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Tome sixième. T - Z.
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«Ile a une tour Fort haute, où sont trois pommes de cuivredoré, comme celles de Maroc. Il y a encore plusieurs autresmosquées beaucoup moindres d’anciens collèges, la,plu-part ruinés, Sc dans quelques-uns desqucls on enseignepourtant encore la théologie mahométane : ces collègesfont entretenus d’aumônes. La plupart des maisons de laville font bâties de pierres ou de briques, avec de la chaux-:elles lont routes en terralle , afin de Faire mieux coulerl’cau de la pluie dans les citernes. Les plat-fonds Font deplâtre, embellis d’or & de différentes couleurs, parce qu’ontrouve peu de bois dans la ville pour Faire des ais. Leplancher des chambres ert par petits carreaux de -cimentou de marqueterie , & les maisons n’onc ordinaire-ment qú’un étage ; les vestibules Font Frais & pro-pres , parce que les hommes y demeurent la plupartdu tems à s’entretenir Sc à Faite leur négoce , pour empê-cher leurs amis ou leurs gens d entrer dans l’appartementoù Fe tiennent leurs femmes. Il y a , dans la ville, plusieursbains , où l’on est mieux accommodé que-dans Fez , quoi-qu’ils ne soient ni si grands , ni si beaux, Sc qu’il n’y aitpoint d’eau courante. On rencontre , hors de la ville ,d’amples vergers , qui rapportent de fort bons fruits , Scplusieurs citrons & oranges, qui Font soigneusement culti-vés, ftir-tout dans les jardins du prince. Autour de la ville, àune ou deux lieues à la ronde, il y a de grandes contréesd’oliviers, où l’on recueille allez d’huile pour la provisiondes habitans, Sc on en porte vendre jusques près de l’Egy-pte. Comme le bois commun est rare â Tunis , on emploiecelui d’olivier à faire du charbon. Les femmes y Font bellesde Fort parées, elle fe couvrent le visage quand elles sor-tent. Ces peuples lont si crédules, qu’ils tiennent poursaints les foux qui vont par les rues, Sc leur font du bien ,Sc à leurs parens. Cette ville n’est pas forte , Sc n’estenceinte que cTune muraille fort basse , particulièrementdu côté du midi Sc du couchant. Près du lac est un arsenal,•où il y a de quoi construire plusieurs galères. De Vautrecôté du lac, fur le bord de la mer, est la forteresse de laGoulette , Sc le canal par où Veau entre dans le lac.* Mar-mol , Royaume de Tunis, 1. 6 , c. 16 .

Un Africain nommé Abelchit, fit soulever la ville deCarvan , sous le calif Caim. Celui-ci envoya contre luides armées d’Arabie, qui le défirent Sc le tuerent. Ses deuxfils , après fa mort, Fe dérobant à la cruauté des Arabes,fie sauvèrent, l’un à Tunis, Vautre à Bugic, Jofef Abu Té-chifien, roi des Almoravides, marcha contre eux , Sc aprèss’être emparé des provinces du couchant , voyant quebien loin de lui résister ils s’humilioient devant lui, il leurlaissa leurs états, à la charge de quelque reconnoistànce ;de Forte qu’ils régnèrent paisiblement, eux & leurs succes-seurs , pendant tout le régné des Almoravides ; mais lesAlmohades étant ensuite devenus les maîtres, Jacob Al-xnanfor attaqua leurs descendans , & leur ôta les royaumesde Tunis Sc de Bugie. Sur le déclin de l’empire des Almo-hades , les Arabes du royaume de Tunis s’étant soulevés,assiégèrent le gouverneur que le roi de Maroc tenoit dansla ville de Tunis , Sc le ptesterent à la fin de si près, qu’ilfiit contraint de demander du secours. Le roi de Maroc yenvoya vingt gros navires chargés de troupes, fous la con-duite d’un grand capitaine de Séville, nommé Abduledi,qui étoit descendu de la tribu de Muçamuda. Il aborda àTunis, où trouvant la ville à demi ruinée des. courses desArabes , pour les appaiser , il leur accorda une partie durevenu de 1 état, Sc sir en sorte qu’ils laistèrent depuis lesvilles de ce royaume en repos , dont il demeura le maître.31 laissa pour fuccestèur un fils nomme Buzacharias, qui néfut pas moins sage & moins vaillant que son pere , Sc quijouit de cet état pendant les troubles des Bénimérinis Scdes Almohades , bâtissant un château au lieu le plus élevéde la ville de Tunis. Il étendit même Fes conquêtes jusqu aTripoli, puis tournant la Numidie Sc la Libie , il mit àcontribution tout ce pays , jusqu’aux Negres ; de fortequ’en mourant, il laissa, à son fils Abu Ferez , un grandtrésor. Ce prince , sc voyant riche & puissant, songea às'empargr de toute VAstique, qu’il voyoit alors déchiréepar les guerres civiles. Maître du royaume de Tunis, ilmarcha contre celui de Tréntecen , & fit ce roi tributaire.Celui de Fez, qui assiégeoit alors Maroc, lui envoya degrands préfens, Sc le reconnut même pour son souverain.11 retourna donc à Tunis , avec le titre .de roi d’Afrique ,qu’il prit. Aptes son retour, il s'occupa du soin d’établir

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l’ordre dans Fa maison, Sc établit dans Fa cour les mêmescharges & les mêmes cérémonies que pratiquoient les roisSc pontifes de Maroc : il prit le premier le titre de roi dcTunis. Il y avoir onze principales charges dans fa cour ;la premiere étoit celle de munafit, qui donnoit ordre àtout, comme un vice-roi ; car il rendort compte de tout cequ’il avoir fait > Sc pourvoyoic, par l’ordre du prince, auxcharges dc la guerre Sc du gouvernement. La seconde étoitcelle de mézuar , qui commandoit à tous les gens de guer-re, & à la garde du roi ; par son ordre routes les chargesse payoienc. La troisième étoit celle de gouverneur ou degrand-maître, fur lequel on sc reposoit pour la garde dupalais , Sc de la structure de tous les ouvrages que le roicntreprenoic ; il avoir juridiction civile Sc criminelle ,comme la propre personne du souverain. La quatrièmeétoit celle de sahab tunes : il avoir charge de la police Scde la justice : quand les Arabes faiíoient quelques dom-mages dans les contrées , il alloit contr’eux : dc nuit, ilfaisoit la ronde, avec plus de deux cents archers, par lesrues de Tunis ; il faisoit prendre les malfaiteurs Sc les châ-tioit. La cinquième étoit celle de secrétaire d "état ; il écri-voit & répondoic pour le roi, Sc avoir autorité d’ouvrirtoutes les dépêches, pourvu qu’elles ne fussent pas dumunafit ou du mézuar. La sixième charge étoit celle degrand écuyer , qui étoit en la présence du roi : lorsqju’iltenoit conseil, il aísignoit à chacun fa place , Sc envoyoicles huilliers où il étoit besoin ; c’étoit le favori du roi quiexerçoit cette charge , car il avoir droit de lui parler àtoute heure. La septième étoit celle de sur intendant, qu’ilsappelloient zahab el hareta ; c’étoit lui qui avoir le soin detout le revenu s 6 c qui le distribuoit, par ordre du roi,signé du munafit ôc du mézuar. La huitième étoit celle detrésorier de lepargne , qui recevoir tous les revenus desentrées , tant par mer que par terre, qui étoit de deux Scdemi pour cent des marchandises des Maures, & dix pourcent des chrétiens plus ou moins, selon la volonté du roi.La neuvième étoit celle du grand douanier, qui recevoirtous les deniers de la douane des marchandises qui foc-toient hors du royaume par mer. La dixième étoit celle degrand pourvoyeur ou commissure général des vivres, quiavoir soin de fournir la maison royale de tout ce qui ét.oicnécessaire, & étoit comme le maître d’hôtel. L’onziémeenfin , étoit la charge de grand trésorier, à qui on rendoiccompte de tout le domaine ; c’étoit une charge importante,parce qu’il assistoit au compte, avec le munafit Sc le mé-zuar. Ce prince étoit servi dans son palais par des filles 6 Cdes eunuques, La cour de ses descendans étoit, dans lafuite des tems , devenue encore plus éclatante & plusnombreuse : car ces rois entretenoient quinze cents cava-liers pour la garde de leurs personnes , donc la plûpartcroient Mufarabes ou renégats , à qui ils donnoienc degrands appointemens. Ils éroienr commandés par un chefMusarabe , qui avoir grande autorité dans l’état. Il y avoiraussi cenc cinquante vieux gentilshommes expérimentésdans les choses de la guerre Sc du gouvernement, de quile robprenoit conseil dans les choses importantes, & quiservoienc, dans les armées , comme des maréchaux dccamp. Ils a voient aussi cent arquebusiers renégats, qui ser-voient de gardes du corps à pied , 8c éroienr autour de lapersonne du roi, tant à la ville qu’aux armées, quoique lescavaliers mufarabes L’approchalsent de plus près. II y avoird’autres gardes à pied , qui marchoient devant lui, SCc croient des archers turcs. Au côté droit du roi, quand ilsortoir, étoit le grand estafier , qui portoit une’lance droi-te , & ne quittoic point son étrier ; à fa gauche étoit un quipottoit fa rondache, Sc un troisième derrière lui , avec uncheval Sc une arbalète. Tous ceux-là étoient à cheval, en-vironnés d’autres officiers Sc maîtres de cérémonies. Lamonnoie quebattoient ces princes, étoit des pièces d’or»qui valoient cinq quarts d’écus, Sc des petites pièces d’ar-gent, de la valeur de six maravedis, donc il en saut trente-deux pour un écu.

Les rois de Tunis eurent par la fuite de longues & cruel*les guerres à soutenir contre ceux de - Fez, & les succès deces deux rivaux furent toujours alternatifs. Enfin , Barbe*rousse se rendit maître de Tunis, & obligea les habitansde reconnoître , pour leur souverain , le grand seigneur.Le roi de Tunis recourut à Char les-Quint ,& pour l’enga*ger à le. remettre dans ses états, il lui promit d etre sonvassal, Sc de le joindre > avec quantité de ses parens Ôí