colígny engagea le roi à faire un nouvel ar-mement pour la Floride, & en -chargea René de Lau-doniére, lequel avoit déja fait le voyage avec Ribaud.Laudoniére entra dans la civière de May , que les Es-pagnols nomment de S an-Mater , avec trois navires; 8 cayant retrouvé le poteau de pierre où Ribaud avoit faitgraver les armes de France , il résolut de s’y établir; 8 cbâtit une nouvelle Forteresse de forme triangulaire, qu'ilnomma la Caroline. Elle étoít environnée à l’ouestd’un rempart de gazon, & au sud d’un rempart de fas-cines 8 c de fable. Du coté. de la rivière, elle étoít cou-verte d’une palissade. On fit les maisons très-basses,àcause que le pays est exposé à des grands vents.

L’année suivante , Ribaud arriva avec une escorte enFloride, qu’on nommoit assez communément la Nou-velle-France. II n’avoit pas encore eu le temps de déchar-ger ses navires, que D. Pedto Menendez parut avecses vaisseaux , à dessein de chasser les François d’unpays qu’il prétendoit appartenir à l’Espagne, & dontil avoit obtenu le gouvernement avec le titre d’Adelan-tado. Ribaud , contre l'avisde tout le conseil de guerre,voulut se rembarquer pour le combattre , & laissa la Ca-roline dégarnie de troupes 8 c de munitions , n’y laissant«pie 85 personnes , tant hommes , qu’enfans 8c femmes ,la plupart malades. Une tempête ayant écarté l’escadrede Ribaud à plus de cinquante lieues de-là, Menendezcommença par se reboucher dans la rivière des Dau-phins , à laquelle il donna le nom de Saint-AugujHn. Sonfort est devenu depuis une ville, qui porte encore le mê-me nom. II alla ensuite attaquer la Caroline ; 8 c s’en étantrendu le maître , il la nomma San-Matheo. Laudoniérese sauva avec une partie de la garnison dans un navirequi étoit en rade, 8 c repassa en France. Ribaud, dontl’escadre avoit été brisée par la force de la tempête »gagna par terre Saint-Augustin avec tout son monde , 8 cMenendez les fit tous massacrer. Des Espagnols ont pu-blié que celas’étoit fait de concert avec la cour de Fran-ce , en haine de l’amiral , 8 c des Calvinistes, les deuxcouronnes étant alors en paix. Ce qui est certain , c’est queCharles IX. ne songeant à rien moins qu’á demanderjustice à Philippe II. d’une pareille hostilité, faite con-tre ses sujets en temps de paix, le chevalier Dominiquede Gourgues, natif du mont de Morfem en Gascogne,équippa â les frais trois navires de moyenne grandeur,fur lesquels il embarqua 200 soldats Se 80 matelots. IIpartit le 22 d’août r567; 8 c, arrivé l’année suivante àla Floride, il fit alliance avec quelques Caciques. Outrela Caroline, les Esj agnols a voient bâti plus bas vers la merd’autres forts fur les deux bords de la rivière, lesquelsavoient chacun cinquante hommes de garnison, 8 c quel-ques uns des canons enlevés aux François. La garnison dela Caroline pouvoit être de trois cens hommes, Sc i’ar-tillerie en étoit plus nombreuse. Gourgues , secondé parles Sauvages , se rendit maître des trois forts; passa aufil de l’épée , ou fit pendre tous les Espagnols qui s’é-toient défendus très-vigoureufement ; démolit les troisforts , en chargea le canon fur ses vaisseaux , 8 c revinten France avec un butin considérable. Depuis ce tems-là les François n'ont po'nt tenté de se rétablir dans laFloride. Menendez rétablit bientôt la Caroline , fous lenom de S an-Mattheo. Outre cette place , 8 c la ville deSaint- Amu^in , les Espagnols ont eu encore un assezbel établissement dans le port d ’Auté, fur le golfe Mé-xique , dans le pays des Apalaches ; c’est ce qu’on ap-pelle aujourd’hui Saint-Marc d’ Apalache ; 8c non pasSainte Marie, comme l’a marqué de.Piste, dans fa cartede la Louisiane.

Les Espagnols font restés seuls maîtres de la Floridejusqu’en 1 66], que les Anglois s’emparerent du fort dela Caroline . & formerent ensuite divers établíssemensauxenvirons. En 1704, aidés par lez Alibamons , ils chas-seront les Espagnols de Saint - Marc d’Apalache ; músces derniers y font rentrés en 1720.

On compte de-là par terre quatre-vingt lieues à Saint-Augupìn. Ils fe font établis depuis à l a baye de Saint-Jofeph , 8 c d Pensacol ; mais le premier de ces deux éta-blissemens est peu de cho r e. Ils ont auffi construit de-puis un fort dans la baye de Saint-Bernard, que de laSale avoit nommé la baye Saint-Louis■ Us ont encorequelques établissemeas vers le pays des Cenis , où de la

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Sale fut tué par ses gens , 8c fur la route qui conduitde-là au Mexique. Voilà tout ce qu’ils possèdent pré-sentement en Floride.

Les François 8 c les Anglois y occupent bien plus depays. Les premiers y ont la Louisiane , qui comprendtout le cours du Mijsiffipi, 8 c de la Maubile. Les secondsy ont la Nouvelle - Géorgie, 8 c la partie méridionale dela Caroline. Voyez ces mots.

La Floride, comprenant une si grande étendue depays, 8 c de peuples fans nombre, il n’est pas possiblede rien dire de la nature du pays , de ses productions,de son climat, du caractère de ses habitans > qui con-vienne à tout ce qui porte ce nom. Ce que l’on va voirne peut guéres convenir qu’d ce que l’on a nommé laFloride Françoise ; ce qui comprend le gouvernement deSaint-Augustin , la Nouvelle-Géorgie , 8c la partie méri-dionale de la Caroline.

Le terrein de cette partie de la Floride, est commu-nément fertile , bien arrosé de rivières , dont quelques-unes font considérables , 8c toutes poissonneuses. Le cli-mat, vu fa sititation, entre les 30 8c 33 degrés de lati-tude nord , y est fort doux ; mais les tonnerres 8c lesouragans y font fréquens fur mer 8c fur terre, 8c pres-que toujours terribles. La côte y est presque par-toutpeu sûre pour les vaisseaux. On a cru iong-tems, fur lafoi des Espagnols , grands exagérateurs , que ce paysétoit riche en or , en argent , en perles 8 c en cu vre.A mesure qu’on a mieux connu le pays , on a reconnuqu’il y a bien du cuivre en quelques endroits, 8 c d’as-sez méchantes perles dans quelques rivières ; mais quetout For 8c l’argent , qu’on a trouvé entre les mainsdes Sauvages , venoit des Espagnols , dont un très-grand nombre de vaisseaux ont fait naufrage , à Feu-trée du canal de Bahama , & fur les côtes voisines.

Les peuples de la Floride ont la couleur plus foncée,8 c tirant un peu plus fur le rouge » que ceux du Ca-nada , 8c c’est l’effet d’une huile , dont ils fe frottent.On n’a jamais pu savoir d’où ils la tirent. Gomme ilshabitent un pays un peu plus chaud que le Canada ,ils vont ordinairement mi-hommes 8c femmes , d l’ex-ception d’une espèce de tablier de peau de cerf , quileur tombe à la moitié des cuisses. Les uns Sc les autresfe peignent le corps de diverses couleurs » qu’ils fontsi bien pénétrer dans la peau par le moyen de légèrespiqûres , qu’avec le tems elles ne peuvent plus s’effa-cer. Ils ont la chevelure noire 8c longue, mais ils latressent proprement pour la nouer fur leur tête , quandil leur plaît. Ceux des montagnes fe coupent les che-veux du côté droíf, Sc laissent croître les autres. Engénéral, ils font bien faits , vigoureux, braves Sc fiers,mais pourtant assez traitables, quand on a su les gagner,comme avoient fait les François. Avec les Espagnols Sctous ceux qui leur déplaisent, ils sont dissimulés , four-bes 8 c trompeurs. Ceux d’entre les peuples , qui fe fontun peu civilisés , s’habillent assez honnêtement ; maisils aiment les vêterr.ens figurés, 8 c fe font des habits deplusieurs morceaux d’étoffes de différentes couleurs.

Plus dociles que la plupart des autres Sauvages , lesFloridíens fonc plus dépendans de leurs chefs , que lesrelations Françoises nomment Paraou/Hs. Dans les mar-ches 8c dans les combats , le ParaoufH est toujours à latête de fa troupe, tenant d’une main un casse-tête, ouune espèce de masse d’armes , portant de l’autre un arc,ayant le carquois fur L’épaule i 8 c un javelot dans lestresses de ses cheveux, 8c fur la tête une couronne degrandes plumes de diverses couleurs. Les autres le fui'vent portant leurs flèches dans leurs cheveux , ou le car-quois fur l’épaule. Le bagage est porté par les herma-phrodites , dont il y en a un grand nombre parmi eux »si l’on en croît Laudoniére. On verra plus loin ce quece peuvent être que ces hermaphrodites. A Fapptnchsde leurs ennemis , ils jettent, dit-on, des cris effroya-bles. Ils n’entreprennent cependant rien fans un conseilgénéral, qui s’assemble tous les matins. L’assemblee gé-nérale se tient en forme décroissant autour du Paraoujít»assis au milieu fur un siège plus élevé , fait de morceauxde bois arrondis : les guerriers 8c les anciens du cantonviennent saluer respectueusement leur chef Le plus an-cien des vieillards commence , en élevant ses mains avecde grands cris; 8c les autres l’imitenr.Ensuite chacun P re ”sa place. Lorsque J.es affaires font grande importa