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Tome quatrième. M - P.
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plus de 40 degrés de la ligne au sud. Entre ces deux ri-vières on compte environ treize cens lieues par terre. Cequ'on appelle Lerou en a sept cens cinquante, depuis lariviere Ancasmayu, jusqisà la province des Chicas, quiest la derniere des Charcas, Cec empire parole fort étroit,st on le considéré de 1 orient à l’occident : la plus grandelargeur, depuis la province de Îvluyn-Pampa, par lespays des Chachapuyas, jusqu’à la ville de Truxillo, situéefur la côte de la mer, est de six-vingt lieues ; & ta partiela plus étroite, depuis le port d’Arica, juïqu’à la provin-ce appeliéeLiliaricossa, n’estque de soixante & dix lieues.Telles étoient les limites de l’empire qu’avoient formé lesYncas, & à la plus grande partie duquel on a donné leNom de Perou. * Hi/i. dei Yncas , 1 . 1. c. 8.

Selon la tradition du pays, les originaires du Perûu me-Noient une vie peu différente de celle des bêtes. Les unschoisiffoient des dieux conformes à leur brutalité , ren-dant les honneurs divins anx choses du monde les plusviles ; les autres, qui n’adoroient rien , n'étoient occupésUniquement que du foin de satisfaire leurs passions. Lesuns & les autres ne commencerent à vivre en hommesraisonnables, qu’à mesure que les Yncas les soumirentôc les forcerent à recevoir les loix & la doctrine qu’ilsavoient établies. C’est alors que l’Etre suprême fut adorédans le pays, fous le nom de Pachacamac. Ceux de lavallée de ce nom lui avoient bâti un fort beau temple.Cependant le soleil étoit regardé chez eux comme ledieu souverain, &l’arbitre de l’univers. On l’áppelloitTécebiracocha , en langage de Cusco. & c’est par fa feuleinfluence que, suivant eux, coures choses furent créées.Us avoient en outre de la vénération pour plusieurs créa-tures inanimées, &soutenoient que le soleil avoir en-fermé un esprit dans chacune de ces créatures ; ainsi quele croient encore les Idolâtres du Perou , & tous les peu-ples voisins. C’est à ces esprits qu ils attribuent le bon ou lemauvais succès de leurs entreprises. Sans le secours d’au-cun livre , ôc par la feule tradition , ils ont conservé jus-qu’à présent, quoiqu’avec beaucoup de confusion , l’hi-stoire de leur origine. 11s disent qu’il vint chez eux desparties septentrionales du monde, un homme extraor-dinaire , qu’ils nomment Choun ; que ce Choun avoir uncorps fans os & fans muscles > qu’il abbaiiToit les monta-gnes, combloir les vallées, ôc lé faisoit un chemin par deslieux inaccessibles. Ce Choun créa Jes premiers habitansdu Perou , ôc leur assigna pour subsistance les herbes ôcles fruits sauvages des champs, ils racontent encore quece premier fondateur du Perou ayant éré offensé parquelques habitans du plat pays, convertit en fables ari-des une partie de la terre , qui auparavant étoit fort fer-tile , arrêta la pluie, dessécha les plantes; mais qu’en-fuite ému de compassion , il ouvrit les fontaines, Ôc fitcouler les rivières. Ce Choun fut adoré comme dieu,jusqu’à ce que Pachacamac vint du Sud. * Voyages de Co-?éal t t. 2. p. 89 & siiiv.

Choun disparut à la venue de Pachacamac, qui étoitbeaucoup plus puissant que lui, & qui convertit en bêtessauvages les hommes que Choun avoir créés. Pachaca-sil ac créa les ancêtres des Péruviens d’aujourd’hui, leura Pprit la maniéré de planter les arbres & de cultiver laterre. C’est lui qu’ils ont depuis ce rems regardé commeleur dieu, à qui ils ont bâti des temples, ôc rendu lesterres honneurs divins. Pachacamac a éré adoré de cetreManiéré jusqu’à la venue des Espagnols.

Us disent qu’il leur apparoifloit en forme humai-ne & que c'étoit sous cette forme qu’il rendoit ses0l 'acles aux prêtres. 11 paraît qu’ils ont ouï parler c’funancien déluge universel, auquel il n’échapa que fortpeu de gens, qui fe cachèrent dans les creux des hau-tes montagnes, où ils s’éroient pourvus de vivres. LesPéruviens ajoutent, que pour voir si les eaux avoientdiminué fur la surface de la terre, on lâcha deux ché-v sos à plusieurs reprises, mais que ces chèvres, n’ayantpu trouver d’herbe à brouter, s’en retournèrent fortmouillées dans la caverne, d’où ils comprirent que lese aux n croient pas encore écoulées ; ce qui les fit res-ter encore dans leur retraite, lis les lâchèrent deux au-tr es fois après cela, & à la derniere ils comprirent,Par la boue qu’ils virent aux pieds des chèvres, que• s eaux achevoient de secouler. Alors ils descendi-lcnt dans la plaine, où ils trouvèrent quantité de fer-

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pens que le limon de la terre avoít engendrés. Ilscroyoient aussi la destruction de l’univers, & qu’elleseroit précedée d’une sécheresse extraordinaire; aprèsquoi 1 air, échauffé par cette sécheresse excessive, s’etn-braferoic de lui-même, allumeroit successivement tou-tes ses parties, & coníumeroic les astres. C’est pourcela que quand ils voyoient quelque éclipse » ils chan-toient des chansons fore tristes, & faiíbìenc des la-mentations, croyant que la fin du monde approchoit.11s croyoient non-seulement la fin de toute la nature,mais aussi son renouvellement & l’immortaíicé de La-me. 11s attendoient la résurrection dés corps : puis-que, quand les Espagnols, nouvellement arrivés auPerou, allerent chercher des trésors dans les sépulcresdes morts, les Péruviens les supplioienc de ne point en-dommager les os de leurs peres, de peur que celán’empêchât leur résurrection.

Les Péruviens ensevelissaient leurs princes & les per-sonnes distinguées avec beaucoup de magnificence; ilsies plaçaient fur des sièges élevés, ôc parés le plus ri-chement qu’ils pouvaient. Ils ornaient ces morts d’unemaniéré superbe, & ensevelissaient ensuite, auprèád’eux deux dç leurs plus belles femmes : car tous les peu-ples de l’Amérique ont toujours pratiqué la polygamie, ôcles femmes étoient assez folles pour se disputer entreelles à qui seroit ensevelie avec eux. On enterraitencore avec ces grands deux ou trois domestiques,qui s’offroient de même volontairement à la mort. 11$ajouraient, pour les besoins de l’aiure vie; beaucoupd or ôc d’argenr travaillé, la plus belle ôc la plus ri-che vaisselle, des fruits, du pain, du maïs, ôc ancrespareilles choses. De rems en rems on alloit servir àboire ôc à manger au défunt, én lui soufflant la nour-riture dans la bouche, par le moyen d’une sarbacane;craignant qu’il ne mourût de faim après fa mort. Ilsle pleuroient plusieurs jours, &c mettoient fa figure estbois fur le sépulcre. L’arcisan y apportoit ses ouvra-ges , & le soldat y met roi r fes armes : tout cela pourhonorer la mémoire du défunt. Le deuil du roi ouYnca duroit pendant toute l’année : le premier moisfans relâche, & dans le cours de l’année on le re-nouvelloit tous Içs quinze jours. Quand les prêtres oumême les personnes distinguées avoient à faire au so-leil quelque prjere extraordinaire, ils montoienr degrand matin au lever de cet astre, fur un haut écha-faud de pierre destiné à cet usage. En quelques lieuxdu Perou, les portes des temples étoient du côté del’est - principalement sons la ligne. 11s y pendoient destoiles de coron peintes de diverses couleurs. On voyoitaussi dans les temples du Perou deux figures de pierretaillée qui réprefentoient deux boucs noirs, & devantlesquels 011 tenoit toujours un feu allumé. On y jettoitdu bois de senteur. On voyoit encore dans ces tem-ples des figures de serpens; mais cela étoit plus ordhnaire vers la ligne & aux environs de Cusco.

Pour les Guacas, dont j’ai parlé , les Péruviens lesvénéroient sous la figure de quelques pierres, & lesregardoient comme les directeurs de leurs actions. Cessaintes pierres étoient selon eux les vicaires ou les com-mis de la divinitjé, qu’ils cpoitnt trop élevée au-des-sus des hommes, pour s’occupcr deux. II n’étoit per-mis qu’aux prêtres dc Rapprocher de ces Guacas : pourcet effet ils s’habiíloicnt dc blanc, se prostemoient enterre » tenant en leurs mains des linges blancs. C’esten cetre posture, qu’ils prioient les Guacas , mai s dansune langue non vulgaire ôc non entendue du peuple.Ils recevoicnt les offrandes que les dévots leur préscn-roient, en enfouissoient une partie dans le temple, Scgardoient 1 autre pour eux. Ces offrandes dévoient erred or ou d’argent. Sil y avoir quelque chose fore extraor-dinaire à demander aux Guacas, ils leur offroienr desanimaux ôc même des hommes, qu’stsoiivroient pourjuger par leurs entrailles, si les Guacas leur seroientpropices ôc si leur colere écoir appaisée ; s ils accorde-roient enfin, où s’iis leur refuseroient encore ce qu’ilsavoient demandé. Ceux qui íaìloicnt les o landes, quirendoient les vœux , ou qui venoient supplier les Gua-cas, s’abslenoicnt du commerce des femmes, ne ces-soient de crier & de hurler route la nuit. lis couroientcomme des extravagans, à 1 honneur des Guacas, &