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& divers ornemens d’église , les uns à l’antiqite, façon-nés de mailles d’or, les unes fur les autres & d’autresa la moderne , & brodés de pierreries. Près de-là onv «it un ancien édifice , tout bâti en portiques, & sou-tenu de piliers de marbre. C’étoit une mosquée du temsdes Maures. Les Chrétiens en firent une église parois-se. A quelque distance de-là s’éleve le palais de la chan-cellerie , auquel on va par une grande & magnifiqueplace dont la forme est d’un carré de quatre cents piedsde longueur, sur deux cents de largeur, ornée d’une très-“elle fontaine de jaspe : les Grenadins rappellent enleur langue BivarambLt , c’est-à-dire sablonneuse. Cepalais a un très-beau frontispice, est enrichi de colomnesd albâtre, & bien construit. On y entre par trois portes ,dont celle du milieu est plus élevée que les deux autres.Au-destus de ces trois portes régne un beau rang defenêtres accompagnées de balcons dorés. L’intérieur dubâtiment est une grande cour, environnée de chambresa chaque étage. C’est-là qu’est la trésorerie , & où s’as-Ginble le tribunal souverain de Grenade , composé deplusieurs ministres , appellés auditeurs.
Vis-à-vis du palais de la chancellerie , on voit une■Raison fort longue, appellée la Alcaxeria, partagée enptes de deux cent boutiques où les marchands étalenttoutes sortes de marchandises , ôí particulièrement desétoffes de soie. Outre la place dont on vient de parler,qui est entre ces deux superbes édifices , on en voit en-core une autre fort belle , qu’on appelle la plaça mayor,au milieu de la ville : c’est-là que se font les courses detaureaux.
Le quartier de I’Alhambra est fur les montagnes ,qui commandent le reste de la ville : on rappelle en es-pagnol, la jîerra delfol, la montagne du soleil, parcequ’elle est vers le lever du soleil, & dans une très-belleexposition : les Maures Grénadins appellent ce quartiereí Alhambra ; ce qui en leur langue signifie rouge , soitParce que son fondateur s’appelloit Alhamar , soit parcestu’il étoit rousseau , soit à cause de la terre rouge qui s’ytrouve , & qui s’y fait remarquer dans les édifices. Cequartier est habité en partie par des Grenadins , c’est-à-dire par des descendans des Mores & par de francsEspagnols , qu’on appelle dans le pays ChriJUanos viejos.C’eft-là qu’on voit deux châteaux ou palais dont l’unfut bâti par les Mores , & l'autre par Charles V & parsthilippelí, son fils. L’un íkl’autre font fort remarquables,tant par leur situation admirable , que par la vue char-mante dont on y jouit , &c par la somptuosité de leurstructure : on y monte de la ville baffe par une longue& belle allée, fort unie, bordée des deux côtés de grandsormeaux, &c embellie au milieu d’une très-belle fontainede marbre jaspé , autour de laquelle on voit quantité depetites statues qui jettent l’eau plus haut que le sommetdes arbres : cette allée conduit à ces palais, en tournoyant& en montant toujours insensiblement. Celui de Char-"les V se presente le premier : c’est un superbe corps de logisc arré , qui borde une partie d’une grande ^dé placehâtiè de pierre de taille ; les bandeaux des fenetres sontde marbre noir : tout à l’entour de l’édifice , on voit au-c effus des fenêtres un grand nombre de tetes d aigles, &de mufles de lions qui tiennent de grosses boucles , letout de très-beau bronze', le portail est de jaspe, relevé detr ophées & de plusieurs autres ornemens : sur-tout lesPiédestaux des colomnes qui soutiennent tout l’ouvrage,^présentent différens combats gravés fur le jaspe : l’in-térieur du palais est une grande & magnifique cour ronde,'AUour de laquelle règnent deux beaux rangs de pom-mes , l’ un fur l’autre , soutenus par trente-deux grosseíco omnes de marbre jaspé , chacune d une feule pieceon î claque a coûté onze cens ecuts , a ce que 1 on pre-en - es sal es , les chambres , & ^ es quatre portes desfaçades ont été richement ornées ; mais comme depuisplus d un siécle on l'a fort négligé avant meme qui.sot entierement achevé , il est à présent à dem.-rume,va a l’ancien pliais des rois Mores , lequel estbâti de grosses pierres de taille carrées , entonne dcbonnes murailles , f om sié de croises tours Lc de bastionscomme une citadelle , & si ^aste qu’elle peut contenubne garnison de 40000 hommes. Avant que d y atnver :«n trouve une espace de ravelin , où l’on tient quelquesP‘eces de canon pointées contre la ville : on a éleve er
cet endroit une espece d’autel où l’on volt les figures,du roi Ferdinand & de la reine Isabelle : le dehors dlipalais n’a aucune apparence ; mais l’intérieur est dé laderniere magnificence ; la porte est faite à la moresque ,finissant en pointe par en haut : on voit au-dessus duportail une clef gravée fur un morceau de marbre , &plus haut une main en relief , aussi fur un morceau demarbre : ces deux figures, dans l’esprit des Mores, étoientune espece d’hieroglyphe mystérieux , pour signifierque quand la main prenclroit la clef, les ennemis desMores prendroient le palais le vestibule est revêtu démarbre ; & toutes les parties du dedans sont de même ,d’une structure superbe , & fi somptueuse , qu’elle faitconnoître sensiblement jusqu’où alloit la tnagnificetìcedes Mores. Les murailles des chambres sont incrustéesde marbre , de jaspe &t de porphyre ; les plafonds ,les poutres St les lambris sont dorés ; St on volt par-toutdes figures hieroglyfiques , des inscriptions arabesques ,St divers ouvrages à la mosaïque. On entre d abord dansUne grande cour plus longue que large , pavee de mar-bre , à chaque coin de laquelle on voit une belle fon-taine de marbre ; St le milieu est occupe par un beaucanal d’eau vive , incrusté de marbre , si profond , qu ony peut nager aisément, St d’où l’eau est conduite dansles chambres St dans les sales du palais , qui ont toutesleurs fontaines : elles sont voûtées pour la plupart; lesvoûtes sont découpées à jour , d’un oUvrage si délicat Stsi hardi, qu’il est étonnant qu’il se soit conservé pendanttant de siécles. On voit une chambre où les rois Moresse baignoient dans des bains d’albâtre , remplis d’eau ,par de gros canaux qui sortent de la muraille ; St desbains , elle coule par de petits canaux dans d’autreschambres ; de celle où ils se baignoient , On entre dansune autre où ils se faisoient essuyer , St de celle-là ilspassoient dans une troisième , St faisoient las fiejlas lesaprès-midi. Une des plus belles pièces de cet édifice royal,est la cour qu’on appelle el guadro de los leones : elleest carrée St pavée de marbre, St ornée de portiques quirègnent tout autour, avec cent dix-sept colomnes d’albâtrefort hautes , qui soutiennent des galeries aussi ornéesd’albâtre. Au milieu de la cour on voit une fontaine oùdouze figures de lions agroupés supportent un grand Stlarge baffin de marbre blanc d’une feule pièce, St jettenttous une grande quantité d’eau par la gueule , faisant toutautant de fontaines qui coulent continuellement ; dumilieu de la fontaine fort un gros jet d’eau qui s’élevefort haut , St retombe dans le baffin avec grand bruit ,d’où elle fe répand dans les chambres. A côté de la pre-mière cour , on voit une chambre où étoient les lits desrois Mores , & dont les châlits se voient encore si largesque six personnes y pourroient coucher fort à l’aise. O11monte de-là à une chambre qui est d’un autre étage , oùl’on voit deux pavillons , dont les châlits sont de beaumarbre , & le fond richement dosé : les fenêtres ontauísi les bandeaux & les croisées de marbre , avec desbalcons où l’on a une vue charmante , qui s’étend fur lacampagne , fur le quartier de la ville qui est au pied dela montagne , & fur les montagnes voisines qui presen- 5tent leurs cimes toujours couvertes de neiges. La cham* 1bre où les reines s’habilloient , a clans un coin sept jetsd’eau qui sortent du plancher , &c qui servoient à lesrafraîchir. On remarque aussi dans ce palais une chambred’une merveilleuse structure , où d’un certain coin onentend tout ce qui s’y dit , pour bas qu’on y parle : otll’appelle par contre-vérité la chambre du secret. Derrièrele palais on apperçoit une vallée fort agréable , bordéede hautes montagnes des deux côtés , & arrosée par leDarro qui la traverse. Quantité de jardins assez bienentretenus , un parc , une petite forêt fur le penchantde la montagne, un petit logement pour se reposer, & defort belles promenades aux deux bords de la rivière, ren-dent cette vallée délicieuse.
En montant du palais un peu plus haut, on découvreune belle maison que les rois Mores avoient fait bâtirpour aller passer le printems ; on l'appelle en languearabe Xeneralise. La situation en est fort agréable , &l’art a beaucoup contribué à en faire un séjour charmant 5on y respire en tout tems un air doux & serein on y■ trouve quantité de fontaines qui coulent avec un douxmurmure , dont Fuite particulièrement pousse un. jet d eau