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allez abondantes qui tombent 5 ou 6 jours devant & âpresles pleines lunes, & rafraîchissent la terre. II tombe ausside la pluie pendant les deux mois que le soleil y passe enparcourant les signes du zodiaque. Ce mélangé de pluies &de chaleurs, joint aux vapeurs qu exhalent continuelle-ment les mines d’or Sc de cuivre qui font en assez grandnombre dans le pays, y excite presque tous les jours aucoucher du soleil des tonnerres furieux.
L’air seroit fans doute très-mal sain, s’il n etoit purifiepar les vents du Nord , qui y règnent la plus grande partiede l’année. Si-tôc qu’ils cessent > ce qui n arrive que tres-rarement, tout le pays est affligé de peste - de petite vé-role & de plusieurs autres maladies contagieuses.Mais aussiquand les vents continuent de souffler de même force,tout le monde se porte bien ; la plupart des hommes yjouissent d’une santé parfaite jusqu à l’ige de cent ou datr-six-vingt ans.
De toutes les provinces qui composent ce royaume, iln’y en a point qui n’ait quelque avantage particulier qui larend nécessaire aux autres. Celles où l’on ne voit que desrochers & des montagnes inaccessibles, des plaines inha-bitables , des chemins si difficiles que les chevaux Sc leséléphans même ont de la peine à s’y soutenir , ne laissentpas , toutes ingrates qu’eJles paroissent, de contribuer au-tant que les autres 2 la richesse du pays ; car dans quel-ques-unes il y a des carrières d’où on tire de rrès-bellespierres, ce qui 11 e se tL 'ouve presque en aucun autre en-droit des Indes. Dans d’autres il y a des mines d’or > decuivre & d’etain. Les mines & les rivières de la provincedeTroja fournissent une assez grande quantité de poudre,d’or. „
L e s forets sont remplies d’ébéníers , de bois de Calam-bone , de calamba, de sandale, & d’autres espèces donton se sert pour teindre en verd Sc en écarlate. Mais le boisJe plus commun, c’esl celui de charpente & de menuise-rie -, car il ne se vend pas davantage que celui qui s’achétecn Fr.ance pour briller. De-là vient qu’on y bâtit des vais-seaux à meilleur marché, qu’en aucun port d’Europe. Ontrouve encore dans les forêts des bambous, ce sont descannes fort droites, qui peuvent avoir quatre ou cinq toi-ses de hauteur, filles font si solides & si dures, quand ellesfont en maturité > que les naturels du pays en font des ca-bannes, dc petits bateaux Sc des flèches. Leurs branchesfont armées de longues épines venimeuses qui en défen-dent les approches. Lorsqu’elles commencent à germer onles coupe par tranches, & on s’cn sert dans les meilleursragoûts.
II y a d’autres provinces que la nature semble n’avoirfait que pour le plaisir des habitans. Les campagnes sontcouvertes de citroniers & d’orangers, les oiseaux chantenttoute l’année ; il y a des fruits murs dans toutes les saisons.La campagne & les jardins ne sont jamais fans fleurs. Laplus belle de toutes ces fleurs est celle qu’on nomme Boit-gna Gêné Maura : elle a quelque chose du lis ; mais sonodeur est plus douce & sc fait sentir de plus loin. Les na-turels du pays en tirent une essence admirable, dont ilssc parfument pendant leur vie , & qui sert à les embaumeraprès leur mort. Sa tige peut avoir deux piés : elle est pro-duire par une grosse racine fort amère, Sc dont on se sertpour la guérison de plusieurs maladies, sur-rout des fièvrespourpreulès& pestilentielles.
Parmi les oiseaux qui y naissent, ou que la beauté dupays y attire des isies voisines, il y en a quelques uns quine sc voient point en Europe. On y a aussi des bœufs, desvaches, des chèvres > des cerfs ,des sangliers Sc des liè-vres. II n’y a point de tigres , de lions, d éléphans, ni derhinocéros ; mais les singes y sont si forts, si méchans &en si grande quantité, qu’on en seroit très-íncommodé ,si la nature b’ y avoir fait naître une espèce de ferpens quileur donne continuellement la chasse. Quelques-uns deces ferpens sont d’une grosseur prodigieuse, & avalent unsinge tout entier , quand ils peuvent l’attraper.
On a dans ce pays, & en grande abondance , les can-nes de sucre , le poivre, le bétel & l’arek. Ces peuplesont reconnu fans doute que leur terre n’étoit pas proprepour la noix muscade , ni les autres épiceries , puisqu’ilsn’ont point coutume d’en planter ; mais ils ne laissent pasd’en avoir autant qu’il leur en faut pour leurs besoins , Scpourcn vendre même aux marchands étrangers ; car, mal-gré la vigilance des Hollandois, les Macaffarois tirent des
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isies de Bouton & d’Amboine , la charge de quatre ou cinqgrands vaisseaux de tomes sortes d’épiceries. Le ris est ad-mirable Sc beaucoup meilleur qu’en aucun autre endroitdes Indes: il y en a de blanc & de noir. Tous les fruits yfont d’un goût plus fin Sc plus exquis que par tout ailleurs.Les meilleurs de tous font les mangues, Jes oranges, les me-lons d’eau , les figues. A la vérité la vigne ne profite pointdans tout le Macassar ; aussi n’y boit-on point de vin. Maisla providence a suppléé à ce défaut par le grand nombrede palmiers qui croissent dans le pays : la liqueur que l’ontire de ces arbres est fans exagération aussi agréable que lesmeilleurs vins de France , quoiqu’elle ne soit pas tout-à-fait si faine. On voit de vastes plaines couvertes de coton-niers ; & le coton que produisent ces arbres est un des plusfins des Indes, quoiqu’il y croisse aussi un coton plus grosSc plus commun.
Tout le royaume n’est arrosé que par une seule rivière ,qui du septentrion au midi le traverse par le milieu, depuisun bout jusqu’à l’autrc. Son embouchure est dans le détroitde Macassar, environ le cinquième degré de latitude méri-dionale. Elle a dans cet endroit plus d’une demi lieue delarge ; plus haut elle peut avoir trois cens pas, & par toutailleurs elle n’est pas plus large que la Seine l est à Paris.Elle mouille les murailles de Mancassara , qui est la ca-pitale du royaume. Elle sc répand dans le pays par une in-finité de bras , qui l’enrichiílènt beaucoup > à cause de lafacilité quils donuenr au commerce.£nrre plusieurs fortesde poissons, il y a dans de certains endroits qui ne font pashabités des sirènes d’une prodigieuse grandeur. Leurs na-geoires de devant, que la nature a raillées en 'forme demains, n’ont lien de différent de celle qui se voit à Parisdans la bibliothèque de l’abbaye de sainte Geneviéve.Quoi-que monstrueuses, elles ne sont pas à beaucoup près sidangereuses que les crocodiles, dont cette riviere est par-tout infectée, principalement quinze ou seize lieues au-dessus de son embouchure. Le lit de cette riviere est assezprofond pour porter les plus grands vaisseaux ; mais il estsi inégal qu’une barque de cinquante tonneaux nc s eut pasnaviger plus d’une demi-iieue fans y échouer. Les Macas-farois sc donnent bien de garde d’y faire entrer leurs grandsvaisseaux ; ils ont des ports furs Sc commodes dans plu-sieurs provinces.
II n’y a peut-être point de peuples dans les Indes quinaissent avec de plus grandes dispositions que les Macassa-rois , pour réussir dans les armes, les sciences Sc les arts. Uscomprennent aisément les choses les plus difficiles : ils rai-sonnent assez juste, Sc n’oublient presque jamais rien detout ce qu’ils ont une fois appris ; mais ils manquent debons maîtres qui sachent mettre en oeuvre tous ces richestalens de la nature.
Les qualités du corps répondent à celles de Fefprit : ilssont grands & robustes -, ils aiment le travail Sc font capa-bles de résister à la fatigue. Leur teint n’est pas si basanéque celui des Sîan^ois , mais ils ont le nez beaucoup plusplat. Ce nez qui les défigure à nos,yeux, est une beautéchez eux. Si-tôt qu’ils font venus au monde, on les couchenuds fans langes Sc fans maillot dans un petit panier d’o-sier : leurs nourrices ont foin presqu’à toutes les heures dujour de leur applatir le nez , en appuyant doucement lamain dessus, Sc en le frotant avec dc I’huile on de Beautiède. On leur store de même toutes les autres parties ducorps, dans la pensée que cela contribue à les faire croître& à les rendre plus agiles & plus souples. De-íà vient fansdoute qu’il n’y a ni bossus, ni boiteux chez eux, & qu’ilsont tous hommes Sc femmes la taille assez dégagée. Onles sevré un an après leur naissance. On s’imagine qu’ilsauroient moins d’cfprir, si on les laissoit terrer plus long-tems.
Les enfans de qualité ; d’abord qu’ils ont atteint l’agcde cinq ou six ans , font mis en pension chez un parent,ou un ami de la famille , de peur que les caresses dc lamere n’amollissent leur courage, & qu’une tendresse réci-proque ne les retienne à la maison , íorsqu’ils sont en âged’aller à la guerre. A sept ou huit ans on envoyé les garçonsà l’école chez les Agguis, qui font les prêtres du pays. CesAgguys donnent leçon deux fois le jour,une heure le matinSc une heure l’après midi : ils leur apprennent à compter,à expliquer l’alcoran , à lire & écrire. Leurs caractères ap-prochent assez des lettres arabesques. Deux ans suffisentpour rendre un écolier savant, parce que ces Agguys soqt