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Tome sixième. T - Z.
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■vêtus de blanc avec de grandes cannes peintes a la main ,en fermoit les avenues , & il n’étoic permis d y paíïèr qu aceux qui avoient quelque commandement. La premierefigure qu’on vit sortir du palais fut une colonne de six pal-mes de diamètre , haute de soixante , & chargée de uoisglobes fur lextrémité. Le corps de cette colonne étoit cou-vert dune riche étoile de foie , & on y lisoit en caractères<d’or & d’argent, 1 âge, les vertus & les plus belles actionsdu roi. Cette grande machine avançoic par le moyen de cer-taines roues, Sc afin qu’elie ne penchât pas plus d’un côtéque d’autre, plusieurs personnes qui lâchoient ou tiroientles cordes la conduisoient toujours si droite , quelle sem-fcloit plutôt être sur un piédestal solide que lur un charriormouvant. Après cette colonne , on vit une ville de reliefavec ses murailles, environnées de boulevards Sc de bastionsfur un autre charriot presque tout d’or. Celui-là étoit suivi•d’un troisième sur lequel paroistoit un trône royal d’or 8cd’yvoire , Sc qui n’étoic chargé que de la couronne royale.Toutes ces choses ainsi disposées, les musiciens commencè-rent leur symphonie avec diverses sortes d’instrumens fanschanter ; mais Raccompagnant de larmes & de soupirs. Ilscroient suivis de mandarins & des princes du sang , vêtussimplement d’étoffes faites d’écorce &c de feuilles d’arbres,à la maniéré des paysans. Les eunuques & les plus considé-rables officiers du roi marchoient auprès de la maison por-tative où'étoit le corps, Sc d'autres mandarins Sc princes dusang précédoient immédiatement le brancard que le prince& ses autres frétés suivoient nuds pieds, avec de faux che-veux , une barbe blanche contrefaite , Sc un bourdon à lamain , sur lequel chacun sembloit s’appuyer , comme au-tant de vieillards courbés d’années, Sc n’ayant plus de sup-port. Les mandarins de la famille royale, qui accompa-gnoient le corps, n’étoient guères moins de mille , précé-dant les reines Sc les autres dames du palais, au nombre dehuit ou neuf cents , toutes en habit blanc & couvertes d’ungrand voile. Quatre mille hommes fous les armes pour lagarde du prince héritier de la couronne , cerminoient cegrand cortège. Ceux qui le sormoient s’étant rendus fur lebord du fleuve , s’y reposèrent jusqu à ce qu on eut trans-porté le corps dans la galere royale qui étoit a 1 ancre , Scornée superbement. Il y sut reçu au bruit de tout leur canonSc de leur mousqueterie. L’étcndard de la galere étoit detoile d’or. On avoir couvert le plancher de la chiourme deriches tapis de Perse , & les rameurs avoient des habitsd. étoffés curieuses. Deux autres galères dorées dedans & de-hors , depuis la poupe jusqu a la proue , quittèrent la radepour s’avancer vers le port ; l’une pour recevoir la ville, Scl’autre le mausolée , s’en étant mises en poííèssion, ellesaccompagnèrent la galere où l’on avoir mis le corps, Scchacune prit la rame quand le signal en fut donné. Peu detems après on ralentit le mouvement des rames que l’on re-'muoit en cadence pour donner le tems au prince Sc à íesfrétés de terminer ce devoir de piété par les dernieresmarques de leur douleur. Ils demeurèrent tous en cet en-droit , Sc les pieds dans l’eau , jusqu’à ce que le fleuve qui'serpente fort , leur eût caché les galères; après quoi leprince retourna au palais dans une contenance fort mélanco-lique , fans parler ni à ses frétés, ni aux mandarins qui l’ac-compagnoient. Tous les vaíïàux du royaume furent obli-gés de porter le deuil Respace de vingt-sepr jours , avecdéfense de plaider, de faire des noces Sc des festins. Ilfut défendu de même pendant trois ans d’accompagneraucune fête , non pas même les plus folemneiies, dinstru-mens, de chansons , de danses Sc d’autres choses sembla-bles.

Le prince, pour mieux honorer les obsèques du roi sonpere , résolut de faire encore quelque chose de plus pom-peux que ce qui avoir paru. On choisit ponr ce sujet une pe-tite ifle , située au milieu de la riviere , Sc qui a trois millesde longueur du septentrion au midi, de largeur un peu plusd’un mille, & de tour environ sept ou huit milles. On y traçafur le fable le. plan des trophées qu’on y devoir élever , #cdont le travail fut partagé entre divers ouvriers. II s’agistoitde representer au naturel une nouvelle ville Sc une nouvellecour. Cette entreprise occupa jtisqu’au ’ 8 de décembre uneinfinité d’ouvriers, qui n’en voulurent point d’autre récom-pense que la gloire d avoir épuisé leur art au service de leurroi. Ce grand dessein etant achevé, on convint du jour où sedévoient faire les cérémonies, Le afin que le peuple pût jouirct’un spectacle si superbe , on permit Rentrée de cette nou-

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velle ville dès la veille à tous ceux qui se présentèrent pourla voir. Elle étoit bâtie fur le fable le long de la riviere quii’environnoit : elle avoir quatre portes. Du côté du midi onvoyoit une colonne extrêmement haute, fur un piédestalrevêtu de lames d’or & d’une grolseut prodigieuse. Sur I’ex-trémité de cette colonne étoient trois globes auffi d’or ; &pour la rendre encore plus brillante, on l’avoit couverte detoile d’or , Sc ornée de plusieurs riches étoffes, chargées delames d’or Sc d’argent. Sur ces pièces d’étoffes on lisoit encaractères percés à jour , les plus belles actions du roi dé-funt. Les côtés étoient ornés de deux statues de géans,qui avoient chacun un arc Sc des flèches. A quelque distan-ce de-lá on entroit dans une rue où plusieurs escadronsétoient rangés en bataille , avec plusieurs éléphans couvertsde superbes houfles Sc chargés fur le dos de tours dorées, Scremplies d’hommes armés qui avoient tous des habits d’uneétoffe précieuse. Vers le milieu de la ville on avoir élevévingt tours en trois endroits différens, fans compter celle dumilieu, qui surpastoit toutes les autres en hauteur, en gros-seur , en délicatesse de sculpture Sc en ornemens d’or Sc d’ar-gent. La firme en étoit carrée ; elle avoir au moins douzebrasses de hauteur, Sc chaque face en avoir deux Sc demie delargeur. Tout l’aflèmblagede cet édifice ne sobsistoit que parl’utiion de quelques poutres ornées de papier peint 8c dé-coupé par morceaux, qui sormoient autant de figures diffé-rentes. Chaque tour avoir sept étages, percés de chaquecôté d’une grande croisée pour éclairer le dedans, afin quel’on pût y observer un grand nombre de statues, qui repré-sentcient les différens officiers qui servoient le roi dansson palais ; elles avoient toutes de fort beaux habits. Au-delà des tours on voyoit deux magnifiques palais , dont lesornemens étoient de relief-, l’un étoit beaucoup plus richeque l’autre , parce que le toit, de même que les murailles ,étoit revêtu de brocard d’or fur lextrémité des quatre en-cognures , Sc qu’il y avoir fur le comble cinq grands glo-bes d’or. L’autre palais, quoiqu’inférieur Sc moins superbe,ne lui cédoit pas en beauté d’architecture ; on y voyoit centjolies figures, tant de papier doré que de toiles teintes dedifférentes couleurs, que ceux du métier ayant coupées parbandes en différens morceaux , avoient rejointes ensemble.Des fauxbourgs on entroit dans la nouvelle ville par troisgrandes portes. II y avoir environ quatre cents maisons tou-tes de bois, les unes dorées Sc les autres peintes ; ellesétoient séparées ses unes des autres , & on en voyoit plu-sieurs dans une égale distance, l’une avant l’autre , quisormoient la principale rue, au bout de laquelle le palaisroyal faisoit une très-agréable perspective. D’autres maisonscom po soient un labyrinthe de chemins, qui repréfentoiencparfaitement bien les divers départemens de la cour royale.L ornement du dedans étoit ou d’étoffe, ou de soie toutepure , ou enrichie de fleurons d’or. La maison de l’infantíurpaísoit toutes les autres ; il regnoit une grande galerie ,dont les balustrades étoient d’un métal qui avoir la formed’une monnoie du pays ; & afin que cet ouvrage ne parûtpas simplement de bronze , on avoir entrelacé vers le mi-lieu quantité de cercles d’argent. Tout le toit étoit couvertde cette monnoie , Sc fans de groíïès colonnes qui ap-puyotent cet ouvrage, il n’auroic pu subsister long tems sousla pésanteur d’un si grand fardeau. On estima fort une autremaison qu’un des principaux eunuques avoir fait bâtir prèsde celle-ci, à cause des riches étoffes de soie à fleurons SCfigures d’or dont il l’avoit fait orner. A Rentrée de chaquemaison , il y avoir dans de certains retranchemens quantitéde riz , jusqu’au nombre de quatre ou cinq cents sacs dutpoids de cent ou cent vingt de nos livres. Les mandarinsqui demeuroient dans leurs gouvernemens y envoyerent,les uns des chevaux très-bien équipés, les autres des bœufsSc des bufles en quantité. Ceux qui demeuroient vers 1 esmontagnes y envoyerent des chevres sauvages, des cerfs,des daims, des sangliers ; & d’autres des tigres , des loups,des chiens Sc des chats sauvages, outre des oiseaux de tou-tes espèces , Sc tous ces animaux étoient en vie. On reçuttous ces présens dans le palais de la nouvelle ville, où l’ostassigna un lieu séparé à chaque espèce de ces animaux. Laderniere chose que l’on vit, fut le grand palais que le princeavoir fait élever à la mémoire du feu roi son pere, au mi-lieu d’une grande place, qui, étant fermée de murailles,servoit de cour assez ample pour contenir tout le peuplaque ce spectacle attiroit de toutes parts. Au-dedans desp° r 'tiques qui sormoient une espèce de galerie, ii y avoir une