-être le premier à affronter le danger. 'Chacun, sans balan-cer , fe hâte d’y mettre la main ; c’est un morceau quel’on se dispute. Pour prouver qu’ils ©nt tué un ennemi,ils en apportent la tête ; mais comme il arrivoit quelque-fois , que faute de barbe, on contestoit que la tête appor-tée fût celle d’un homme, ils apportait des parties plus'-décisives , les comptent & les entassent en présence del’armée. Mais ces signes barbares de leur victoire ont<encore un inconvénient, e’est qu’ils ne font point con-noitre si les personnes tuées étoient amis ou ennemis,•ce que la tête auroit fait connoître.
Ce qui soutient leur courage, c’est qu’ils font la guerrepour eux-mêmes, & partagent également le butin. Enmarchant au combat, ils sont résolus de vaincre ou demourir, 8c fe battent avec opiniâtreté. Ils sont malarmés. De loin ils fe fervent de fagayes ou de flèches ;de près ils emploient la massue 8c des perches, dontle bout est durci au feu. Leurs boucliers sont de cuirde bœuf ou de buste. Autrefois ce n’étoit presque quede l’infanterie , à présent il y a beaucoup plus de cava-lerie ; mais leurs chevaux ne valent pas ceux des Abiffins.Cependant ces derniers, quoique mieux montés Sc mieuxarmés, n’en peuvent soutenir le choc.
Un peuple à qui la guerre est si nécessaire, ne haitrien tant que les arts qui naissent dans la paix. Ils ai-ment mieux enlever les richesses de leurs voisins, qued’en acquérir à la. soeur de leur corps. Ils mangentavec plaisir le pain qu’ils trouvent aitx Abiffins; maisils ne fe donnent point la peine d’en faire. L’agricul-ture n’est .point de leur goût ; ils fe contentent de leurstroupeaux. Soit en paix, soit en guerre, ils les chassentdevant eux dans d’excellens pâturages. Ils en mangentla chair souvent crue , fans pain : ils en boivent lelait , Sc fe nourrissent ainsi , soit au camp, soit chez«ux. Ils ne fe chargent point de bagage ni de meu-bles de cuisine, 8c n’ont que des gamelles pour rece-voir le lait. Une nation de ce caractère fait tremblerdes peuples civilisés , à qui les richesses ont amolli lecourage. Elle est. toujours prête à envahir leurs biens,fans crainte de représailles, dont la pauvreté la met àCouvert. C’est ainsi qu’on a vu autrefois les Cimbres ,les Goths, les Vandales Sc les Normands, répandrela terreur chez les nations les plus policées de l’Europe ,& les Tartares Orientaux fe rendre maîtres de la Chine.Dès que les Galles fe sentent les plus foibles contre lesAbiffins, ils fe retirent avec leurs bestiaux dans le fonddes terres , .& mettent un désert entre eux 8c leurennemi. Ce peuple, ennemi du repos 8c de la paix ,revient tous les ans à ses brigandages.
Ils choisistènt un chef qu’ils appellent Luva (so pereJeronimo Lobo écrit Lubo ) qui est en charge pendanthuit ans , au bout desquels ils en élisent un autre ;mais il ne commande que pour ce qui regarde la guerre.Son premier exploit est d’assemHer le peuple , de fon-dre sor l’Abiffinie, pour y acquérir de la gloire , Sc yraire du butin.
Les Galles ont un langage particulier , qui ne ressem-ble à aucun dialecte de celui de l’Abiffinie. Ils parlentpourtant tous la même langue, ce qui fait voir qu’ilsfont étrangers, 8c d’un même pays. La circoncision estpratiquée chez eux , soit qu’ils ayent cet usage dès Tan--cien tems, comme beaucoup de nations payennes, soitqu’ils i’avent pris des Arabes 8c des Abiffins.
Ils n’ónt point d’idoles, ni presque aucune teinturede religion. Si on leur parle de Dieu ou d’un Etre su-prême , qui gouverne l’univers avec tant de sagesse,ils répondent que c’est le ciel qui environne 8c embrassetout. Ils ne lui rendent aucun culte. Ils ne laissent pasd’avoir de l’humanité ; ils ont de Tesprit, 8c appren-nent ce qu’ils veulent avec autant de disposition que lesAbiffins. Le pere Tellez dit que plusieurs avoient em-brassé le Christianisme, 8c y perfévéroient constam-ment. L’Abiffin Grégoire, sor les Mémoires de qui Lu-dolf a écrit son Histoire d’Ethiopie , racontoií que, fousU, régne de Basile, quelques milliers d’entre les Galless etoient convertis à la foi , 8c avoient reçu le bap-tême. . >
Telle est cette nation terrible qui a si bien affoibli1 Etat d Abiffinie , qu’il reste à peine au roi la moitiédes pays que ses ancêtres ont posiëdés. Etant sortie duroyaume de Bail 3 elle s’est emparée des provinces de
GáL
Gedma , è'Arigot a , de Dawara, de Weda , de Fa~tagar , Cl fat a , de Garagtza , de Gan?a , de Conta ,de Darnota , de Walck , de Bì\ama , 8c d’une partiede Schewa, outre plusieurs cantons enclavés dans cesprovinces. Ils auroient fait de plus grands progrès, sila discorde ne les avoit désunis. Ils font partagés en plu-sieurs tribus : on dit qu’il y en a au moins LXX ; maison distingue principalement deux grandes nations, lesOrientaux 8c les Occidentaux. J’ai suivi jusqu’à pré-sent le savant Ludolf dans son Histoire d’Ethiopie ,L i, c. i6. Je lui joindrai quelques autres auteurs pourle reste de cet article.
Les GALLES ORIENTAUX s’étendent depuis laprovince de Bail, leur premiers conquête, jusques dansl’intérieur de l’Abiffinie, dont nous avons dit qu’ils ontconquis plusieurs royaumes, comme ceux de Gan , d’í-fat, de Gedem, d’Àngot, Sec. Ludolf ne s’accorde pasavec soi-même ; car dans l’hiftoire même il prétendque les Galles Orientaux sont appellés Boren Gallapar les Abiffins, 8c les Galles Occidentaux BertumaGalla. Dans fa carte, c’est tout le contraire; BorenGalla sont les Galles Occidentaux ; 8c Bertuma Galla ,font ceux de l’Orient. II y a certainement de Ter-reur dans Thistoire ou dans la carte ; mais il n’est pasaisé de déterminer dans laquelle. Ludolf s’en tient àThistoire, 8c appelle Bertuma Galla les Galles Occi-dentaux. Danville, qui a copié la carte de Ludolf, metBoren Galla, pour ces Galles de l’ouest.
Les GALLES OCCIDENTAUX s’étendent le longde la rivìere de Maleg , 8c fe font emparés des royau-mes deBizamo, de Goyame, 8cc. Ainsi ils ont séparéde TAbiffinie, les royaumes d’Enarca 8c de Cambate ;tellement que les tributs, que le roi en tire, n’arrivent à. son trésor, qu’après avoir couru de très-grands dangers,ce qui entretient une guerre continuelle entre ces peu-ples. II n’y a pas d’apparence que les Abiffins viennentà bout de les soumettre ,‘tant qu’ils feront mal disci-plinés , qu’ils n’auront pas d’habiles chefs , Lc qu’ils Ré-tabliront pas de forts sor leurs frontières.
Les Galles Méridionaux sont proprement ceux qui ontíun roi ou Lubo. Ils habitent au midi 'du royaume deCambate, 8c sont plusieurs peuples qui demeurent fousdes tentes, à Torrent de. la riviere de Zébée. Voici leursnoms, en allant du nord au sud.
Les Adias ,
Les Gajasos;
Les Duûas , ,
Les Arbores ou Asbores*
Les Arvisas ,
L es Bresomas.
Le P. Jérôme Lobo. Relut . hìjï. d 1 Ab (finie, p. zr Jen parle ainsi : Ces Galles ruinent ordinairement leslieux par où ils passent ; ils ne font aucun quartier, 8 1ne respectent ni le sexe ni l’âge ; ce qui les a rendusredoutables, quoiqu’ils ne soient pas en fort grand nora--bre. Ils élisent un roi de huit ans en huit ans, 8c ilsappellent leur roi Lubo. Ils mènent leurs femmes avecetìx, Lc n’en sont pas fort jaloux. Ils fe soucient de même■ tres-peu de leurs enfans. Ils les exposent dans les bois,8c il est défendu, sor peine de la vie, à aucun du campd’en prendre soin. Us vivent ainsi, tant qu’ils sont sol-dats ; mais lorsqu’ils ne portent plus les armes , 8cqu’ils sont circoncis , ils reconnoissent les enfans quinaissent d’eux, 8c en prennent foin. Ils mangent de lavache crue, 8c ne vivent d’autres choses. Lorsqu’ils tuentune vache , ils en ramassent le sang 8c s’enfrotent unepartie du corps. Ils mettent les entrailles autour de leurcou en guise de fraise ; & après qu’ils les ont portéesquelque tems, ils les donnent à leurs femmes.Tous cesGalles ne vivent què de leurs troupeaux Sc font grandsvoleurs.
L’auteur de la Description de l’empire du Prete-Jean ,dit, p. 27 , d’après Antoine Almeïda , Jésuite , 8c unmanuscrit d’Alfonse Mendez, patriarche d’Ethiopie,que les Galles sont venus des Juifs qui ont été dispersésen divers tems , ‘comme au tems de Salmanaíàr , deNabuc 8c de Tite ; 8c quils fe font établis proche duroyaume de Balle. Ce sont les plus puistans ennemisde l’empire des Abiffins, Lee. On voit par ce que nous