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Tome quatrième. M - P.
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côté des portes Foncaral &’A Icala, à six lieues de cetteuniversité, à sept de LEscuríal , & à neuf de Puerto deGuadarama. Tous ces lieux ont des montagnes très-éle-vées , dont on voit de loin les sommets couverts de neige.La ville de Madrid n’a ni fortifications , ni sosies ; elle n’estfermée que par de très-mauvaiscs murailles, que les pro-priétaires des maisons situées aux dernieres extrémités dela ville font & entretiennent pour fermer leur terrein ducôté des champs. On y voit néanmoins quelques portes ;mais elles n’ont rien qui réponde à la grandeur de la ville :elles font fermées de nuit, excepte celle de Segovie. Ellesfont gardée* par des commis bien armes pour empecherles fraudes 8 c la contrebande. Une partie de ces commisest à cheval Sc l’autre à pied, & l’un d’eux fe détache pouraccompagner les marchandises aux bureaux des droitsd’entrée & de sortie ; car ils ne les perçoivent pas eux-tnêmes. * Mémoires commu»iÇ[ ues •

Les rues de Madrid , que l’on appelle Calle , font pres-que toutes larges, longues Sc droites ; mais asiez mal pro-pres Sc pavées de méchans petits cailloux , qui les rendentfort incommodes. Les ph’ s belles font la calle Major, lacalle de Tolede, la calle d’Atocha , Sc la calle d’Alcala.11 y a aussi diverses belles places publiques, entr’aimescelle de San-Domingo , 1 a calle Anchade San-Bernardo,de San-Geronimo, los Canos del serrai Anton Martin,où il y a un grand hôpital, Sc celle de la Sebada , où fetient le marché aux chevaux. La plus grande Sc la plusbelle est celle où l’on célébré la fête des taureaux : on Rap-pelle la Plaça Mayor. Elle est au milieu de la ville ; falongueur est de 43 4 pieds, fa largeur de 334 pieds , Scson circuit de 153 6 . II y loge plus de quatre mille per-sonnes dans cent trente-six maisons, dont elle est envi-ronnée. Ces maisons font toutes semblables. Elles fontles plus hautes de Madrid : chacune a cinq étages, avecun balcon à chaque rang de fenêtres. Toutes ces maisonsfont soutenues par des pilastres , qui forment autour dela place une longue Sc belle galerie, où l’on peut fe pro-mener à couvert. Ce font des négocians qui habitent cesmaisons. Les marchands drapiers en occupent la plusgrande partie. Dans le milieu de la place fe tient le marchéde Madrid. Lesjiommes y vont faire leurs provisions pourles besoins du ménage ; car les femmes ne s’en mêlentpoint. Les rues & les places de Madrid font ornées d’uneinfinité de belles fontaines, de marbre & de jaspe, Scembellies de statues. Les plus grandes fournissent d’eau àune grande partie de la ville. Les eaux en font très-bonnesSc très-légeres.

L’air est aussi très-pur Sc très subtil à> Madrià» maisfroid dans certains tems, à cause du voisinage de^inon-tagnes.

Les pierres n’y font pas cheres, parce qu’on les tire àcinq, six ou sept lieues de-là. Les maisons font belles,spacieuses, commodes, bâties de brique & de plâtre , Scentrelacées de bois. Elles ont presque toutes une cour ; leshôtels des grands Sc quantité d’autres ont des portes co-chères. Ce qui sert d’ornement font de grandes fenêtresde menuiserie bien façonnées, & les balcons garnis d’unejalousie souvent colorée. Les femmes sortent plus fié-quemment qu’on ne le prétend dans ses pays étranges ; &quand elles font au logis, elles fe mettent au balcon pourregarder les pafìans Sc respirer l’air après le soleil couché.On trouve plusieurs maisons fans vitres, non parce que leverre y est rare , comme on le suppose , mais parce que ,suivant la coutume , les locataires font mettre le vi-trage à leurs frais, Sc lorsqu’ils délogent, ils ont soin del’emporter.

Quand on bâtit une maison, le premier étage qu’onélève appartient au roi, qui peut le vendre ou louer , àmoins que le propriétaire ne prenne le parti de l’acheter.Les grandes maisons ont ordinairement douze , quinze Scvingt pièces de plein pied à chaque étage ; Sc il y a un ap-partement pour l’hiver, Sc un pour l’été. Quelques-unsen ont pour chaque saison de l’année.

Hovs de la ville on voit une petite vallée au milieu delaquelle passe le Mançanarès.Ce n’estni un ruisseau, ni unerivière, & si l’on veut s’y baigner , il faut y creuser unefosse. C’est - là que Philippe II. fit bâtir un magnifiquepont , que les connoisseurs trouvent aussi beau que lePont- neuf fur la Seine à Paris ; on l’appelle Puente de Se-govïa. Ce pont large, grand Sc superbe n’esl d’ordinaire

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mouillé d’eau qu’au pied de quelques piles : ce qui a faitdire: Que ce feroit un beau pont, s’il avoit une riviere.11 paroït d’abord assez singulier qu’on ait bâti un tel pontdans un lieu qu’un enfant peut passer à pied sec en été.Mats il ne faut pas s’imaginer que Philippe II. ne l’ait faitbâtir que pour servir à traverser ce ruisseau. 11 y a de i’ap-parence qu il n’entreprit cet ouvrage, qu’afin qu’on pûtpalier plus commodément le fond de la vallée. D’ailleursle Mançanarès n’est pas toujours si petit ; il grossit quel-quefois en hiver si considérablement par les torrens quis’y jettent, qu’ils couvrent les campagnes voisines ; Scroule alors ses eaux avec tant de rapidité, qu’il entraînetout ce qu’il trouve en son chemin. Ce pont a onze censpas de longueur sor vingt-deuxde largeur dans l’espacede.sept cens pas ; le reste est plus étroit de la moitié. II est6out bâti de pierres de taille, & bordé des deux côtésd’une muraille à hauteur d’appui, fur laquelle, de trois entrois pas, on voit de grosses boules de pierre, supportéespar des quartés de même matière. Cet ouvrage a coutéplusieurs centaines de milliers de ducats. II y a apparencequ’on lui a donné le nom de pont de Ségovie , parce qu’ilsemble avoir été bâti à Limitation de cet ancien & superbeaqueduc , qui subsiste encore à Ségovie. Le Mançanarèsqui coule sous ce magnifique pont, n’entre point dans laville j il passe à côté, vis-à-vis du->palais royal.

A Lune des extrémités de la ville est le palais du roi. IIest situé au midi fur une éminence, qui a fa pente ducôté de la riviere, Sc une grande terrasse. L’aîle du palaisa la vue fur la campagne , fur le Mançanarès Sc les char-mantes promenades qui règnent le long de ses bords, cequi forme un afpeét des plus agréables. Les avenues dece palais font très belles. Au-devant de la façade on trou-ve une grande place ; deux pavillons terminent la façade *& trois grandes portes d’architecture assez simple con-duisent à deux grandes cours. Au fond est l’escalier quimene à l’appartement du roi Sc de la reine. II y a aussi plu-sieurs autres cours construites toutes en quarté, & envi-ronnées d’un rang de colonnes qui soutiennent les galeries.Ces sortes de portiques sont à la mode en Espagne 3 ondit qu’ils ont pris cet usage des Maures. La plupart désgrandes maisons font bâties de cette maniéré. On va encarosle jusqu’aux portes du palais , ce qui est presque im-possible , quand il y a des feux de joie ou autres fêtes, àcause de la grande affluence du peuple. Autrefois un pe-tit nombre de hallebardiers lé tenoient aux portes. 11 s’enfalloir beaucoup que le roi 11’eût une garde proportionnéeà fa puissance Sc à fa splendeur. La raison que l’on en don-noit ne souffre point de répliqué. On difoit qu’un mo-narque qui règne fur le cœur de ses sujets, n’a pas besoind’avoir une garde. Mais depuis l’avénement de PhilippeV. il y a dans la grande place deux corps de gardes ; l’un ,pour une compagnie de cent hommes de gardes espagno-les , & l’autre , pour un pareil nombre de gardes walo-nes , qui gardent ensemble les dehors du palais. Les portesextérieures des appartemens sont gardées par les halle-bardiers , & les intérieures par les gardes du corps du roi,dont il y a trois compagnies, chacune de deux cens hom-mes ; savoir , espagnole, italienne & flamande. Les por-tiques des cours sont occupés par des boutiques de mer-ciers Sc clincaillers; Sc divers conseils qui éroient dans lesappartemens qui donnent fur ces cours, ont été transfé-rés depuis peu d'annees au palais de la reine-mere, vis-à-vis de Nuestra Senora de Almudena, de même que latrésorerie 8 c les contadoreries.

Les appartemens sont beaux 3 les chambres Sc les gale-ries sont ornées de statues rares & de bustes bien travaillés.On voit aussi de tous cotés de riches «Se excellera tableauxde la main des meillehrs maîtres. II y en a un entr’autresde Michel Ange qu’on dit avoir couté quinze mille pisto-les à Philippe IV. II représente Notre Seigneur dans lejardin des Oliviers. Les chambres sont encore parées detrès belles tapisseries & de meubles magnifiques, en unmot, dignes de la grandeur du maître. Entre les folles onremarque celle des armes , qui est à l’autre bout de lagrande place, vis-à vis le palais. Elle est longue de centpas, tome peinte Sc garnie de tous côtés d’un grand nom-bre de garde-robes, où l’on voit les armes de Charles V.de Philippe II. de Philippe III. & de Philippe IV. Lesunes sont argentées, les autres dorées, Sc quelques-unesciselées. Elles font accompagnées d’une infinité de pista-