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Tome sixième. T - Z.
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n’euflent pas sujet de regretter le sieur le Vaílèur, ils nepouvoient regarder ses meurtriers qu’avec horreur 8c indi-gnation , 3 c ceux-ci s’étant apperçus de ia mauvaise disposi-tion des habttans à leur égard,rendirent ia forteresse auffi-tôtqu’ou les en somma. Le chevalier de Foncenay en fut re-connu pour gouverneur avec l’applaudissement & la joie detous les habttans. Il gouverna ces peuples difficiles avec tantde prudence, de douceur Sc de fermeté, qu'il s’attira bien-tôt leur amour Sc leur estime , Sc augmenta par ce moyentrès-considérablement le nombre des habitans de fa colo-nie , & celui des boucaniers Sc des flibustiers. Il arma plu-sieurs bâtimens pour courir íur les Espagnols j mais, à lasin, les Espagnols lassés des pertes qu’ils faifoient tous lesjours fur mer , 8c des pillages où ils étoient fans celle expo-sés , firent un armement considérable au mois de février3 6 $ 4. Us sirent leur cìescenre dans Rifle, & fe postèrentdans un endroit avantageux, d’où ils bloquèrent la forte-resse. Le chevalier de Foncenay qui fe flactoic quelle étoitinaccessible du côté da nord à cause des bois , des rochers£c des précipices dont elle étoit environnée, fut bien étonnéde voir que les Espagnols avoient fait monter à force debras quelques pièces de canon fur une hauteur quicomman-doit son réduit, d’où ils le battoient si rudement, qu’aprèslui avoir tué & estropié bien du monde, ses gens perdi-rent courage , & le forcèrent de rendre la place aux Es-pagnols à des conditions honorables. Ce fut ainsi que l’ifle8c le fort de la Tortue revinrent une seconde fois au pouvoirdes Espagnols, qui y mirent un commandant avec une gar-nison.

Vers îa fin de 16; p, un gentilhomme de Périgord,irommédu Rostèy , fort connu Si sort aimé des boucaniers,parce qu’il avoit été leur compagnon de chaste Sc de coursependant plusieurs années, repalîà de France à Saint-Do-mingue dans !e dessein de reprendre la Tortue. Il parla à sesanciens camarades , leur proposa son dessein , & les ayanttrouvés disposés à le seconder & à le suivre, il en assemblaenviron six cents , tous bien armés 8c bien résolus. Leurdescente dans la Tortue devoit êire extrêmement sécrété,parceque la réussite de leur projet coníìltoic dans la surpri-sse , n’étant point du touc en état de prendre la forteressed’une autre maniéré , parce qu’ils n’avoient aucune des cho-ses nécessaires pour faire un siège. Le jour étant pris, &la forme de l’attaque réglée, ils sirent embarquer centhommes qui prirent la route du nord de l’ifle, où tls débar-quèrent âpres minuit, Sc ayant grimpé cette côte siroide &ïî entrecoupée de précipices , ils surprirent un peu avant lepoint du jour les Espagnols qui gardoient le sort d’en-îiaut, où étoit la batterie qui avoir été cause de la perte dela forrerefle de la Roche : tls donnèrent avis à leurs ca-marades de leur réussite par quelques coups de fusil. Legouverneur de la forrerefle étonné de ce bruit, fit sortirune partie de sa garnison pour vote de quoi il s’agilsoìt , Scen cas de besoin pour repousser ceux qui attaquaient le'sort, ne pouvant s’tmaginer qu’il y eut des François si prèsde lui, Sc encore moins qu’ils fe fussent emparés du fort jmais ceux qui étoient sortis furent presque aussi tôt envelop-pés par le gros des boucaniers qui avoienr fait leur descentependant la nuit à l'est de la forteresse , 8c qui étoient en em-buscade sor le chemin du fort d’en-haut.Leur résistance futdes plus petites, ceux qui ne furent pas tués sor la place•voulurent reprendre le chemin de la forteresse , les Fran-çois qui les y suivirent y enrrerent pêle-mêle avec eux. Onpeut juger que le carnage fut grand. Le gouverneur fesauva avec peine dans son donjon 8e fut obligé quelquesmomens après de fe tendre à discrétion avec le peu de gensqusovoient pu fe retirer avec lui. CDnJes garda dans la forte-reste pendant quelque tems, après quoi on les transportaen l’ifle de Couve. (Cuba) Ce fut ainsi que l’ifle & lessorts de ia Tortue revinrent aux François pour la quatrième•sois. M. du Rostèy sot reconnu gouverneur par ceux qui1 avoient aide à faire cette conquête , dont il eut soin de.donner avis en France à ses amis, qui lui procurèrent unecommission de la cour ; 8c la Tortue recommença doue denouveau a fe repeupler, aussi bien que la côte de la GrandeTerre qui lui est opposée, qu’otr a depuis appellée le Portde Paix. ,

On a donné ie nom de Tortue à cette ifïe, parce qu’onprétend q u etant regardée d’un certain point de vue',elleaIa figure de cer animai. Toute la partie qui est au nord est«xttêmement haute, hachée, escarpée Lc environnée de

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rochers à fleur d’eau, qui la rendent presqu’tnacceffible. IIn’y a que des canots conduits par des gens bien expéri-mentés , & qui connoiflènt parfaitement bien la côte , quipuissent y aborder. Le côté du sod qui regarde le nord deSaint-Domingue est plus uni. La longue montagne qui faicle milieu 8c toute la longueur de l’ifle, s’abbaiflè insensible-ment Sc laiflè une étendue de cinq à six lieues d’un très-beatipays, où la terre , quoique de différentes espèces, ne laiflèpas d’être très-bonne, Sc de produire abondamment toucce qu’on veut lui faire porter , comme tabac, sucre , indi-go , coton, gingembre , orangers, citronniers], abricotiers »avocats, pois, bananes, maïs, 8cc. Les arbres donc lesmontagnes sont couvertes, sont d’une groflèur 8c d’unebeauté surprenante. On y trouvoit autrefois quantité decèdres, qu’on appelle acajous aux ifles du Vent. Les boisd’inde ou lauriers aromatiques y sont communs 8c très-gros. Il y a des sangliers ou cochons matons, 8c dans iasaison des graines,8c sor-tout de celles de huis d’inde, on yvoit une infinité de ramiers , de perroquets, de grives &autres oiseaux. La core du sud est très - poissonneuse ; lemouillage est bon par toute la même côte, depuis la pointeau Maçon jusqu à la vallée des Espagnols ; le meilleur en-droit cependant, 8c qu’on appelle le havre de la Tortue,est devant le quartier de la baflè terre*s c'est une baie aflèzprofonde, formée par deux pointes ou langues de terre quiavancent aflèz en mer, fur i’une desquelles il y avoit nnabonne batterie. Le bourg étoit au fond de cet enfoncementsous la forrerefle, dont la grande courtine 8c les deux bas-tions faifoient face à la mer , 8c défendoient très bien Feu-trée 8c le mouillage de la baie. Cette ifle , quoique petite,auroir pu être mise au rang des meilleures que les Françoispossèdent à l’Amérique , si elle avoit été mieux pourvusd’eau ; mais il n’y avoit aucune rivière 8c les petits ruis-seaux qui sortent de quelques sources qu’on trouve dans lespentes des montagnes ,.sont si fossiles, qu ils fe perdent dansles terres Sc ne vont pas jusqu’à la mer. Il n’y a que lasource de la sortereflè qui soit aflèz considérable pour con-duire les eaux jusques-là. Les habitans remédioienr à cedéfaut par des citernes où ils conservoient les eaux de pluie.On comptoir sept quartiers dans cette ifle lorsqu’elle étoithabitée. Celui qui étoit le plus à l’est se nommoit la pointeau Maçon , les autres étoient Cayonne, la Baflè-terre, laMontagne , le Ringot, le Miiplantage 8c la Cabesterre.Ce dernier qui étoit presqu’aussi grand que tous les autresensemble, n’éeoit quasi plus habité, parce que la mer yétoit trop rude, & Rembarquement trop difficile pourcharger les marchandises ,-Sc que leur transport à la Baflè-terre , au travers des montagnes, étoit trop pénible Sctrop dangereux. Voilà quelle étoit l’ifle de la Tortue ,cette motte de terre 8c de rochers qui a tant donné depeine aux Espagnols , qui a été si souvent prise 8c reprise,8c qui, malgré sa petitesse 8c son peu de valeur, doitêtre regardée comme la meredes florissantes colonies , quela France a au cap , au port de paix, à Léogane, au petitGoave , à l’ifle à Vache , Sc dans plusieurs autres endroits.

z. TORTUE, (ifle de la) ifle de l’Amérique septen-trionale , dans la mer du nord ; on Rappelle aussi I’Isle dsla Tortue salée , pour la distinguer de Ris LE desTortues sèches , près du cap de la Floride 8c de RIseede la Tortue , près de Rifle de S. Donsingue. Elle estd’une grandeur raisonnable, déserte, abondante en sel, 8 csituée á 1 i d de latitude septentrionale, à l’ouest Sc tant soitpeu au nord de Rifle de Sainte Marguerite, dont elle estéloignée d’environ quatorze lieues , 8c d’envíron dix-septou dix-huic du cap Blanc fur le continent. Un vaisseau quiest dans ces ifles , un peu du côté du midi, peut voir tourd la fois, quand le tems est clair, la Terre ferme , Sainte-Marguerite Sc la Tortue. La partie orientale de cette der-niere ifle est toute pleine de rochers raboteux, découverts8c brisés , qui s’étendent aflèz loin dans la mer. Du côté dusud-est, il y a une assez bonne rade pour les vaisseaux, Scqui est fort fréquentée en rems de paix par les vaisseau»marchands , qui y vont charger du sel en mai, juin ,juilletSc août ; car à deux cents pas de la mer du côté de l’orienc,il y a un grand marais salant. Le sel commence à grenecau mois d’avril, excepté lorsque la saison est sèche , caron remarque que la pluie y fait grener le sel. Oh y a VUplus de vingt vaisseaux touc á la fois en charger, Sc cesvaisseaux qui viennent des ifles Caribes , sont toujoursbien pourvus de Rum , qui est une boisson force, composée