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Tome troisième. G - L.
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CEÎST GEN 8 r

compte quinze mille âmes. La religion Protestante Síle commerce y ont attiré quantité de familles. Elle estremplie d’anciens habitans, de réfugiés Italiens, qui yallerent de Venise & de Luques, dans le seizième siécle,du nombre desquels font, entf auttes , les Calandrins ,Turrettins , Micheli , &c. Sc des réfugiés François quis’y retirerent durant les troubles de France du íeiziemebédé , & lors de la révocation de l’édìt de Nantes , en1685. C’est un séjour agréable, par la douceur du gou-vernement , par la bonté cle l’air Sc la fertilité du terrein.

La ville est fort belle, &t fe remplit tous les jours deplus en plus de beaux &: de superbes bâtimens, soit pu-blics , soit particuliers. Le temple de S. Pierre, qui étoitautrefois la cathédrale, est bâti à î’antique ; il est fortspacieux , &: représente une croix. On y volt les statuesdes douze apôtres , devant lesquelles on a plusieurs soissurpris des Catholiques à genoux. On prétend même quel’évêque titulaire cle Geneve, qui fait fa résidence àAnnecy en Savoie, y va dire une messe basse une foisen fa vie. +

Près ce temple , font deux chapelles : dans Tune onenseigne la philosophie , & la théologie dans l’autre.Celle-ci sert de temple aux Italiens & aux Allemands.Les tamilles venues d’ítalie à Geneve, dans le lèiziemesiécle , ont toujours conservé une bourse &£ un minis-tère , soit pour leur usage, soit pour celui de ceux quiviennent de tems en teins d’Italie. Leur assemblée fefait tous les jeudis. L’égìife Allemande y fait les siennesle dimanche & les jours de fête, & le sert de bellesorgues pour le chant des pfeaumes. Outre l’églife Alle-mande , qui est Calviniste , il y en a une autre de lamême nation, qui est Luthérienne, & qui a été intro-duite dans Geneve, depuis peucïannées. Elle /assembledans une maison particulière.

Outre le temple de S. Pierre, il y en a deux autresdans la grande ville, qui fervent aux assemblées ordi-naires , fçavoir, la Madelaine Sc Saint-Germain ; & undam le quar ier de Saint-Gervais. On volt dans ce der-nier le monument des dix-fept bourgeois qui perdirentla vie dans F affaire de l’efcalade Fan 1601, en combat-tant courageusement contre les Savoisiens pour la conser-vation de leur patrie. On y a joint une inscription la-tine , qui marque leurs noms & surnoms.

A quelques pas du temple de S. Pierre, on trouvela maison de ville, où l’on a fait de très-belles répara-tions depuis queiques années. On y monte par un esca-lier qui est tout uni , &c pavé de petits cailloux, faitde telle maniéré , qu’on y peut monter jusqu’au toit àcheval Sc en carrosse. On y volt à Feutrée, Sc dans levestibule, divers tableaux avec cies inscriptions curieu-ses. Une fur l’elcalade :

quatorze lits fort propres, Sc tout le reste à proportionle bâtiment a coûté plus de deux cenS mille écus. Lemachines hydrauliques qu’on y a fait nouvellement, sonencore dignes de la curiosité d’un voyageur. II n’y avoitauparavant qu’une fontaine ou deux dans Geneve : onalloit quérir toute Feau dans le Lac ou dans le Rhône.On a fait des fontaines dans toutes les rues , & descanaux pour conduire l’eau dans les maisons particuliè-res qui en voudroient. Pour cet effet on a conduit aubord du Rhône des machines à rouages , dont un ingé-nieur François , Parisien, nommé 1 ’Abeille, a donné ledessein , Sc eu la direction. Ces machines élèvent Feau,Sc la font tomber dans des aqueducs d’où elle fe distri-bue par toute la ville.

L’iste du Rhône est ornée d’une tour antique, Sc qu’ottcroît avoir été bâtie par Jules-Céfar ; du moins elle enporte le nom. L’an 1678, on trouva, ail pied de cettetour,, une vieille inscription Romaine faite par des ba-teliers payens:

Deo Silvano.

Pro Salute Ratiariorum, &c.

II y a dans le Lac une grosse pierre qu’on appelle lapierre de Neyton ou de Niton, (c’est-à-dire de Neptune)qui, dans le paganisme, a servi d’aufel où l’on facrifioitaux divinités des.eaux. Elle est creuse au-dessus, & ilparoît que ce creux y a été coupé exprès. II y a trenteà quarante* ans qu’on y trouva des couteaux Sc autresinstruinens de sacrifice, tous cFairain.

Geneve a pour armes une aigle Sc une clef-, c’estpourquoi la seigneurie entretient toujours un certain,nombre d’aigles qu’on nourrit dans des cages. C’estquelque ‘chose de curieux que de les voir déchirer le*chats, Sc autres animaux qu’on leur donne quelquefois.

Enfin ce qu’il y a de beau à remarquer clans Geneve ,ce font fes fortifications qui, servant à la défense de Uville, en font austì l’ornement 8r l’agrément, par le*belles promenades qu’on y trouve. Le port Sc toutes lesavenues font bordés de doubles Sc triples rangs d©gros pieux plantés dans l’eau, qui ne laiíîènt qu’un pa£iage étroit aux bateaux pour entrer dans le port quiest fermé exactement de grosses chaînes, toutes les nuits,Du côté. de terre, ce font de bons bastions Sc autre*ouvrages, avec des foliés profonds ; il y a un de cesbastions qu’on appelle ie bajìion de Hollande , parc©qu’il a été bâti de l’arg^nt que L H. P. contribuèrentgénéreusement pour le construire : austì a-t-on eu íbind’en conserver le souvenir par cette inscription qu’on yvoit : Ex MUNîFICENTIA ILLUSTRISS. ET

Prcepot. Ordinum Fœderati Belgii. o»voit une autre inscription au boulevard de S. Jean:

D. O. M. S.

Quo non AllobrogasRapit

FuROR ET CUP1DITAS SUA

Transversos, &c.

Une autre fur F alliance perpétuelle que la ville deGeneve contracta , l’an 1584, avec les deux cantons deZurich Sc de Berne.

On voit aussi dans ce même vestibule quantité d’urnesanciennes où l’on renferment les os Sc les cendres desmorts, dans le paganisme. On les a trouvée? la plupart,l’an 1659, dans ' e fossé du Ravelin de la Noue. On aaulíi déterré une très-grande quantité de médailles , depièces antiques, Sc des inscriptions , monumens de lasplendeur ancienne de Geneve.

Près de la maifoii de Ville, on voit l’arfenal qui esttr-es-beau, Sc garni d’armes Sc de munitions de guerreen abondance : on dit qu’il y a de quoi armer douze ,mille hommes.

D un autre côté de la ville on voit le college ou estla bibliothèque qu j a été remise en bon état , Sc aug-menté considérablement depuis quelques années. 11 y abeaucoup de m-miíTcrits curieux, Sc diverses raretés.f De la bibliothèque on va voir Fhôpital général qui aete rebâti magnifiquement depuis quelques annees. il y abien des familles bourgeoises dans Geneve , qui ne sontpas, à beaucoup près, aussi proprement logées & entre-tenues que les pauvres lesont là. Ce sont de grandes cham-bres , longues 3 larges , hautes , dans chacune desquelles font

Munita satis fit, f bene morata civitas.

Ipfque cives armati satis , f bene animait,

Et ambo fecura nimis , f cura numinisExcubet , Sic.

Aux portes de la ville on a la promenade de Plein-Palais , qui est une grande plaine, avec un grand jeude mail bordé d’une allée cl’arbres, fait par les foins duduc de Rolian.

A l’égard du gouvernement, l’autorité souveraine, estentre les mains cfun grand conseil de deux cens person-nes , quoiqu il y ait encore au-dessus des deux cens l’af-femblée générale de la bourgeoisie ; mais comme cetteassemblée ne fe fait que de cinq en cinq ans, V’autoritéest proprement entre les mains des deux cens. De cegrand conseil on en tire un petit composé de vingt-sept conseillers , dont il y en a seize qui font les chefscle la république , qu’on nomme syndics ; mais ils neprésident pas tous à la fois : il n’y en a jamais quequatre qui tiennent le timon du gouvernement durantune année, & quatre autres, 1’-année suivante, &• ainíìsuccessivement; de sorte que le tour de chacun d’euxrevient régulièrement de quatre en quatre ans. Outrecela, il y a le conseil des Soixante, qui est établi pourexaminer les affaires importantes qui demandent du secret& de la promptitude. 11 est composé de ving -fept coajseillers, Sc de trente-trois personnes du grand conseil.

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