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est de prier quelque sorcière d’cn prendre soin. Cette femmeprend un grand miroir de bronze, &aubruit d un tambourquelle frappe plusieurs fois avec de certaines imprécations,elle fair paroître dans ce miroir des personnes mortes queles païens du malade qui font assemblés, ont connues du-rant leur vie, leur faiíant croire que ces morts lui disent se-crètement ce qu’il faut faire pour sa guérison, ses païens luiaccordent volontiers tout ce qu elle leur demande de la parcdes morts, & si le mal ne diminue point, alors ils se met-tent tous les armes & courent par tout le logis le cimeterre àla main. On les voie s’escrimer en l’air comme des gladia-teurs , & porter cent coups d'estramaçon dans chaque re-coin, perluadés qu’ils blesieront les esprits quis’y font ca-chés , 8c qu’ils supposent être la cause de la maladie & em-pêcher l’effet des remèdes.
Pour ce qui regarde les morts, les parens leur ayant fer-mé les yeux, chargent une table de toutes sortes de viandes& d’excellent vin, 8c rapprochent du lit où le mort estétendu. Ils l’invitent à boire & à manger avec eux, 8c em-ploient quelque rems à cette ridicule cérémonie , pour faireconnoître que les choses nécestâires ne lui ont point manquétant quil a vécu , puisqu’ils ne lui épargnent rien, mêmeaprès fa mort. Après cette cérémonie, les prêtres des idolesviennent réciter leurs prières d’un ton triste & languissent,& en même rems si rude, qu’on croiroit entendre des dé-mons qui hurlent. Ces prières faites, on consulte les devinspour savoir d’eux sheure la plus favorable pour rendre audéfunt les derniers devoirs , & en quel endroit ils pourrontl’enterrer. Lorsqu’on est d’accord du lieu &c du jour, ilsprient quelqu’un de ceux quiontsoin d’enfevelir les morts,■de revêtir le défunt de ses plus riches habits, après avoiremployé des eaux de senteur à le laver ; & afin que personnen’ait la hardielsedele dépouiller, ils renferment dans le cer-cueil avec le corps, quelques figures horribles de bois peint,comme autant de sentinelles pour empêcher les voleurs d’enapprocher. Ils laissent le cercueil ouvert & ne le sermentqu’au septième jour, pour observer si l’ame ne retournerapoint dans le corps ; mais quand la corruption leur en aoté l’espérance, ils font publier dans le bourg, le jourqu’ils doivent enterrer le mort, afin que les concours dupeuple foie plus grand, 8c ils commencent la cérémo-nie par une longue procession, précédée de quantité dedrapeaux 8c de bannières avec plusieurs instrumens. Les unstouchent diverses sortes de tambours, & les autres ontdes hautbois , des corne-muses 8c des trompettes, au sondesquelles il y en a qui sautent & qui dansent sons di-vers habits de comédiens 8c de pantalons. D’autres mar-chent à cette procession le cimeterre au côté avec un bou-clier & certains bâtons pleins de nœuds, & serrés par lesdeux bouts. D’autres y portent des armes à feu, dont ilsfqnt inceísemment des décharges, pour donner de la ter-reur au démon, & dans certe même vue, ils accompa-gnent tous ces sons confus de tons de voix horribles &épouvantables. Les parens suivent immédiatement le cer-cueil , & ne s’en éloignent point : ils réordonnent jamais deleur sépulture dans les temples des idoles, mais feulementdans leurs héritages au milieu de la campagne , pour pou-voir jouir du revenu 8c en disposer cn l’autre vie. La dé-pense de ces enterremens est incroyable ; ils consument enfestins seuls une grande partie de leur bien , pour témoi-gner leur reconnoiílance , le mari envers fa femme, lafemme envers son mari, 8c les en fans envers leur pere Scflaere. Ceux qui se piquent d etre plus magnifiques que lesautres , font construite au milieu d’une grande place, paroù doit palier l’enterrement , une maison de charpente,dont tout le bois est doré, Sc qui est ornée de figuresd hommes, de chevaux 8c d’éléphans, couverts de mor-eaux de papier doré , au lieu d’etofe , & ils y mettent le,0 j dans la pensée qu’aufli-tôt que toutes ces choses fontséduites en cendres, elles se métamorphosent par la vertudes idoles, 8c prennent un corps réel 8c véritable ; ce quifait avoir aux morts de quoi régaler les geôliers de l’enfer,lans quoi ils exerceroient fur eux toutes sortes d’inhumani-te s. C’est par la même superstition que les plus riches invi-le nt toute la famille en leur maison ; après leur avoir faitPmndre place selon leur degré d’affinité , ils se disposente telle sorte, qu’ils forment une figure circulaire, pref-« j 0tTlme un arc > fous plusieurs pièces de foie , qui fontendues dans l’air, 8c auxquelles ils semblent servir de0 onnes pour les soutenir. 11s disent que c est par-là que
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l’idole doit passer , pour accompagner le défunt en l’autremonde. Ils lui font la même offrande, & dans les mêmescérémonies le septième jour, le trentième 8c le centième ;outre le septième mois qui est consacré à la mémoire desmorts, 8c auqufcl commence un annuel qu ils renouvellentpendant trois ans que dure le deuil. Dans tout ce tems lesparens au premier degré ne s’habillent point de foie, maisfeulement de grosse toile blanche, avec cette circonstance,que leurs robes ne font point bordées par le bas , & qu’ilsportent fur les épaules un morceau d’étoste de forme car-rée, qu’ils cousent vers le milieu de ces .mêmes robes. Pourmarquer le respect qu’ils ont pour leurs ancêtres défunts »ils fe coupent une partie dc leurs cheveux , & n’aíïïstent niaux fêtes ni aux assemblées. Ils cessent en ce tems-là de sol-liciter le jugement des procès qu’ils ont , 8c les juges mê-mes dans une semblable occasion de la mort de leur percou de leur mere, sont retraite dans leurs maisons. Ils jeû-nent l’espace de plusieurs jours , 8c couchent fur la paille ;s’iis font mariés, ils se séparent, 8c vivent mari & femmecomme frété 8c sœur. Si la femme, pendant ces troismois devient grostè, il faut quelle fubiste une peine impo-sée par la loi. De même, il n’est point permis aux enfansde íè marier pendant tout ce tems, 8c si quelqu’un con-tracte mariage en secret, outre l’amende pécuniaire à la-quelle il est condamné par le juge qui en a connoissance, lemariage est déclaré nul, Ceux qui meurent hors du pays oudans la campagne, y restent fans sépulture, si ce n’estqu’on les couvre de quelques mottes de terres. Si les parensqui ont reçu la nouvelle de leur mort ne peuvent fairetransporter le corps en leur maison , ils écrivent son nomfur une petite planche qu’ils appellent than-vj , & lui foncles mêmes cérémonies que si on leur avoir apporté le corps.Quand le pere 8i la mere ignorent le lieu où leurs enfansmeurent, ils consultent les magiciens , qui, avec de cer-tains miroirs 8c au son de quelques tambours, évoquentl’ame du mort ; si elle ne paroît point, ces magiciens foncune statue de plâtre , qu’ils mettent dans une biere, 8ccontinuant toujours leurs prières, ils font croire que l’amey est entrée, 8c que ce fantôme en est animé.
Les obsèques des rois de Tunquin se font avec beaucoupde magnificence. Celles du roi Tba TÌU-'Ty-Tûong, quimourut le 26 mai 1675 , sont remarquables. La nouvellede fa mort ayant été portée au prince , héritier du royau-me , il prit aussi tôt le deuil, 8c fe rendit avec ses frèresdans la grande sale des cérémonies , au milieu de laquelleils virent le roi étendu fur un superbe brancard d’un boisodoriferent, garni par dedans d’un drap d’or, dom lesextrémités relevées couvroient entierement le corps. Lesprinces ses fils, ses neveux 8c les parens de la familleroyale, revêtus de sacs 8c de cordes, avec un petit cordonfur la tête , après de profondes révérences, pleurèrent lemort en exaltant les faveurs qu’ils en avoient reçues pen-dant son régné. La reine vêtue aussi de deuil, qui consiste enun habit blanc avec un grand voile, actendoit qu’un desprincipaux mandarins lui eût coupé les cheveux pour or-donner la cérémonie quelle fixa au 28 du même mois. Cejour arrivé , le prince retourna au palais avec toute la fa-mille royale, 8c s’étant rendus dans la sale où le roi étoitexposé , ils le transportèrent dans une maison destinée pourune autre cérémonie. Le cercueil ayant été mis fur une tabletoute dorée 8c chargée d’une infinité de fleurs, dont 1 odeurjointe à d’autres senteurs de pastilles très-exquises , parfu-moit la laie , parmi une infinité de flambeaux de cire blan-che , dont elle étoit éclairée ; on commença peu de temsaprès la marche de l’enrerremenr dans la province de Tingn-Ho’a , d’où cette famille royale etoû originaire. Trois desprincipaux mandarins furent nommes d office pour accom-pagner le corps à quatre journées de la ville royale , aprèsavoir fait ferment qu’ils cacheroient .1 bien a tout le mondele lieu où l’on devoir l’enterrer , qu il ne feroit connu qued’eux trois. Ces formalités ayant ete observées, on entenditun bruit de tambours démontés , cc qui etoit le liguai de lamarche. Elle fut si longue 311 elle occupoit près d’une lieuede chemin , depuis le palais jusqu’à la riviere. Les soldatsdes gardes parurent tous vêtus d’une grande robe de toilefine, d’un bleu obscur, avec une espèce de toque fur la têtede la même étoffe & de la même couleur. Quinze mille ,tant hallebardiers que mousquetaires , doublèrent leursrangs des deux côtés de la rue, & s’y rangerent en haiepour empêcher le désordre. Une compagnie dc soldatsTomeV. XXxxxxij