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pelle Tatar. Tatar donna son nom à une seule tribu , 8ctest d’elle que les étrangers onc emprunte le nom de 1a-tars qu’ils donnent maintenant à toute la nation turque.11 est impossible de due positivement à quelle occasioncela est arrivé ; cependant il paroît que nous devonsTissage de ce nom , dans l'étendue où on le prend à pré-sent , aux missionnaires nestoriens , que nous savons avoirétendu fort loin , dans les neuf Sc dixième siécles , leursconversions du côté du Tangut, & des autres provincessituées à l est de ce royaume , qui étoient occupées alorsparles différentes branches de la tribu des Tartares, &par les alliés de cette tribu ; & comme ces missionnairesprétendoient donner une grande idée au monde de l’avan-tage qui revenoit au christianisme , ils ne manquoient pasde vanter la puissance des princes Tartares, aux cours des-quels ils avoient accès, leur attribuant des empires, destitres Sc des richesles, qui ne fubsistoienr que dans leurimagination ; mais ils n’avoient garde de dire que lesMogoules , chez lesquels ils n’avoienc point d’accès,avoient des princes du moins aussi puiílàns que ceux desTartares ; peut-être qu’ils n’avoient aucune connoillincedistincte de cette branche si considérable de la nation tur-que, qui habitant pour lors au nord de la tribu des Tar-tares , pouvoit être regardée par eux , posé qu’ils en euffencquelque connoilíance , comme un peuple sauvage & bar-bare. Quoi qu’il en soir, il y a apparence que le monde ,prévenu par les insinuations de ces millionnaires, se sicinsensiblement une habitude de donner le nom de Tarta-res à tous les peuples qui habiroient dans l’Asie septen-trionale , & qu’elle étoit établie du tems de finvafton deZingis-Khan dans l’Asie méridionale ; car quand on sçutque ce prince des Mogoules étoit eu même-tems souve-rain des Tartares , on crut aussi que tous les peuples de cesquartiers étoient des Tartares. Les Chinois , qui ne semettent guère en peine de ce qui se passe chez leursvoisins , ne fe font accoutumés de donner le nom deTartares à toute la nation turque en général, que parcequ’ils n’en connoisiòient que la feule tribu des Tartaresqui habitoit fur leurs frontières, & avec laquelle ils avoientaffez souvent des démêlés.
Les Tartares, tant Mahométans, que Callmoucks ScMoungales, prennent autant de femmes légitimes.qu'ilsveulent, & y ajoutent souvent ùn grand nombre de con-cubines , qu’ils choisiííènt d’ordinaire parmi leurs esclaves.Les Tartares Mahométans observent quelques degrés deparenté, dans lesquels il leur est défendu de fe marier ;& les Calmoucks & les Moungales, à l’exception de leursmeres naturelles, n’observent aucune proximité de sangdans leurs mariages. Les enfans qui naissent des femmeslégitimes ou des concubines , font également légitimes &habiles à hériter de leurs peres ; toutefois avec cette réser-vation , que si le pere a été khan ou chef de quelque tribu,Jes siîs iflus des femmes légitimes lui succèdent toujourspréférablement à ceux qui font nés des concubines ; celas entend si long-tems que la violence ou l’intrigue n’endispose pas autrement.
Tous les Tartares font accoutumés de tirer la mêmenourriture des chevaux que nous rirons des vaches & desbœufs : ils ne mangent communément que de la chair decheval & de brebis, rarement de celle de bœuf ou devache , qu'ils n'estiment pas à beaucoup près si bonne.Le lait de jument leur sert aux mêmes usages que le lait devache à nous, & on assure que le lait de la jument estbien meilleur. Outre cela, il est à remarquer que quasipar route la grande Tartarie , les vaches ne souffrent abso-lument point qu’on leur tire le lait, elles en nourrissentà la vérité leur veaux ; mais «sabord qu’on les leur ôte,elles ne se laissent point approcher pour se faire traire,elles perdent meme incessamment le lait des qu elles nevoient plus leurs veaux ; en forte que c’est une espèce denécessite qui a introduit l’usage du lait jument chez lesTartares. Ils savent tirer de ce lait une eau-de-vie en lefailant aigrir dune certaine maniéré pendant deux nuits ,ensuite ils le mettent dans un pot de terre , qu’ils ont foin•de bien boucher par-tout ,6c ap^ès y avoir mis un tuyau ,ils le font palier au feu , & cette eau-de-vie n’est pasmoins bonne ni moins claire que celle que nous distillonsde nos grains ; mais il faut pour cet effet qu’elle soit pasicedeux fois au feu : ils donnent 1c nom â’ Arack à cette eau-de-vie , à l’exemple des Indiens leurs voisins, qui appellent
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toutes leurs liqueurs fortes de ce nom.
Tous les Tartares en général aiment la boisson ; Sc lors-*qu’ils peuvent avoir des liqueurs forces , ils en boivent jus-qu’à ce qu’ils tombent par terre ; en quoi ils différent extrê-mement du reste des Orientaux , qui ont généralement í’y-vrognerie en horreur .Lorsque les Tartares veulent fe réjouirenrr’eux , ils apportent chacun autant de boilíòn fortequ’ils en peuvent ramaller, Sc boivent nuit & jour , fansbouger de la place , jusqu’à ce que le coût soit consumé.Les Tartares Mahométans font obligés par les devoirs deleur culte , d’y apporter plus de ménagement que les Tar-tares païens ; Sc c’est pour cette raison qu’on ne remarquepas tant ce défaut aux Tartares Uíbecks , de la Crimée Scde Budziack , qu’aux autres qui vivent fous la protectionde la Russie, Sc qui ne font que des Mahométans à grosgrain , en quoi il y a apparence que le climat , où lespremiers habitent, bien plus doux que celui des autres ,leur est d’une grande aide ; car nous voyons que par uneinclination naturelle, rous les peuples qui habitent vers lenord font adonnés aux boisions fortes. C’est par cette rai-son que les Espagnols & les Italiens font moins adonnés àla botston que les Allemands & les Anglois , ceux-ci moinsque les Polonois, les Danois & les Suédois, &c ces der-niers moins que les peuples de la Novégue , de la FinlandeSc de la Russie. La même proportion a encore lieu dans lagrande Tartarie , où les Tartares Uíbecks & les Call-moucks , qui habitent dans le Tangue , font moins adon-nés à ce .vice que les Moungales Sc les Callmoucks quihabitent au nord de la Chine &c dos états du grand Mo-gol , & que les autres Tartares Mahométans, qui habi-tent au nord de la mer Caspienne , & ces derniers bienmoins que les Tartares qui habitent dans la Russie & iaSibérie , ce qui ne peur provenir que d’un tempérament Scd’un sang plus froid dans ces nations , á mesure qu’elles ha-bitent plus vers le Pôle.
Tous les Tartares aiment encore beaucoup le tabac : ilsfument tous, grands Sc petits , hommes & femmes, avecexcès. Cette passion de fumer est si grande chez les Toun-gous, les Ostiakes, les Samoyédes & autres peuples païensde la Sibérie, que pour ne pas perdre la fumée du tabac ilslavaient, ce qui les fait tomber, après en avoir tiré quelquesbouchées, dans de grandes convulsions qui leur durent unquart d heure, plus ou moins , selon le tempérament despersonnes ; puis étant revenus à eux , ils jettent pour l’ordi-naire une grande quantité de pituite , ce qui déchargeantbeaucoup leurs estomacs chargés de mauvaises nourrituresque ces peuples font accoutumés de prendre, leur sert d’uneexcellente médecine.
Ils onc une maniéré tout-à-fait singulière de combattre,en laquelle ils font fort habiles. En allant à faction ils fepartagent fans aucun ordre ni rang en autant de troupes qu’ily a de tribus ou de hordes particulières qui composent l’ar-mée , & cn cette sotte ils vont charger les ennemis la lance àla main, chaque troupe ayant son mursa ou chef particulierà la tête. Ils ne íe battent qu’à cheval, &c n’ont point l’usagede i’infanteric. L’arc & la flèche font leurs meilleures arme-,dont ils tirent avec tout autant, & même plus d’adreíTè enfuyant qu’en avançant, Sc c’est pour cela qu’ils ne cher-chent point d’eri venir aux coups de main avec leurs enne-mis , à moins de quelque grand avantage , rrouvant mieuxleur compte à les harceler de loin, en quoi la vîteíîe de leurschevaux leur est d un grand secours ; car le plus souventlotsqu’on les croie absolument en.déroute, ils ne manquentpas de venir tomber fur leurs ennemis avec plus de vigueurqu’anparavanr, & pour peu qu’on fe soit pressé à les pour-suivre fans garder Tordre nécessaire en cette occasion , oncourt de terribles risques avec eux.
TouslesTartares en général, de quelque pays ou religionqu’ils puislent être , ont une exacte connoisiànce des Ai-mack s 011 'Tribus , dont ils font sortis , & ils en conserventsoigneusement la mémoire de génération en génération.Quoique même par la suite du tems une telle tribu vienne àse partager en diverses branches , on ne laisiè pas de comp-ter toujous ces branches d’une telle tribu ; en forte qu’on netrouvera jamais un Tartare, quelque grossier qu’il paille êtred’ailleurs , qui ne sache de quelle tribu il est. Chaque tribuou chaque branche séparée d’une tribu a son chef particu-lier , pns dans la tribu qui prend le nom de Mursa, & c’estproprement une espèce de majorat, qui doit tomber ré-gulièrement d’aîné cn aîné dans la postérité du premier
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