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avec le peuple Romain qui les aimoit fort ; & le cré-dit des Marseillois fut si grand, qu’ils obtinrent la ré-vocation d’un décret du sénat, par lequel si étoit or-donné que Phocée en Ionie seroit ruinée jusqu’aux fon-demens, pour avoir tenu en Asie opiniâtrement le partide l’imposteur Aristonique , qui vouloir s’emparer duroyaume d’Attale. On voir par-là que les Marseilloisreconnoissent pour leurs auteurs les Phocéens d'Ionie oud’Asie, ôc non pas ceux de Grece.
Les Romains qui les protégeoient, firent la guerre auxSalves, qui opprimoient ces alliés de la République -, &c’est Marseille qui a donné lieu à la conquête de la GauleTransalpine , en ouvrant la porte aux conque tans.
Les Marseillois furent eux-mêmes assiégés Sc pris parJules César, parce qu’ils avoient embrasse le parti de Pom-pée. Après avoir perdu leur puissance , ils s occupèrent àamasser des richesses, ôc ils s’abandonnerent même auxplaisirs ; de forte que les mœurs de Marseillois passèrentcn proverbe, pour marquer celles des gens perdus dansle luxe & la débauche , comme Athénée nous l’apprenden son douzième livre, où il marque que ces gens laavoient quitté leur inclination aux armes > 8 c renoncé àleurs mœurs sévères Sc frugales. Ils cultivèrent les sciencespendant long-tems, 8 c c’est par eux que les Gaulois scdéfirent de leur premiere barbarie ; ils apprirent même ré-criture des Marseillois. César, dans 1 e premier livre de scscommentaires de la guerre des Gaules , dit que le registredes Helvétiens ou Suisses, qui fut pris par les Romains ,étoit écrit en caractère grec, qui ne pouvoir être venu àce peuple que de Marseille ville grecque. Pythéas quiétoit de cette ville (a) Sc qui vivoic du rems d’Ale-xandre , a été , scion Gassendi , le plus ancien de tousles gens dc lettres qu’on ait vus en Occident. II estglorieux à la France » comme le remarque Cassini ,Mémoires de mathémat. & de physique de l’académieroyale des sciences du 31 Mars 1692. le plus grand astro-nome de notre tems, d’avoir éu une personne capablede porter les spéculations à un point de subtilité, oùles Grecs qui vouloient passer pour les inventeurs deroutes les sciences, n’avoient pu encore atteindre. Mar-seille peut sc vanter d’avoir donné l’entrée aux sciencesdans les Gaules, d’avoir formé l’une des trois plus fameu-ses académies du monde , 8 c partagé ses écoles avecAthènes & Rhodes (b). On venoit à Marseille de toutesparts pour y apprendre les belles lettres & la philoso-phie. La politesse y étoit si grande , que les Romains yfaisoient élever leurs enfans. (a) Tournefort , Voyage duLevant, t. 1. p. 3. (b) Tacit. in vita Agric, c. 4.
Les habitans dans la fuite quittèrent leur anciennelangue pour le latin \ c’est pourquoi Agathias, dans l’histoi-re de Justinien, dit que Marseille autrefois Grecque »étoit devenue barbare. Rome Sc l’Italie ayant été subju-guées dans le cinquéme siécle par les Hérules , Marseillevint au pouvoir d’Euric roi des Wisigots, & de son filsAlaric, après la mort duquel Théodoric roi des Ostrogotsoccupa cette ville avec le pays voisin ; scs successeurs lacédèrent aux rois François Mérovingiens, qui en jouirentjusqu’au tems de Charles Martel. Alors le duc Morontes’en rendit le maître, Sc se mit sous la protection des Sar-razins. Enfin, étant vivement pressé par les François, ils’enfuit par mer ; après cela Marseille obéit aux Carlovin-giens ; elle fut ensuite sujette des rois de Bourgogne Scd’Arles. Ce fut fous le régné de Louis l’Aveugle , ôc legouvernement d’Hugues comte d’Arles, que les Sarrazinsqui s’étoient fortifiés & établis fur les côtes de Provence,cn ruinèrent toutes les villes maritimes , & entr’autresMarseille que 1 eveque Drogon fut obligé d’abandonneravec son clergé , 8 c de se retirer à Arles pour implorer lesecours de 1 archevêque Manaffès. Cc primat donna auclergé de Marseille pour fa subsistance le revenu de l’ab-baye de S. André dans la Camargue, avec d'autres biens.L’acte de cette donation, datée du 4 Janvier l’an 913. estdans un ancien manuscrit de S. Victor de Marseille , oùon lit ces mots : Majfdienji episcopo Drogoni , qui ob inva-fionem Saracenorum ab eeelefia ejeclur, fìngulntoso planEiuadiit ,&c. Marseille fut ensuite rétablie fous le régné deConrad le Pacifique. Les comtes d’Avles, qui dominoientcn tous ces pays la, rendirent au monastère de S. Victor& aux autres églises de Marseille [ sous l’épiscopat d’Ho-norat] tous les biens qu’ils avojent usurpés.
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Il y avoir alors à Marseille des gouverneurs qu’on ap-pelloit vicomtes , qui se rendirent absolus fur la fin dtfdixième siécle. Guillaume a été le premier vicomte pro-priétaire de Marseille ; Sc on ne prouve point qu’avantlui il y ait eu aucun seigneur héréditaire. Guillaumemourut l’an 1004. 8 c laissa fa vicomté à ses descen-dans. Ces seigneurs avoient la coutume de partager éga-lement entre frétés , fans avoir égard au droit d’ainesse »de sorte qu’il y a eu en même tems plusieurs vicomtes àMarseille. Ces vicomtes setoient rendus souverains»prenant le titre par la grâce de Dieu , & ils ne rele-voient que del’Empire. Toutes les portions de la vicomtéayant été réunies dans la personne de Hugues Géofroy ,elle fut partagée de nouveau après fa mort entre scs cinqsilSjRaimond, Géofroy , Barrai, Guillaume le Gros, Hu-gues Géofroy, &Roncelin. Ce dernier vendit fa part à unbourgeois de Marseille: mais elle'fut rachetée par lacommunauté de la ville ; ensuite Raymond Géofroy ven-dit la sienne à la même communauté. Barrai n’ut qu’unefille , nommée Barrale, qui épousa Hugues des Baux.Elle vendit fa part aux Marseillois. l’an 1226. La villeacquit encore la portion d’Adalasie, qui avoit hérité aprèsla mort de scs trois frétés de tous les biens du vicomteHugues Géofroy. Guillaume le Gros n’eut qu’une fillenommée Mabille Sc mariée à Gérard Adhemar, seigneursouverain de Monteil ou Montelimar. Les Marseilloisacquirent encore fa part, devinrent ainsi souverains, 8 cleur commuante sc trouva une république libre.
Charles comte d’Anjou, frété de S. Louis, étantcomte de Provence, voulut subjuguer les Marseillois dèsl’an 12JI. mais il se contenta pour lors de quelqueslegères soumissions & d’établir des officiers dans la ville.Les habitans fiers 8 c indomtables ayant fait quelquesinsolences contre ces officiers & contre le prince quiétoit absent, ils furent déclarés criminels par les jugesd’Aix, qui réunirent le domaine de Marseille à celuidu comté de Provence. Les habitans effrayés de la puissancqdu prince , se soumirent ; ils obtinrent leur pardon,en remettant à Charles la vicomté & la seigneurie dcMarseille, qui ne fut point unie au comté de Provence,ôc fut regardée comme un état séparé. La même annéeCharles acquit par échange de Benoît , évêque de Mar-seille, la part qui appartenoit à l’évêché & à son églisedans la seigneurie de cette ville.
Les habitans de Marseille voulurent encore secouerle joug l’an 1262. mais ils n’y purent réussir, le jougqu’on leur avoit imposé fut appesanti. 11s ne laissèrentpas de sc maintenir dans plusieurs grands privilèges, necontribuant en rien aux charges de la province, ne vou-lant pas même passer pour des terres adjacentes, ne recon-noissanc pas les rois en qualité de comtes de Provence,soutenant qu’ils n’étoient sujets de ces princes , que com-me seigneurs particuliers de la ville de Marseille, affectanttoujours le titre de libre, Sc se soumettant seulement àla jurisdiction du lieutenant'de la sénéchaussée, établi dansMarseille par François I. ôc en cas d’appel à la jurisdictiondu parlement d’Aix.
Enfin, l’an 1660. le feu roi Louis XIV. étant allé enProvence, subjugua les Marseillois, les priva deleur liberré,fit bâtir une citadelle fur le port au dessus de l’abbayede Saint Victor, Sc fit faire des fortifications à la tourde S. Jean, qui est vis à vis de la citadelle à l’entrée dtfport.
Strabon, /. 4. le plus éxact des anciens géographes,tour prévenu qu’il étoit en faveur des villes d’Asie (a) toù l’on n’employoit que marbre & que granit, décritMarseille comme une ville très bien bâtie ôc d’une gran-deur considérable , disposée en maniéré de théâtre autourd’un port naturellement creusé dans les rochers (b). Peut-être même étoit-elle encore plus superbe avant le regnCd’Auguste, sous lequel vivoit Srabon ; car cet auteur par-lant de Cysiqoe, comme d’une des plus belles villes d’Asie >remarque qu’ellc étoit enrichie des mêmes ornemens d’ar-chitecture > qu’on avoit autrefois vus dans Rhodes, dan*Carthage Sc dans Marseille. On ne trouve aujourd’h 11 *aucuns restes de cette ancienne magnificence. En vainy chercheroit-on les fondemens des temples d’Apoll 0 * 1Sc de Diane , dont parle Strabon. On Içait seulementque ces édifices étoienr fur le haut de la ville. On ignoreaussi l’endroit où Pytheas fit dresser cette célèbre aiguilk