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Teau qui commande la ville , St lui sert en même teinsde défense. ^
La ville est au pied de la montagne du côté du cou--chant. Elle est passablement grande , fort jolie , très-bien fortifiée , St revêtue de murailles avec de bonsbastions & quelques autres ouvrages. Au bout du rocherqui avance dans la mer , & à un quart de lieue de laville , on voit un grand fort muni de canons, qui couvreun môle qu’on y a fait en forme de port, cle 300 piedsde long, pour faciliter aux vaisseaux de mouiller en toutesûreté. Du côté de la terre on voit un autre môle quicouvre le port , défendu auífi par un fort construit enforme de tour , & : plus avant on trouve deux petits ou-vrages avancés.
On a regardé long-tems cette place comme imprena-ble , parce que les gros vaisseaux n’en peuvent appro-cher qu’à 500 pas, fans courir risque de périr , soit enen échouant dans le fable, où 1 eau est basse , soit entouchant contre les rochers dont quelques-uns fontcachés fous l’eau, St quelques, autres élevés à fleur d’eau ;mais ayant été attaquée en 1704 , St n’ayant que 80hommes de garnison , elle fiit obligée de se rendre à laflotte d’Angleterre St de Hollande ; elle a resté encommun au pouvoir de ces deux nations , jufqu’à cequ’elle fut cédée à l'Angleterre feule, par le traité de paixconclu à Utrecht.
Les alliés du traité de la quadruple alliance , conclu àLondres le 1 d’Août 1718 , avoient minuté un traité en-tre l’Efpagne St l’empereur ; St il paraît par le Manifestede la France contre l’Efpagne , que Sa Majesté très-Chré-tienne s’étoit engagée d’obtenir pour Sa Majesté Catho-lique la restitution de Gibraltar. Le roi d’Efpagne nesigna dans la fuite le traité , que dans cette eíperance ;mais les longueurs de la négociation , la mort imprévuedu duc d’Orléans qui avoit promis la chose au nom durai, celle du roi George I, qui avoit apparemment donnélieu à cette promesse , ayant empêché cette restitution ,l’Espagne assiégea Gibraltar l’an 1728. La paix que l’onménageoit en France , St la signature des préliminaires àParis firent lever le siège ; St enfin le traité de Sévilleassura Gibraltar aux Anglois.
La baye de Gibraltar a environ sept milles d’ouver-ture, St près da huit Renfoncement. La pointe de l’ouestest le cap Carnero , St celle de íscst le mont Gibraltar.Environ quatre à cinq milles vers le nord quart denord-est de la pointe du cap Carnero, il y a une petiteisle , St entre cette distance il y a deux tours de gardefur le bord de la mer ; un peu en dedans de cette isleest le village du vieux Gibraltar situé fur le bordde la mer , devant lequel on peut mouiller avec toutessortes de bâtimens. Mais il ne faut pas «'approcher decette côte du côté de l’ouest , parce qu’il s’y trouve desrochers fous l’eau qui gâtent les cables ; St si l’on s’en éloi-gne , on y trouve une grande profondeur d’eau, * Miche-lot , Portulan de la Méditerranée , p. 9.
La ville 'de Gibraltar le neuf, petite ville assez bienfortifiée , située du côté de l’ouest du mont Gibraltar ,fur le bord de la mer ; St le mont Gibraltar est unehaute montagne escarpée presque de toutes parts , quide tous côtés paraît isolée. Sur la pointe du sud de cemont qui vient en abaissant , St qui est fort escarpé ,il y a quelques fortifications à l’antique , qui viennentjufqu’aux murs de la ville , pour défendre tous les en-droits St les avenues où l’on pourrait débarquer St enapprocher. A la pointe de la ville du côté du sud , atte-nant les fortifications, il y a urrboutde môle qui s’avancevers le nord-ouest environ quatre-vingt toises , ce qu’onappelle le môle NEUF , par rapport à un autre qui estfort ancien , dans lequel on pourrait mettre quatre galè-res , ou sept à huit , étant connillées , en faisant deuxrangées , elles auraient la proue à la mer vers le nord-ouest '• on en pouroit mettre deux autres le long dumôle. II y a cinq à six brasses d’eau devant le môle ,qu’on peut ranger à discrétion ; mais pour être bien postéavec une galere, il faut s’écarter un peu de la tête dumôle pour pouvoir mieux tourner St prendre le poste.Environ un mille vers le nord , il y a un autre bout demôle presque semblable au premier ; mais il n’a que septà huit pieds d’eau de pleine mer, suivant les endroits. IIest encore boa d’avertir que depuis le môle neuf au
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vieux , iì ne faut pas approcher la côte , parce qu’il ya plusieurs roches plates , qui s’avancent fort loin dansla mer , fur lesquelles il y a très-peu d’eau. Sur le boutd » vieux môle qui est devant la ville , il y a un petitfort armé de cinq à six canons , au bout duqueí font quel-ques roches , dont une partie découvre de basse mer-Lorfqu’on vient de l’ouest, St que l’on veut aller mouil-ler à Gibraltar le neuf , ayant évité la pointe du capCarnero , on peut venir librement mouiller par tout lecap de la baye , par dix, douze, quinze St vingt bradesd’eau ; mais le meilleur mouillage, principalement pour lesgalères , est de venir au nord-ouest de la tête du môle,environ quatre à cinq cens toises, où l’on fera par troisbrasses d’eau de basse mer , St quatre ou quatre St demiede pleine mer , suivant les marées ; car il faut fqavoitque par tout POcéan où il y a flux St reflux, la meraugmente à la pleine mer, St diminue à la basse mer ,ce qui change encore dans le tems des équinoxes ; lesmarées les plus voisines des équinoxes font aulli plusfortes que dans les autres mois qui en font éloignés. Lesmarées font dans ce lieu presque nord quart de nord-estpour la situation, autrement trois quarts d’heure le jourde la nouvelle Sc pleine lune. Ordinairement la mer ybaisse St augmente de cinq à six pieds à plomb , chaquemarée. Lorfqu’on vient du côté de l’est , pour allermouiller devant Gibraltar , on en peut ranger la pointe,en fe donnant cependant garde des courans qui pour-raient porter dessus. On va mouiller en fuite aux lieu*dont on vient de parler. II faut remarquer qu’il est bienplutôt pleine mer dans le milieu du détroit ou à mi-canalqu’à la rade de Gibraltar ; outre cela , il y a plusieurscourans dans cette baye, qui ne font pas tout-à-fait régu-liers , non plus que les marées ordinaires ; St on voitpar expérience que les marées perdent leur régularité *passé le détroit de Gibraltar , elles continuent pourtantencore jufqu’à Malaga, où elles font presque impercep-tibles. Lorfqu’on mouille devant le vieux môle de Gi-braltar , il faut avoir deux ancres en mer , l’une à l’est-fud-est , St l’autre à l’ouest-nord-ouest à-peu-près. Onfait de l’eau dans quelques jardins qui son f proche de 1*ville, dans un bas terrein, proche trois moulins à vent,íur le bord de la plage. Le traversier est le vent de fud-ouest qui donne droit dans la baye : le vent de nord-ouest y est extrêmement rude , auffi-bìen que l’est-nord-est, quoiqu’il vienne par-dessus les terres.
Dans le fond de la baye de Gibraltar il y a deux peti ;tes rivières vers le nord-ouest, qui viennent entre deu*montagnes ; ce qui est cause que le nord-ouest vient quel-quefois violemment, St le vent d’est-nord-est qui vient,par-deíïus une plage de fable fort baste , qui est entreles montagnes de la côte du nord St le mont Gibraltar.
Lorsqu’on vient de l’est pour sortir du détroit, ostdécouvre d'environ quarante milles loin ou plus, suivantles tems, le mont Gibraltar qui paraît comme une ifle,lequel est un peu plus haut du côté du nord que du sud,parce que du côté du nord, ce n'est qu’une grande plageSt des dunes de fable fort basses qu’on appelle la Mal-Baye. Et comme environ trois à quatre milles vers lenord du mont Gibraltar, il y a de hautes montagnes,cette terre basse qui fe trouve entre deux , fait que pin-ceurs vaisseaux , de nuit, ou dans des tems obscurs, pren-nent ce défaut de terres apparent pour l’entrée du dé-troit, prenant le mont Gibraltar pour sc mont au Singequi est en Barbarie , St du côté d’Efpagne pour le montGibraltar ; ce qui les fait échouer souvent vers la M abbaye. On voit auífi presque en même tems le mont astSinge, qui est une haute montagne, faite en pain de su-cre , à la côte de Barbarie , qui paraît de loin auífi isolée,par la- raison qu’elle est plus haute que celles des envi-rons; St comme du côté du sud de cette montagne, uy a encore un grand abbaiffement de terrein, les vais-seaux prennent souvent le mont au Singe pour le montGibraltar ; ce qui les fait échouer dans la baye de Te-touan , donnant dans cette fausse-passe qu’ils prenneujpour l’ouverture du détroit. Pour éviter cet accident, stfaut plus ranger la cote d’Efpagne, que celle de Barba-rie , Sc prendre bien garde à l’air de vent qu’il fait poufdonner dans le détroit. De la pointe du mont Gibral-tar jusqu’à Estepone, la côte court au nord-nord-e»vingt-deuï milles.