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3 piqua de ce côté-làavec quelques-uns des siens, fans diremoi á personne, & arrivant à la porte du château , lors-qu’il étoit déja grand jour, U la trouva fermée ; alors il•commença à íe désespérer , à s arracher la barbe ; & d unœil allumé de colère, il appella par leurs noms quelquesrenégats de ses amis pour les obliger à ouvrir, mais la tor-tune étoit changée; car lcsTurcs ne furent pas plutôt partis,que les renégats qu’il avoir laides pour mettre le feu auxpoudres, rompirent les chaînes des chrétiens & les mirenten liberté. Ceux-ci commencerent à jetcer des pierres furBarberouíse, Sc montant aux créneaux, firent signe auxchrétiens avec de la fumée de poudre à canon, Sc avec uneenseigne que ies Turcs avoient gagnée fur les Espagnolsavant la prise de la Goulette pour taire avancer l’armée, ÔCtirèrent même quelques coups de canon; cependant.i’em-pereur marchoit en bataille droit à la ville avec l’artillerieà la tête , & n’appercevanc períonne , il ne savoir à quois’en tenir. Quelques Maures vinrent avertir que les chré-tiens s’étoient rendus maîtres du château , que Barberoulles’étoit çampé de sature côté de la ville, attendant que leschrétiens y luisent entrés, pour s’enfuir avec plus de fu-reté. Audi-côt Charies-Quint fit marcher au château lemarquis de Guast à la tcte des mousquetaires Espagnols.Barberouíse , voyant les chrétiens approcher, fe retira avecIon armée. Le marquis de Guast fut reçu avec joie dans lechâteau. Alors les Espagnols commencerent à grimper endivers endroits le long de leurs piques fur les murailles, Scouvrirent la porte à leurs compagnons. La ville fur saccagéeavec touie la licence Sc la cruauté dont on a coutume d’useren cette rencontre. Le roi de Tunis considérant ce détor-dre , pria l’empereurde commander qu’on ne fît captif pasun habitant, ce qui, ayant été divulgué , chacun tuoic ceuxqu’il rencontroit. Le roi fut donc contraint de faire une au-tre demande , Sc de prier qu’on fe contentât du butin , 3 cqu’on fît les hommes prisonniers , ce qui lut ordonné.II mourut peu de chrétiens par la main des ennemis, maisplusieurs s’entreruerenr pour s’arracher le butin, Sc plu-sieurs des pauvres captifs qui s’étoient soulèves dans lechâteau, furent mastacrés pour avoir les richeíles qu us em-
portoient. ' , ,
Du côté des Maures, on allure qu il en mourut plus deíoixante-dix mille personnes, & on voyoit à la campagnepar-tout de grands monceaux de femmes & d’enfans suf-foqués & morts de soif; on avoir fait plus de quarantemille prisonniers , hommes, femmes 011 enfans. Aprèsque le sac eut duré trois jours , comme on vit que les sol-dats faifoient tomber les mations à force de fouiller dans laterre pour y trouver des tréíors, on commanda â tous d ensortir, & les soldats chargés de dépouilles & d esclaves,vinrent au camp près des fauxbourgs ; eníuite l’empereurremit la ville de T unis au pouvoir du roi, à ces conditions :premieremenc, que tons les chrétiens captifs, de quelquenation qu ils puiífenc être , en arrivant là , feroient mis enliberté lans payer aucune rançon; que le commerce seroitlibre aux chrétiens dans tout le royaume, Sc qu’ils pour-roient s’y établir &c bâtir des églises Sc des monastères poury vivre selon leur religion ; qu’on ne recevroit dans Tunisaucun corsaire, ni Turc , ni Maure ; qu on ne leur four-nìroit point de vivres, Sc qu’on ne les assisteroit en rien ;que la Goulette demeureroit à l’empereur & à fes successeurspour jamais, & que le roi & les siens paycroient douzemille écus d’or par an pour l’entretien de la garnison , puis-que c’étoic la fureté de l’état ; que toute la pêche du corailseroit pour toujours à l’empereur ; que les rois de Tunis enreconnoilîànce de !a faveur qu on leur avoir faite, & pourmarque de dépendance, enverroient tous les ans au roid Espagne six chevaux Sc douze faucons, moyennant quoiils feroient obligés de les défendre contre leurs ennemis.Après que ces articles eurent éré jures & signes de part &d’autce , l’empereur laisse pour la fureté de Muley Hafccn,jusqu’à ce que le pays fut paisible, deux cents soldats qui dé-voient garder le château & fa personne ; ensuite il vint serendre avec l’armée dans son vieux camp au milieu des rui-nes de Carthage, & ayant fait embarquer toutes les troupesaprès en avoir renvoyé une partie en Espagne, avec le resteil prit la route deMehédie que les chrétiens appellent Afri-que ; mais il s’éleva la nuit une tempête qui écarta les vais-seaux Sc les galères, les dissipant par toutes ces mers.L’empereur aborda avec les galères à Trapani ça Sicile, cequi fit avorter le rçste de 1 entreprise.
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Il y eut plusieurs révolutions dans Tunis depuis ; car Bar-berouíse , pour rétablir fa réputation , avoir lalíèmblé uneautre flotte, Sc tirant vers Minorque, surprit la ville deMahon Sc la saccagea ; de-là courant les côtes de la chré-tienté, il fiasse grands dégâts par-tout, emmenant quantitéde biens ko esclaves fans aucun obstacle. Au bruit de cesvictoires plusieurs places du royaume de Tunis se soulevè-rent Sc reçurent garnison turque, ce qui engagea Muley àimplorer de recbefl’affistance de l’empereur, & à l’allcrtrouver. Etant arrivé à Naples, il apprit que son fils Mu-ley Humida avoir faic accroire au peuple que son pers étoitallé en Europe pour embrafler la religion des chrétiens, Scqu’en même tems s’étant emparé du château Sc de la villede Tunis , il en avoir pris le titre de roi. A cette nouvelle ,il pria le vice roi de lui donner quelques troupes pour allervenger cette perfidie. 11 s’embarqua donc avec deux milleItaliens : étant arrivé à Tunis, il alla jusqu’aux portes dela ville, croyant que ion fils ne factendroit pas, Sc que leshabitans i’auroient d’abord reçu ; mais ceux ci vinrent fon-dre fur son armée composée de ces Italiens & de quelquesMaures, en tuerent ou prirent la plus grande partie , Sc dunombre de ccs derniers fut Muley Hascen. On le menadans Tunis, & on le mit en prison ; son fils lui donna Icchoix deux jours après, de la mort ou de l’aveuglement, Sccomme il eut accepté celui-ci, on lui fit perdre la vue avecun bassin ardent qu’on lui mit devant les yeux. Peu de temsaprès, Abdulmalic , frété de Muley Hascen , entra dégustédans la ville , un jour de fête que ceux de Tunis ne pen-soient à rien, Sc avec plusieurs de fa faction répandus endissérens endroits, il entra dans le château , rua les gardesqui croient d la porte , & s’en rendit le maître. Alors fefalsifiant du Sayd , fils aîné d’Humida, il lui fit perdrela vue, il remit son frété Hascen en liberté , il sc fit dé-clarer roi de Tunis, &nc régna que trente six jours, Aprèsfa mort, Mahomet son fils fut reçu avec l’applaudstscmentdu peuple , Sc ne régna que quatre mois ; car Humida quiavoit ete occupe au siège de fillette , pendant que ces révo-lutions Sc changemens étoient arrivés à Tunis, sc voyanttout d’un coup exclu de la capitale & presque de tout fê-tât, qui avoir suivi 1 exemple de Tunis, alla d’un lieu àsature demander du secours aux Arabes Sc aux autres peu-ples ;mais comme il étoit à Gelves, quelques habitans daTunis, mécontens du gouvernement, le rappellerent; ils’embarqua d’abord; Sc étant descendu dans la ville deMoncster, il aíscmbla des Arabes, Sc avec le plus de gensqu il put, il surprit Tunis, Mahomet ayant pu à peine sesauver à la Goulette; il s’empara de la ville Sc du château,il fit mourir cruellement tous ceux du parti contraire, de-meura ensuite paisible possesseur de Tunis jusqu’en fan1570 , que Aluch Ali, gouverneur d’Alger, se (aisit de laplace en trahison par fentremiíe de quelques habitans. Ilen prit possesiìon au nom du grand seigneur ; mais bieutôcaprès, les Turcs furent chassés de Tunis par dom Juan d’Au*triche , qui établit pour roi, Mahomet, frere d’Humida ,& pour gouverneur de la part de l’empereur , GabrielVillon , Milanois. Pecro-Carrero , Espagnol, eut le com-mandement de la garnison de la Goulette; dans le mêmetems > Villon fit construire dans Tunis un château fur lsmodèle de la citadelle d’Anvers. Mais fempereur Amu-rat, que l’accroifièment des Espagnols inquictoit, équipaune flotte de cent soixante galères , outre plusieursvaisseaux montés de quarante mille hommes, tant Mauresque Turcs, sous la conduite de f Amiral Ochiali, & levade plus une puiflante armée de terre , dont le hacha Sinanétoit le général ; cependant don Jnan , amiral d’Espagne,étoit au-deflous de la Sicile avec trente galères, & les prin-ces d’Italie , tâchoient d’en équiper d’autres. On mit fur lesgalères tous ceux qui avoient abandonné 1 église romaine ,& plusieurs sortes de criminels qu’on promit d’absoudre,si l’un d'eux feulement pouvoir mouiller à la Goulette. LesTurcs qui leur avoient fermé le paflàge , firent si grand set*Sc fur la Goulette Sc fur la citadelle de Tunis , qu’ensin íseles emporterent ; on sic main basse fur les chrétiens , Sc l’onn’en réserva que quatorze qui furent envoyés à Constanti-nople pour y servir de trophée ; on démolit les murs Sc secitadelle de la ville, & on fit bâtir une autre forteresse prèsdu porc. Depuis ce tems les Turcs sont demeurés en poisesesion de Tunis Sc de fes dépendances, ce qui a mis fi stau royaume, qui avoit duré trois cents soixante - dixans, depuis que les fondemens en avoient été jettes pac