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Le sommeil est réglé parmi eux , de même One les veil-les, par la distribution des heures pour les prières. Aprèsla prière du soir, qu’on nommerai, Sc qu on fan un peuaprès la premiere heure de la nuit, chacun a la liberté d’al-) er reposer jnsqu’à demi-heure avant le jour, & en hiverjusqu a deux heures. Ils se retirent pendant ce tems d’ati-près des femmes avec lesquelles ils ont paíTé la nuit, Sc sejavenc pour se préparer à la priere; on les y appelle duhaut des tours des mosquées, Sc on employé ordinairementa cet office des jeunes gens qui ont la voix forte; ces crieurss appellent moveâins ou movez.z.ins, Quoiqu’ils cherchenttoute leur commodité pour dormir, ils ne se déshabillentPourtant jamais tout-à-fait ; ils gardent leur habillement derfeffòus , & se couvrent la tête avec une écharpe plus grossejpte celle qu’ils portent de jour. Ils veillent facilement,leur frugalité dans le boire Sc le manger y contribue. Ilsforment quelquefois durant le jour un quart-d’henre enet e ; mais ils auroient honte de palier l’heure, & on les re-garderait comme des ivrognes ou comme des gens qui ontI e défaut de prendre des pilules d’opium préparé. Ce vicee st fort commun aux maîtres des langues dans les mojque'es,& cette forte d’ivrognerie les rend fous, Sc leur donne unecouleur pâle & jaunâtre, qui les fait d’abord reconnoître;cependant rien n’est plus commun parmi les Turcs de Con 'stantinople, qui abrègent par-là leur vie, parce qu’iis man-gent peu, & qu’ils contractent i’habitude de ne pouvoirdormir fans ce remede.
Les Turcs ne crovent pas , que pour conserver la santé,d y ait de meilleurs remedes. que ceux qui procurent latranspiration. Ils font usage des bains fudorifiques, les unstrois, les autres quatre fois la semaine , & joignent le rno-hfde leur santé à celui de la préparation qu’exige la priereParfaite, quoique pour s’y préparer, il ne soit pas néces-site de se procurer une sueur violente. Il y a dans Cons-tantinople trente-trois bains somptueusement bâtis, & quiPendant le jour ont des heures marquées pour les hom-j^es, & d’autres pour les femmes; ainsi on peut juger sijufage de fe baigner n’est pas excessif parmi les Turcs. Deshains si fréquens ne peuvent qu’affoiblir Sc esséminer letempérament des hommes , en tenant les pores .ouverts.Ue-là vient le fréquent usage des péliíTes, Sc même la né-cessité de s’en servir; il faut qu’ils soient toujours bien cou-^erts , tant de nuit que de jour , & ils aiment mieux fouf-ctir le.chaud que le froid. Lorfqu’ils fe sentent la moindre^commodité, ils vont chez le chirurgien pour fe faire fai-8ner , 8c ne font pas difficulté de fe faire ouvrir la veine
milieu de la rue ; ils fe font appliquer des ventouses, ScVeulent des purgatifs 8c des vomitifs très-violens. Plus leteméde opéré, plus on vante l’habiletc du médecin , qui,pour les contenter , doit pousser les choses à l’excès. Si leMalade meurt, le médecin ne perd jamais, tout au plus,c>ue f on salaire ; du reste les héritiers fe consolent al-ternent , attribuant toutes choses à la destinée Sc à la vo-lonté de Dieu. Ils n’épargnent rien pour fomenter chez euxj a lubricité ; ils fe fervent fans discrétion des remedes vio-!ens. fis ssiment tellement du tabac , qu’ils s’endorment laP*pe a la bouche. Ils ne crachent jamais Sc avalent toutee ur salive , ce qui leur cause à la barbe, à la tête, aux°urcils & aux autres parties du corps où il croît du poil,certains feux volages qui s’étendant peu à peu , font tom-het le poil, fans qu’il puisse ensuite revenir. Il est inouïSiue le S Turcs lâchent des vents, ce ferait pour eux .uneextrême honte , & la compagnie prendrait cette actionP°ut u n outrage ; mais en récompense ils rotent sans aucun*:83rd ; & quoique cela ne soit pas fort honnête, cepcn-ar >t ils ne le tiennent pas pour indécent, puifqu’un Turc~ e , pourrait pas faire fa priere fans s’être auparavant puri-e ‘ L hypocrisie régné beaucoup parmi eux ; on ne lesentend parler que dicta grandeur & de l’unité de Dieu, àS u i ils rendent de continuelles actions de grâces ; mais ex-e e pte un petit nombre, qui avec une foi sincere mêlent les^ rttles à leurs prières, la plus grande patrie ne prie que du°ut des levres , pour plaire à la populace ,& s’acquérir?. ar 'la la réputation d’hcmme pieux, quoique dans le fondorst^ a ^ ent Point de foi. Les grands Sc les courtisans fontçn itiairement de ce nombre. Ils ont coutume, lorfqu’ilsnes°s C ^ Ino y en » soi re bâtir des mosquées, des fonrai-Ur } e grand chemin , des ponts , des hôtelleries publi-1 * qu on nomme k<ms ou caravanferais , & ils assignentes *°fids pour leur subsistance. Ils établiílènt dans les vil-
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les des séminaires & des écoles, pour y instruire la jeunes*se; ils font ces établiííèmens de maniéré, qu’ils puistent ap-porter un certain revenu à leurs descendans. Ce qui les dé-termine le plus d’en agir ainsi , c’est que si le capital qu’ilsemployeur pour cela, restoit entre leurs mains, il feraitconfisqué au plus tard après leur mort, au lieu que dès qu’ilest consacré à Dieu, ni aucune loi, ni tout le pouvoir dusultan ne sauraient l’aliéner. Dans Constantinople, il y apour la grande priere du vendredi quatre cents quatre-vingt-cinq mosquées, dom sept font nommées impériales,parce quelles ont été bâties par des empereurs Turcs àgrands frais. Toutes ces mosquées ont des revenus très-con-sidérables ; il y a de plus dans chaque quartier des endroitsparticuliers , appelles tnesebites ou mosquées ordinairespour la priere, outre celle du vendredi. On en comptequatre mille quatre cents quatre-vingt-quinze, fréquentéesuniquement par les Turcs. Les inarets , espèces d’hôpitauxoù l’on donne à manger aux pauvres, selon l’ordre prescritpar les fondateurs, font au nombre de cent, Sc il y a cinqcents quinze écoles publiques. Les Turcs font au reste fortcharitables envers les étrangers , de quelque religion qu’ilssoient. Ceux qui demeurent dans les villages, proche desgrands chemins, vont fe promener avant midi & vers lesoir, pour découvrir s’il ne paraît point de passager : entrouvent-ils quelqu’un, ils lînvitent à loger chez eux, Scmême ils disputent souvent à qui le recevra. •
L’étude fan une de leurs principales occupations, & c’està tort que le vulgaire les accuse de ne savoir pas lire , &d’entendre à peine l’alcoran. Il n’y a pas un savant parmieux , qui ne sache à fond ces trois langues ; le turc , le per-san & l’arabe : la langue turque est un composé des deuxautres. On étudie premierement, dans les écoles, les élé-mens de leur fausse religion ; on s’y instruit des matières dela foi, Sc on s’y forme le jugement. Ceuxqui veulent enfuit»faire des progrès dans les belles lettres, s’exercent conti-nuellement à bien écrire en prose & en vers , & écriventensuite leurs histoires , avec beaucoup d’espric, Sc unescrupuleuse exactitude , s’attachant à détailler jusqu’auxmoindres circonstances. Ils Rappliquent beaucoup à la lo-gique , & à toutes les autres parties de l’ancienne philoso-phie , Sc fur-tout à la médecine. L’alcoran ne leur défendque les dissections anatomiques , dans la croyance quelame ne fort pas entiere , en un instant ,du corps d’un Ma-hométan. Elle passe , selon eux, de membre en membre,jnsqu’à la poitrine , d’ou enfin , elle l’abandonne , & parconséquent, difent-ils, en disséquant un corps, on tour-menteroic.le patient.
L’alchymie leur déplaît infiniment ; ils composent leursremèdes suivant les anciennes recettes d ’Avicenne Sc deDioscoride , & ont quelque connoiílànce de la botanique.Ils Rappliquent beaucoup à la géométrie , à l’astronomie,à la géographie & à la morale. Ils ne font point imprimerleurs ouvrages ; mais ce n’est pas,comme on le croit com-munément , parce que l’imprimerie leur est défendue, ouque leurs ouvrages ne méritent pas l’impression. Ils neveulent pas empêcher tant de copistes, qui dans la seuleville de Constantinople, font à peu près au nombre dequatre-vingt-dix mille, de gagner leur vie ; & c est ce queles Turcs ont dit eux-mêmes aux Chrétiens & aux Juifs,qui vouloient l’imprimerie dans l’èmpire, pour en faiteleur profit.
On peut dire qu’il n’y a point de gouvernement, dansl’univers , qui ait des registres aussi exacts que les Turcs ,en tout cequi concerne les traités avec les pumances étran-gères ; lès domaines ; le cérémonial qu on y ooserve ;lexpédition des ordres ; les arrêts ; les officiers actuelle-ment à son service ; enfin , des finances. D un autre côté ,on peut les blâmer par rapport au luxe,.qu sis poussent àl’excès. Prennent-ils po (Teítion d une charge, que la saveurleur a fait obtenir, ou que quelque belle action leur aprocurée ? On leur volt aussi-tot un certain air de graviteSc d’autorité , qui les fait paraître ou être nés , ou avoirvieilli dans les emplois. Out ils quelque heureux succès îleur orgueil monte à son dernier période : ils se moquentde toutes les autre nations , & disent que la terre est tropbornée pour étendre leurs conquêtes. Ont-ils au contrairequelque échec î ils parodient entierement abattus. Si 1 evé-nement n’avoic pas fait connoître jusqu’où va leur conster-nation , on aurait de la peine à fe l’imaginer. Lorsqu âpresleurs disgrâces, ils voient une lueur de fortune, ils repren-Tome V- Z Z z z z z