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Tome troisième. G - L.
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trouve dans celle-ci l’erigine des nations qui avoientporté !e nom de leur patrie dans les pays qu ils avoientconquis, soit en Italie, soit en Asie. _ ,

Nous n’avons aucune histoire ancienne qui nous de-crive avec soin quel étoit l’état de la Gaule dès les pre-miers tems de la république Romaine. Tout ce qu onen lait, íè recueille de quelques mots échappes aux au-teurs de l’Histoire Romaine, à l’occaston des Gaulois éta-blis au midi des Alpes.

Ce sot, selon Tite-Live, 1 . 5, c. 34, sous le régnédu vieux Tarquin qu’une troupe de Gaulois Transal-pins , c’est-à-dire du nord des Alpes, passèrent les monts,sous la conduite de Bellovese. Ce chef etoit neveu d Am-bigate. Les Bituriges dominoient alors entre les Celtesqui font un tiers de la Gaule, & c’étoit eux qui nom-maient le roi. Ambigate avoir si bien usé de son pouvoir &de celui de la nation,que le peuple s'yétoit tellement accru,qu’il y avoit tout sujet de craindre des guerres civiles.II se voyoit âgé ; & afin de prévenir les révoltes qu’ilcraignoit, il prit le parti de décharger le pays , & Ren-voyer Belloveíe & Sigovese, deux jeunes hommes, filsde fa sœur, chercher de nouvelles terres. II leur permitRemmener avec eux assez de monde pour faire tête àceux qui voudroient leur barrer le chemin. Les deuxfrétés tirèrent au fort les pays où ils dévoient se rendre.La forêt Hercinienne échut à Sigovese, voilà l’origine desBon , en Allemagne. Son frété Bellovese eut pour sonpartage l’Italie. Ce dernier prit avec lui ce qu’il y avoitde trop entre les Bituriges, les Arverniens, 1 es Sèno-noìs , les JEduens, les Ambarres , les Carnutes, & lesAulerques. Avec une petite armée d’infanterie & de ca-valerie, il s’avanqa vers les Alpes qui lui parurent impra-ticables , n’y,ayant point encore de chemins faits. Sur cesentrefaites, les Maffihens venus par mer, de Phocee, villede la Grece Asiatique, verdoient s’établir dans le paysdes Salyens , qui tâchoient de les en empêcher. Ils aidèrentà ces nouveaux venus à/assurer-la demeure qu’ils étoientvenus chercher de fi loin. Voilà l’origine de Marseille,colonie grecque. Pour eux, ils passerent les Alpes , &ayant battu les Toscans qui s’opposoient à eux, assezprès du Tésin, ils apprirent que le lieu où ils étoient,s’appelloit le Champ des Infubriens ; nom pareil à celuides Infubriens, canton des ./Eduens : ils prirent cette res-semblance pour un présage ; & se fixant en cet endroit,ils y bâtirent une ville qu’ils nommèrent Milan. Ce nométoit celui dune ville de la Gaule. Pline, 1 . 12., c. t,nous apprend que ce qui fit naître aux Gaulois 1 enviede passer en Italie, ce fut un Helvétien nommé Héliconqui, ayant travaillé quelque terns à Rome , en qualité decharpentier, apporta dans son pays des figues sèches ,des raisins , du vin & de l’huile , dont la bonté donnaenvie à ces peuples de passer en un pays qui produisoit desi excellentes choses.

Plutarque, Vies des hommes illustres , t. 2 , p. 114 ,raconte la chose autrement. Les Gaulois étoient une na-tion Celtique. On dit qu’à cause de leur grande multitu-de , ils quittèrent leur pays qui ne pouvoit pas les nour-rir , & qu’ils chercherent des terres plus fertiles. lisétoient des millions d’hommes capables de porter lesarmes , & il y avoit encore un plus grand nombre defemmes & d’enfans. Les uns allerent du côté de l’Océanseptentrional, passerent les monts Riphéens , occu-pèrent les extrémités de l’Europe. ( Cette exagérationbien appréciée veut dire.qu’ils passerent dans la Germanieque Plutarque ne connoissoit pas assez, ) & les autresRétablirent entre les Pyrénées & les Alpes, près des Sé-nonois & des Celtoriens où ils demeurèrent long-tems. )( Plutarque entend le séjour qu’ils firent au pays des Sa-LYENS, près de Marseille; nous ferons voir ci-aprèsqùe ce tems fut court. ) Mais un jour , poursoit-il, ayantgoûté, pour la premiere fois, du vin qui leur avoit étéapporté d’Italie , ils furent si charmés de cette boisson,qu’ils prirent leurs femmes <x leurs enfans , &í'e jetterontdu côté des Alpes pour aller chercher la terre qui por-toit un si excellent fruit. Le premier qui leur apporta duvin, & les excita à passer en Italie, fut un Toscannommé Aruns , homme de grande naissance , & qui11’étoit pas d’un méchant naturel, mais à qui il étoitarrivé un fort grand affront, dont il cherchoit à fe ven-ger. II étoit tuteur d’un jeune orphelin , appelle Lucu-mon , le plus riche de la ville, & le plus célébré par fa

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beauté. Ce pupille avoit été nourri dans fa' maison , dèsson entànce ; & étant devenu grand, il n’en voulut passortir , faisant semblant d’aimer son tuteur, & de ne pou-voir se passer de là compagnie. Pendant long-tems, il futassez heureux pour cacher la paillon qu’il avoit pour lafemme d’Aruns, & celle que cette femme avoit pour lui ;mais enfin leur passion devint fi violente, que ne pou-vant ni la vaincre ni la cacher, Lucumon entreprit d’en-lever fa maîtresse, & de la retenir publiquement. Le marile cita en justice ; mais il íùccomba par le crédit, par lesamis & par les largesses de Lucumon. De désespoir ilquitta son pays, & ayant ouï parler des Gaulois, il lesalla trouver, & fe mit à leur tête pour les mener enItalie.

D’abord les Gaulois s‘emparèrent de toutes les terresque les Toscans avoient tenues anciennement depuis lesAlpes jusqu’à l’une & l’autre mer ; & une marque cer-taine que toute cette contrée étoit de la Toscane, cesont les noms qui restent ; car la mer supérieure, ou fe p-tentrienale est appellée Adriatique , du nom de la villed’Adria bâtie par les Toscans ; & la mer inférieure, ouméridionale,est encore appellée la mer de ToscanedTout lepays est planté d’arbres,plein de pâturages,& arrosé de plu-sieurs rivières. II y avoit de plus dix-huit grandes villes oule commerce & le luxe régnoient à F envi. Les Gauloisen chassèrent les Toscans, & s’en rendirent maîtres ; maiscela étoit arrivé long-tems auparavant ( c’est-à-dire long-tems avant Camille dont Plutarque décrit la vie. )

Tite-Live, 1. s, c. 3;, attribue austì au charme duvin Firruption des Gaulois en Italie ; mais il accompagnece récit d’un on dit : reprenons le récit des migrations desGaulois.

Quelque tems après, une bande de CÉNOMANS , con-duits par un chef nommé Elitovius , marchant fur lestraces des premiers , passerent les Alpes par le même che-min, furent aidés par Bellovese , le même qui étoitparti de la cour de son oncle Ambigate, & qui avoitamené les Gaulois par la Provence dans le Milanez. IIen faut conclure qu’il n’y avoit donc pas séjourné austtlong-tems que le dit Plutarque. Ces derniers venus s’ar-rêterent aux lieux ou sont présentement Bresce & Vé-rone ; après eux, les Salluviens, auprès de Larves, quiétoient Liguriens, & qui habitèrent aux environs du Tésin.

Après ces deux migrations, fe fit celle des Boiens &Cdes Lingons qui vinrent par le grand Saint-Bernard , &cqui trouvant dé j a occupé tout ì’espace qui est entre lesAlpes & le Pô, passerent ce fleuve , &c chassèrent lesOmbriens auffi-bien que les Etrusques ; ils fe tinrent néan-moins en-deçà de l’Apennin. Enfin les Sénonois , qui arri-vèrent les derniers fe placerent depuis le Montone ( abUtente \ jusqu’à l’Efino. Tite-Live , /. 3 , c. 33 , dit bienexpressément que, parmi ces Gaulois, il y avoit autant decolonies que de nations différentes dans le peuple dontils broient leur origine. II semble distinguer de ces Gau-lois les VÉNETES qui habitaient autour du golfe. Maisces Vénetes étoient Gaulois d’origine , auffi-bien que lesautres peuples qui donnoient leurs noms aux divers paysde la Gaule Cisalpine.

II y avoit donc, dès les premiers tems de Rome , di-vers peuples clans F ancienne Gaule, qui portaient déjales mêmes noms que l’on retrouve dans leur patrie, long-tems après qu’ils l’eurent quittée. Pour ne rien dire deceux qui sont nommés par rapport aux migrations donton vient de parler, il est aisé de voir que

Les Bituriges habitaient le Berri.

Les Arverniens , F Auvergne.

Les SÉNONOIS, Sens, Auxerre , Troyes , &c. jus-qu’à Paris.

Les Eduens , la Bourgogne .

Les Ambarres , les environs de ChâlonsTur-Saone.

Les Carnutes , le pays Chartrain .

• Les Aulerques , partie dans la Normandie âc-dansla Bretagne.

Les IksubrieNS , un canton de la Bourgogne.

Les Salyens , la Provence .

Les CÉNOMANS , le Maine.

Les Salluviens , le long du Rhône.

Les BoÏENS , le Bourbonnois.

Les Lingons , le pays de Langres.

Les VÉNETES , dans la Bretagne , vers Vannes.