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étroites , de différentes couleurs. Au haut du bonnet estest une aigrette de plumes de coq ou de faisan.
Les hommes » qui ne se peuvent pas # marier avantPage de vingt ans , épousent deux ou trois femmes, Scles quittent quand ils veulent. L’intérêt ne préside pointà leurs mariages , Sc n’éprouvent point de difficulté.Quand les deux parties font à’accord , ils en avertis-sent leurs parens 3 qui préparent le festin des noces dansla maiíon de la fille » que le futur mari regarde déjacomme la sienne. En général ils aiment mieux avoir desfilles que des garçons; parcs qu’en acceptant des gen-dres , ils s’assurent des soutiens de leur vieillesse. Lesmaris ne peuvent demeurer avec leurs femmes , quequand ils ont cinquante ans. Avant cet âge , ils ne lesvoyent qu’en secret & de nuit, Sc ne vont point dansleur maison sans les faire avertir. II n’est pas permis auxfemmes d’avoir des enfans avant l’âge de trente-cinqans ; Sc quand elles deviennent grosses avant le temsprescrit par les loix, elles envoient chercher une prê-tresse qui les fait avorter > en leur foulant le ventre. Lesenfans restent avec leurs meres jusqu’à ce qu’íls ayenttrois à quatre ans. Alors les peres prennent les garçonsqui couchent avec eux dans quelques pagodes.
Les habitans de la portion occidentale de Formofefont partagés en quarante - cinq habitations ou bourga-des ; trente-six dans la partie du nord, Sc neuf dans celledu sud. Les bourgades du nord íònt très-peuplées. Lesmaisons y font belles , grandes , & peu différentes decelles de la Chine. Elles’ font construites de bam-bouc, 8c ne font ornées Sc meublées que de peaux de.cerfs , d’armes > d’instrumens à cultiver la terre. L’or-nement le plus précieux font des têtes , des cheveux ,des ossemêns de morts , que leurs maîtres rapportentchez eux , après avoir tué leurs ennemis. Les maisonsdes bourgades du sud ne font que des cabanes faites debambouc & de terre, couvertes depaille, élevées fur uneespèce d’estrade » bâties en forme d’enionnoir renversé,
& ayant quinze , vingt, trente, quarante pieds de diamé--tre. Quelques-unes font divisées par des cloisons ; &toutes ont au milieu une espèce de cheminée ou de four-neau , de la hauteur de plus de deux pieds, où. ces sau-vages font leur cuisine. Ils fe nourrissent ordinairementde riz , Sc de' menus grains Sc de gibier/
Avant que les naturels du pays fussent soumis auxChinois » comme il n’y avòit dans Piste ni roi ní sou-verain , il n’y avoit point atiííi de commandant danschaque bourgade particulière , mais une espèce de con-seil de douze personnes d’environ quarante ans. On neîes choisissoit ni plus jeunes ni plus vieux. On les chan-ge o it tous les déux ans. Leur pouvoir ne s’étendoîtqu’à s’aíïembler quand il survenoít quelque chose d’ex-traordinaire. Ils examinoíent ce qu’il y avoít à faire ; &quand ils croyoient avoir trouvé les expédíens nécessai-res > ils assembloient la bourgade dans quelque pago-de. Us faìsoient leur rapport en présence de tous ; Scaprès s’être fixés eux-mêmes à un parti par une courte dé-libération , ils haranguoient tour à tourl’assemblée, jus-qu’à ce qu’ils eussent fait résoudre ce qu’ils avoient réiolu.Ces sauvages font naturellement éloquens. Ces conseil-lers avoient d’ailieurs un pouvoir particulier pour fairèexécuter ce . qui avoit été prescrit par les ministres dela religion. Lorsque quelqu’un avcyt fait une faute á cetégard , ou qu’il avoit offensé quelque particulier , demaniéré qui n’iníérefsât pas le public , le conseil le pu-nissoit par une amende plus ou moins forte , selon lanature de la faute. Comme c’est par un motif de reli-gion que ces sauvages vont nus trois mois de l’année ,persuadés que fans cèía íes dieux ne leur enverroientpoint de pluie , & quë leur riz ne croîtroit pas , lèconseil étoit chargé de faire exécuter exactement cetacte religion. Pour cet effet, les conseillers fe prome-noient soir Sc matin le long des avenues, par où l’on de-voir passer pour aller dans les campagnes Sc pour en reve-nir; & s’iis rencontroient quelqu’ùn ayant fur foi le pluspetit morceau de couverture, ils le lui ôtoíent » Sc luifaifoient payer l’ámende. Dans íes autres tems de l’an-née , ils en usoíent de même à l’égard de ceux qu’ilstrouvoient couverts d’autre choie que de toile ; car lesloix ne permettoient pas d’avoírdes habillefflens dé foieou de peau.
II n’y avoít point parmi ces peuples de peines pouf
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îeS crimes de voî , de meurtre ou d’aduitere. Chacun,aidé de ses amis , fe faifoit justice foi-même , ainsi qu’ille trouvoit à propos , 8c qu’il le pouvoít.
Depuis que les Chinois font maîtres du pays , ils’est fait dés changemens à tous ces égards ; mais cen’est pas de maniéré que le fond des anciens usages nesoient restés. On choisit dans chaque bourgade trois ouquatre des plus anciens, qui íònt le s chefs Sc les jugesde l’habitation ; & si quelqu’un refufoit de s’en tenir àleur jugement, il feroít chassé de la bourgade , & neferoit reçu dans aucune autre.
Ils payent leur tribut àux Chinois en grains , enqueues 011 peaux de cerfs , Sc en autres choses de cettenature. Pour régler ce tribut, il y a dans chaque bour-gade un Chinois qui apprend la langue , Sc qui íertd’interpréte au mandarin.
La religion de ces Sauvages est assez peu connue. Onfait seulement qu’ils adorent plusieurs dieux , entrelesquels Tamígajan'gac , Jecarocpada Sc Sarîfang fontles principaux. Ils disent q u e Tamigasangac , à qui leshommes adressent leurs vœux pour être bien faits , de-meure au sud , Sc que fa femme la déesse Tecarncpada *à laquelle les femmes adressent leur culte , habite àl’est. Ils logent Sarîfang au nord. C’est, selon eux, undieu méchant , qui rend les hommes laids > Sc qui lesfait marquer par la petite vérole. lis l’invoquent pourqu’ils ne leur fasse pas de mal. Ils ont encore deux au-tres dieux principaux qu’ils invoquent, lorsqu’ils vontà la guerre. Ils n’ont point de prêtres , mais des prê-tresses y qu’íls nomment Juibus. Le culte consiste endes invocations 8c des sacrifices » après lesquels une oudeux prêtresses fe ievent, Sc font des espèces de sermons,qu’elles entremêlent de contorsions étranges Sc de heurle-mens horribles. Elles tombent en fuite dans des espècesd’extafes , dont elles ne sortent qu’avec des convulsionssingulières. C’est alors qu’elles racontent au peuple lesapparitions qu’elles prétendent avoir eues de leursdieux; Sc le peuple les écoute en heurlant, Scfe tour-mentant comme elles. Ces prêtresses fe mêlent auffide prédire i’avenír , d’annoncer la bonne ou la mau-vaise fortune , la pluie ou le mauvais tems ; de put!-rifíer les lieux fouillés , 8c de chasser les diables , dontle peuple croît qu’il y a un grand nombre dans l’isle.Pour cette dernière opération , elles poíent des offran-des pour leurs dieux en divers endroits dans les rues 8cdans les grands chemins ; Sc portant des sabres nusdans Ies mains , & courant 8c criant comme des furieu-ses , elles poursuivent les diables jusqu’à ce qu’elles lesayent forcés » difent-elles , de fe précipiter dans la mer.
Les Formosiens n’enterrent point leurs morts , Sc neles brûlent pas non plus. Deux jours après que quel-qu’un est expiré, ils prennent avec bien des cérémo-nies le cadavre , lui lient les pieds Sc les mains , Sc leposent sur un échaffaut, élevé d’envíron cinq pieds Scfait de bambouc fendu. Ils font ensuite du feu tout au-tour Sc tout proche , afin de le faire sécher. On entre-tient ce feu pendant neuf jours que fe célèbrent les fu-nérailles, pour lesquelles ils immolent quantité de victi-mes , Sc dansent, mangent & boivent avec excès. Le neu-vième jour on ôte le cadavre de dessus i’échafaut. OnPense velit dans une petite tìate , & l e mettent fur unautre échafaut plus élevé , autour duquel ils tendent desmorceaux d’étoffe en guise de pavillon. II reste là troisans , au bout desquels les chairs s’étant dissipées en pous-sière , ils enterrent les ossernens dans la maison ; Sc fontencore à cette occasion un festin auquel ils ne dansent pas.
Ces Sauvages n’avòient point l’usage de l’écriture »nî par conséquent de la lecture. Ils ont reçu leur religionpar tradition. Ils croyent que le monde n’a point eu decommencement , & qu’st ssaura point de fin ; & leurspratiques font voir qu’ils font persuadés que l’ame nepérit point avec le corps. Quand quelqu’un meurt, ilsfont une petite hutte de planches , qu’ils ornent toutautour de verdure 8c d’autres embellissemens. Ils met-tent dedans une calebasse pleine d’eau fraîche, dans lacroyance que , pendant un certain tems, l’ame vienttous les jours s’y stver. Ils admettent aussi des pei-nes Sc des récompenses pour les âmes après la mort jmais , n’ayanf P as ^ es ^es nettes des vertus 8cdes vices , ils attachent presqu’uniquement les récom-penses à ces peines a leurs uiages de religion obferyéa