Band 
Tome troisième. G - L.
Seite
727
JPEG-Download
 

LAO

^StypHique de sa prééminence sur les autres , fasse attein-dre jusqu’à ses épaules les extrémités de les oreilles. SaCouronne est une petite bande , ou un ruban tissu d’orautour de fa tête, qui sert encore à lier ses cheveux, &a les arrêter dans la situation où il veut qu’ils soient. IIne se fait voir à son peuple, que deux fois Tannée , 6 ccela, pendant ttois jours. Le peuple, pour lui marquer faT econnoistance, n’oublie rien de tout ce qui peut con-tribnej- à son divertissement. On a pour cela plusieursclephans dressés à mille choses plaisantes , 6c plusieursuytes farouches, qu’on fait combatre en un lieu fort spa-j leu x, où le roi se rend pour jouir de ce spectacle. Des.lutteurs, des gladiateurs, 6c d autres sortes de combatansl°nt des escarmouches qui durent jusqu'au soir , 8c ter-^ìnent ces réjouissances.

, Quand on veut voir la cour de Lao dans tout son5 S' at , il faut attendre le teins où le roi sort de son pa-* 3 is, pour visiter le temple de quelqu’une de ses idoles,íl n’y a rien de plus superbe, soit pour la beauté des dé-corations , 8c la quantité de gens qui raccompagnent,joit pour la diversité des dévises 8c la magnificence deshabits. Divers chœurs de musique ouvrent la marche,ot précèdent tous les Mandarins richement vêtus , quiVont chacun, selon les charges qu’ils exercent dans leroyaume, 8c avec leurs boètes qui mettent de la diffé-rence entr’eux , selon leur grandeur 8c leur forme. Lesgrands du royaume terminent cette cavalcade , dont leroi fait le principal ornement, fur un éléphant des plushauts & des plus beaux que Ton puisse voir, superbe-ment équipé avec une housse en broderie , qui traînejusqu’à terre. On peut dire que, dans ces occasions , cePnnce porte les richesses d’un royaume, par le nombrejofini de pierreries, dont il est couvert. Les gens qui lemontent tous des chevaux. Ils font vêtus de ri-c hes étoffes, 8c marchent en très-bel ordre, avec descarabines où brillent mille pierres précieuses. PlusieursPetes chargées de pré sens pour l’idole, 8c avec descouvertures aussi curieuses qu’éclatantes, ferment la mar-c he. U n’est pas permis aux femmes daller par la villeS e jour-là. Quand le roi passe, elles paroisient à leursenetres, & répandent des eaux de senteur sur ce princejxsur le présent que l’on destine à l’idole. LesTalapoins,"chant la marche du roi, sortent de leur couvent, re-vêtus de leurs plus superbes habits, 6 c vont au-devantde lui , à quelque distance du temple qu’on prendroitalors pour un bureau de marchands. Ils ne Tabandonnentpoint pendant la cérémonie du sacrifice qu’il fait, tantpour les hommes que pour les femmes, en qualité de per-sonne publique. Sur la fin, ils partagent ce qui a été of-fert de plus utile & de meilleur à Tidole.

Lorsque le roi de Lao reçoit des ambassadeurs , il esta ssìs fur un thrône extrêmement élevé, revêtu de ses ha-bits de cérémonie, 8c répond à leurs civilités par sonchancelier, ne s’entretenant d’ailleurs avec eux, que par leFinistère d’un truchement. II a plusieurs petits rois tribu-nes, qui se rendent en sa cour, pour lui faire hommage,? u < lui font de magmfiqi es prélens, pour marque qu’ilsf rec onnoilTenr pour leur souverain , tandis qu’il vita us Tindépendance , fans relever de Tempereur de lahine,cominele roi deSiam, 8c plusieurs autres beaucoupP us riches que lui. II y a cent ans, ou environ , que le01 d Ava ayant soumis les royaumes de Siam 8c de Pégu,^joins par ] e f er que par le feu qu’il y mit de tous cô-rh hs 6 rendlt aussi maître de Lao , dont il écarta les vé-habitans qu’il contraignit d’alkrpeupler le Pégu.Vuelqu es années après, les Langiens, consternés de leur> sonnèrent entr’eux une conspiration, afin de pou-lr recouvrer leur liberté. Us convinrent tous, qu’à jourornrne, l’épée à la main , ils forceroient & extermine-fuss nt entiére ment les Péguans, en quelque endroit qu’ilsCette entreprise fut exécutée avec un entier suc-Jb &c ils auroient p u aisément se rendre maîtres de toutleurTr 6 ’ ^ s en conserver la possession, fi Tamourdeleur nr/m- "E les eut fait retourner sous les armes danscommandé "> a ume de Lao , où les Péguans, qui ycombats 8v ient m VeC insole nce, furent défaits en diversPsuTnés ’Aìn P r, dlrent 1 Vec Ia vie les biens qu ris y avoientDarf T A " si la ^ ande ville de Langione tut repeuples

L r Uf ^ an p ens » ses naturels habitans, qui. au bruit de

Êne „ 5 e cle le ! lrs ennemis, s’y étant rendus des monta-* es Cir convoisines, 6c des forêts qui leur avoient servi

Lao y

cle retraite pendant cette persécution , rétablirent ceroyaume dans fa premiere splendeur , Sc reconnurentleur roi légitime. Celui d’Ava , qui possédois alorsle Pégu, ne se trouvant pas en état de se venger desLangiens, dissimula son ressentiment, 6c feignit de vou-loir vivre avec eux en bonne intelligence , quoiqu’il fitsecrètement des préparatifs de guerre , que fa mort arri-vée en 1647, ruina entièrement. Le prince, qui succédaà la couronne d’Ava 6c de Pégu, envoya des ambassa-deurs chargés de riches présens au roi de Lao, n’exi-geant de lui, pour vivre en paix, qu’un éléphant tousles ans pour tribut, &c une des plus belles filles qui se-roient dans son royaume. Le roi de Lao, irrité de laproposition , fit enlever aux ambassadeurs tout leur équi-page, & voulut que Ton s’assûrat de leurs personnes, aprèsquoi, il envoya quelques compagnies de ses meilleurestroupes fur les frontières de Pégu, où le roi d’Ava avoitfait toutes ses munitions de guerre, fans les précautionsnécessaires pour les garder. Les Langiens ayant mis lefeu aux magasins, rompirent par ce moyen toutes les me-sures de ce prince, qui étant haï de ses sujets, n’osa li-vrer combat aux Langiens, dans la crainte d’une révolte.

Le roi de Lao tire, un revenu très - considérable dubenjoin , qui croît dans son royaume, en grande abon-dance, 6c dont Tespece est excellente. Aussi est-il dé-fendu à qui que ce soit d’en laisser emporter aux étran-gers. II produit aussi la laque dont on se sert pour fairela cire que Ton nomme d 'Espagne. Ce n’est qu’une terrequi se rencontre dans quelques forêts autdur des fourmi-lières. Ce même royaume fournit plus d’ivoire qu’onn'en peut trouver ailleurs, les élephans y étant en sigrand nombre, qu’il en a tiré son nom, puisque le motde Langiens signifie proprement milliers d 1 élephans. Ony tire encore de grands avantages de plusieurs autres ani-maux, principalement des bœufs &C des busses qu’on y voiten quantité, des fruits qui croissent dans les jardins, 6c duriz que les terres y produisent. Les rivières y sont rem-plies de poissons de toutes sortes. II y en a de si gros,qu’à peine deux pêcheurs des plus robustes suffisentpour en porter un. La pêche des autres qui sont plus pe-tits est très-abondante ; ce qui fait qu’on en a le poidsde cent livres pour sortpeu de chose. On les sale commeon fait parmi nous les anchois & les harengs. Les pauvresen font leur provision pour accompagner le riz qui est leurnourriture ordinaire. On fait un grand commerce de selen ce royaume, 6c il s’y forme de cette façon. Des ventsde sud s’élevent si-tôt que les pluies commencent à ces-ser; 6c les terres qui ont été ensemencées de riz , pro-duisent , immédiatement après la moisson, une especed’ecume en forme de neige, laquelle couvrant la cam-pagne l’éspace de plusieurs milles, devient solide, 8c seconvertit en sel, par la force du soleil qui Taffèrmit. Lesnouvelles pluies, qui surviennent après cette seconde ré-colte, purifient de telle sorte ces campagnes, que le rizqu’on y seme cle nouveau , 6c qu’elles produisent dansle teins, a un goût particulier que n’a point celui quicroît dans les autres régions.

Les dignités 6c les charges principales ne font qu’aunombre de huit. Celle de vice- roi général est la pre-mière. Son emploi consiste principalement à se chargerd’une partie des affaires du royaume , 8c à soulager leroi en tomes celles qui regardent le gouvernement. Sile roi vient à mourir, c’est à lui de convoquer les états6 c à disposer de tout comme souverain , pendant l’inter-régne. Alors tous les Mandarins sont obligés de lui obéir.Le royaume étant divisé en sept provinces, on y nommesept autres vice-rois qui ont un pouvoir égal , chacundans le gouvernement qu’on lui confie. Ces sept vice-roissont toujours auprès du roi ; 8c ils paroisient comme sescompagnons d’office 6c ses conseillers, jouissant du béné-fice 8c des revenus du gouvernement, dont ils commet-tent le soin à des lieutenans que chacun y envoie poury commander en son nom. Chacune de ces provinces ases milices, qui consistent en infanterie 6 c cavalerie, dis-tinguées par les officiers de guerre, qui les commandent,6 c dépendent du vice-roi général , 8c celui-la du roi.Les troupes subsistent des revenus qui leur ont été as-signés en chaque province; en forte qu’à leur égard leroi ne fait point d’autres dépenses , quoiqu us soient tousobligés de le servir où les affaires du royaume les appel-lent , fans en rien espérer de plus , tant qu’on les fast