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TOais une forteresse. Tours, tous la domination des Ro-mains & des rois Mérovingiens , étoit beaucoup moinsgrande qu’elle n’eft aujourd’hui , puisque Grégoire deTours assure que l’église de saint Martin étoit éloignéede la ville de cinq cents trente pas, & ce ne fut que dansZe neuvième siécle qu’on enferma de murailles cettte égliseè le bourg voisin , pour le garantir des ravages des Nor-mands. On appelloit encore , au commencement du dou-zième siécle , ce quartier Caflrum Novum , Châteauneuf,comme le témoigne fauteur de l’hiftoire des comtes d’An-jou. Le nom de Chateauneuf lui fut apparemmentdonné , à cause du château ou fore que Richard , roid’Angleterre, y sic bâtir , malgré Philippe- Auguste , &■qui, selon Froissard , donna lieu à la guerre sanglante quiíe fit entre ces deux rois. Deux villes fi'proches Pune del’autre , fe joignirent enfin par Paccroiísement qu’elles pri-rent , & cette jonction fut approuvée par des lettres pa-tentes du roi Jean de Pan 1354. Tours , à ce que Ponprétend , est la premiere ville du royaume qui ait eu desprivilèges, & en faveur de laquelle les rois de la pre-miere race ont donné les premieres lettres patentes. Cefut austì la premiere qui envoya des députés au roi Hen-ri III, après les barricades de Paris, & ce fut en cetteconsidération que ce prince y transféra le parlement &cles autres cours supérieures de Paris Pan 158 3. PendantJe séjour que ces tribunaux firent à Tours , cette villes’accrut d’un tiers, & Pon y joignit les fauxbourgs, parune nouvelle enceinte que Pon fit en vertu de lettre pa-tentes de Henri IV , du mois d’avril 1 55)x. Aujourd’huion entre dans Tours par douze, grandes portes , & on yremarque cinq fauxbourgs , qui font ceux de la Riche , deSaint-Eloi, de Saint Etienne , de Saint-Pierre , des Corps■& de Saint Symphorien. Les maisons font bâties d’unepierre extrêmement blanche, qui leur donne beaucoup«Papparence, & toutes couvertes d’ardoifes. Les rues y fontastez belles & fort nettes, à cause des différais ruisseauxque forment six fontaines publiques. J’ai déja insinue<ju'une des portes de la ville s’appelle la porte Hugon ,que le peuple , par corruption , nomme la porte Rourgon ,pour dire la porte de/<?« Hugon. Hugon , selon Eginhard,dans la vie de Chariemagne , 8i selon quelques autreshistoriens , étoit comte de Tours. Il y a apparence, ques’écant rendu redoutable par fa méchanceté , & par laférocité de fes mœurs , on en a fait, après fa mort,l’épouvantail des enfans & des femmelettes, & le canevasde beaucoup de sables. De Thou , malgré fa gravité,n’a pas dédaigné d’en parler dans son histoire , 24,
Cafarodimi , dir ce célébré historien , Hugo r ex eelebratur,qui tiocìti pomaria cìvitatis , obequitare & obvias hominessulfure & rapere dicitur. Ainsi on menace à Tours du roiHugon, comme à Paris du moine Bouru , à Orléans dumulet Oder & à Blois du Loup-garou. D’Avila & quel-ques autres historiens on r cru que les calvinistes ont étéappelles huguenots , parce que les premiers qui embras-serait cette croyance dans la ville de Tours , s’astèm-bioient la nuit dans des caves qui éroient auprès de la porteHugon. Dansîe tems que les manufactures de Tours étoientdans leur plus grande réputation , on a compté dans cette•ville jusqu’à soixante mille habitans , mais ce nombre estaujourd’hui réduit à environ trente-trois mille. Cette villeest franche , & ne paye point de taille. La maison de villeest composée d’un maire , érigé en titre d’office par lettrespatentes de Louis XIV , du 5 de février 169S , en vertu del’édit de création de r 6p2,de douze échevins, de deux asses-seurs , d’un procureur du roi, d’un substitut, d’un rece-veur , (Plut greffier en titre d’office , & de quatre élusde ville. * Longuerue , Descript. de la France , 1 partie ,
L’église cathédrale a un beau portail, accompagné dedeux belles tours, & orné au milieu d’une rose très-dé-Iicatement travaillée. Cette église a été premierement bâ-tie par saint Martin , dédiée à saint Maurice , dont ellea long-tems porté le nom , & qu’elle n’a quitté que pourprendre celui de saint Catien , son premier évêque. L’an1096 , on (appelloit encore I église de saint Maurice. Labibliothèque de cette église occupé toute la longueur ducôté du cloître. Elle est remplie de manuscrits enchaînésfut des pupitres. Les deux plus curieux font un pentateu-que de mille ans , écrit en lettres majuscules, & les quatreévangiles écrits en lettres saxoniques. On croît ici que
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ce dernier a douze cents ans d’antiquité, & qu’il a étéécrit par saint Htlaire, évêque de Poitiers ; mais le savantauteur du voyage liturgique croie qu’on fe trompe, & quece manuscrit ne paflè point mille ans.
L’église de saint Martin est une des plus vastes du royau-me ; elle est flanquée , du côté du nord , par une grandetour appellée "Tour de Chariemagne , & du côté du midipar celle de Phorloge ; on les voie de plus de dix lieuesâ la ronde. Le tombeau de saint Martin est derriere legrand autel ; il est de marbre noir, blanc & jaspé, &n’est élevé de terre qu’environ de trois pied?. Le quairoyal fur la riviere est le plus bel endroit de la ville , Lcfort spacieux. Le château est près du grand pont de lariviere de Loire, & son donjon étoit autrefois très-fore.C’est dans ce château que fut mis le duc de Guise, &d’où il trouva les moyens de s’évader au mois d’août del’an 1391.
L’abbaye de Marmoutier est dans le fauxbourg de Saint*Symphorien , & est fameuse par saint Martin son fonda-teur , & par la sainte Ampoule qu’on y garde. SulpiceSévére, qui avoir été disciple de faim Martin, & qui aécrit fa vie, dit que ce faine s’étant froiflé & bleste àmort, par une chute violente qu’il avoir faite, un angevint la nuit eiïùyer fes plaies & les oindre d’un heaumecéleste, qui le guérit si parfaitement, que saint Martin setrouva le lendemain auffi sain que s’il n’avoit jamais eu au-cune incommodité. Il est parlé de cette sainte Ampouledans les canons quarante-quatre & quarante-cinq du se-cond concile de Châlons, &c c’est avec son heaume quele roi Henri le Grand fut sacré dans l’églife cathédrale deChartres, le 27 février de Pan 1394.
Le mail passe pour être le plus beau du royaume ; il aplus de mille pas de longueur, & est orné de deux alléesd’ormes de chaque côté. La ville de Tours est si jalousede cet ornement, que les magistrats ont défendu d’y jouer& de s’y promener, lorsqu’il a plu, jusqu’à ce qu’il soit sec,sous peine de dix livres d’amende.
Nos rois ont convoqué plusieurs fois les états à Tours,Louis XI en 1470 , Charles VIÍI en 1484 , & Louis XIIen 1 ;o6, pour le mariage de madame Claude de Francefa fille, avec François de Valois, duc d’Angoulême. On aauffi assemblé plusieurs conciles dans cette ville. MessireJean le Meingre , dit Boucicaut, maréchal de France fousCharles V & Charles VI, reçut les honneurs de cette di-gnité dans la ville de Tours, pendarlt que le roi Char-les V étoit logé dans la maison paternelle de ce seigneur.Christophle Plantin, fameux imprimeur , & le pere Ra-pin , jésuite , étoient nés à Tours.
Le Plessis-les - Tours est une maison royale bâtie parLouis XII, dans un lieu appellé auparavant les Montils.Ce prince en trouva le séjour si agréable, qu’il y passa unepartie de sa vie, & y mourut l’an 1483. Ce château estde briques, & a de beaux appartemens pour ce tems-là ;il est situé entre un grand parc & de beaux jardins. Louis XIfonda en ce lieu une église collégiale & un couvent deminimes, qui est le premier que ces religieux ayent eu enFrance. La situation de ce couvent est damant plus belle,qu’il est fur un canal de la riviere du Cher, que le roi mê-me fit faire.
L’isle de Saint Corne est aux portes de Tours, & estformée par deux bras de la riviere de Cher. C’est ici queBerenger & Ronsard ont été inhumés ; le premier étoitnatif de Tours, fut trésorier & ccolâtre de Péglise de saintMartin , puis archidiacre d’Angers. Ce fut dans cette der-niere ville qu’il commença à dogmatiser & à soutenir, quele sûrement de íEucharistie n étoit que la figure du corpsde Jésus Chrijî. 11 fut condamné dans plusieurs conciles ;mais ayant comparu dans celui qui fut tenu à Rome en1078 , il y signa une nouvelle profession de foi. 11 y a ap-parence qu’il retomba dans son erreur, car il fut encoreacculé au concile de Bordeaux , en 1080 , Le obligé d’yrendre compte de fa foi. Depuis, il pafla le reste de sesjours dans Piste de Saint-Côme, où il mourut le 6 jan-vier iy§8 , catholique , selon les uns , & hérétique, selonles autres.
L archevêché de Tours a eu des prélats dès l’an 250*Saint Gatien en fut le premier évêque , & mourut vers lufin du troisième siécle. Saint Lidoire lui succéda en 338,après une interruption de plusieurs années. Saint Martinfut fait évêque Pan 371 >& mourut Pan 397. Saint Bric-