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nent leur première hauteur ; elle devient metîie plus insup-portable qu’auparavant. Leur constance à supporter, cha-cun en son particulier , les revers de la fortune , est fansexemple parmi toute autre nation. Si celui qui étoit hiervisir se trouve aujourd’hui réduit à n’avoir que deux outrois domestiques, il regarde fa disgrâce avec une indiffé-rence extraordinaire , & n attribue ion malheur qu à lavolonté de Dieu , Sc à son mauvais destin. S’il rentre dansson premier poste, ce qui arrive très-souvent, il reprendaussi-tôt son ancien faste, comme s’il n’avoit jamais essuyéaucune disgrâce. Les Turcs font fort adonnés aux femmes;mais Us ne perdent pas leur tems avec elles ; ils leur com-mandent en maîtres. L'intérêt est une palïìon que les Turcsont fort à cœur ; les uns brûlent d’envie d’amaíïer & dcjouir de beaucoup de biens ; d’autres ont l’ambition devouloir donner des festins, & satisfaire à leur luxe & àleur lubricité. Cela les oblige à faire des dépenses exceffi*ves , pour avoir un grand nombre de femmes chez eux.L’avarice est cause qu’il y a des trésors immenses, en ar-gent Sc en joyaux , cachés à Constantinople. La plupart deceux à qui ils appartiennent, fe laissent souvent manquerdu nécessaire , plutôt que d’y toucher , 8í meurent, fansen donner connoistance à leurs héritiers. La dissimulationleur est presque naturelle'; ils trouvent facilement le moyende (e défaire d’une personne qui leur est suspecte, soit parle f* , soit par le poison. Ils ne s’ouvrent jamais à qui quece soit, Sc ne font paroître aucun ressentiment, afin qu’onne puiíle deviner leurs intentions. S’ils font menteurs, ilsne peuvent souffrir le mensonge chez les autres. On lesvoir rarement rire ; leur conversation est très-lérieuse ; ilsfont fort laconiques , en traitant de leurs affaires , Sc veu-lent qu’on s’explique avec eux en peu de mots. Ils font en-core très-artificieux , & s’expriment toujours problémati-quement, soit de vive voix , soit par écrit, afin de laistèr.matière à de nouvelles contestations. Lorsque leur com-merce ne regarde point la cour , ils font fort honnêtes, Scfe contentent d’un profit médiocre. Ils font religieux dansleur parole , & s’ils jurent qu’une chose vaut tant, ce íe -roit un affront pour eux de les convaincre du contraire ;mais pour ce qui est des gens de cour , la franchise leur estencore inconnue. Ils s’attachent facilement à la moindreapparence de promestè , quand même elle auroit été faitepar maniéré de parler ; & íi la chose est à leur avantage ,ils font tenir parole ail tems échu, comme d’une promestèeffective. Les belles paroles dont ils usent dans les affaires,contre leur naturel, font plus á craindre que les mauvaises.Ils emploient ces dernieres pour observer le maintien decelui avec qui ils traitent, avant que de passer aux pre-mières , qu’ils avoient destèin de donner pour la conclusiond’une affaire. Il n’y a point de nation qui fe laistè plus fa-cilement éblouir, par l’espérance d’un changement favo-rable , que les Turcs. Ils veulent bien un nom fameux,mais ils ne le cherchent pas parmi les chrétiens ; ainsi ilsne íe font point de scrupule de leur manquer de parole.Rien n’est pins difficile que de leur faire conclure un traitéde paix qui fasse mention de leurs disgrâces , ou qui lesoblige à céder quelques places. Il fera toujours plus aisé deleur faire la guerre , que de conclure avec eux une paixsujette à mille dédits ; ou fi elle est conclue, on ne pourraguère fe garantir de quelque tour de leur part. S’il manquequelque chose à l’exécutiòn ; par exemple , le règlementdes limites , l’échange ou la démolition des places , ils tâ-cheront toujours d’en empêcher la fin, pour qu’ils puilíènr,•avec le tems,trouver m prétexte de recommencer la guer-re. Si les puissances chrétiennes terminent aisément avecles Turcs mille petits différends, qui peuvent arriver cha-que jour, elles ne doivent pas pour cela s’imaginer qu’ilsen ont perdu la*mémoire , au contraire, ils s’en souvien-dront en tems & lieu. L’opinion commune est que lesTurcs font tout pour de l’argent ; on fe trompe ; quelqueavares qu’ils puissent être , on n’achete pas deux les servi-ces d’une grande importance, & leur offrir en ce cas del’argcnr, c’est les rendre plus insolens & soupçonneux. Unministre, qui voudroit à la porte ottomane fe servir decette voie, pour réussir dans ses négociations, n’y avance-foit pas trop ; cependant, si on veut fe rendre les choseàfaciles , il n’y a qu’à leur faire quelque petit présent, dontils se contentent.
La monnoie particulière de l’empjre commença de pa-roître l’an dc l’hégire 6 J : Abdilmelik, roi de Damas, fut
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le premier de tous les Mahométans qui fit battre monnoie ;on ne se fer voie, auparavant, que de monnoies étrangères.La monnoie est de trois fortes de métaux , d’or, d’argencSc de cuivre. Elle n’a point d’autre marque que certainscaractères , qui désignent le nom du sultan régnant, deson pere, Sc de quelques mots à fa louange , ou un paíïagede l’alcoran. La grande vénération que les Turcs ont pourle grand-seígneur , est cause qu’on ne met point son effigiesor la monnoie. Ils ont un si profond respect pour le por-trait du sultan , qu’ils.le placent immédiatement après celuide leur prophète ; Sc jugent qu il ne convient pas de le voirfur la monnoie , à cause quelle passe par les mains de toucle monde. Les villes où l’on bat ordinairement monnoie,font :
Le grand Caire, Alep,
Constantinople, Bagri-Serai.
Les Turcs , en général, savent bien le commerce. Legouvernement leur donne toute la protection nécessaire ,Sc ne charge point les marchandises de droits exorbitans.Il prend même foin qu’il y ait des ponts dans les grandschemins , où il en est besoin, Sc sur-tout qu’ils soient sûrs ;cependant cette commission , qui est donnée à des officiersmilitaires trcs-éloignés, Sc en particulier à ceux du dépar-tement d’Asie , est mal exécutée , & il fe commet très-fré-quemment des vols. La Turquie fournit quantité de foie,de laine , de poil de chèvre Sc de chameau , de coton bruc& filé , de lin , de cire , d huile de séné, de bétail, de cen-dres de toute forte de bois , pour les manufactures, Scde bois même pour la construction des bâtimens. Toutesces marchandises y font en si grande quantité , qu’outre cequi fe consomme dans l’empire , on en fournit encorebeaucoup aux autres nations. La situation de l’empire, quidu côté de l’Asie confine avec la Perse & l’Arabie heureu-se , est sort avantageuse au commerce. Les Turcs tirent,de ces pays la, beaucoup de marchandises ; ils les appor-tent dans les ports de l’Archipel, Sc de-là les distribuentaux autres nations de l’Europe , après qu’ils en ont remplileurs magasins. Ces marchandises font d’un côté des foies »des toiles de Perse & des Indes ; des draps d’or , des pier-reries & des drogues médicinales ; de l’autre ce font toutesfortes de parfums, du baume, du caste, qu’ils font venirde l’Arabie heureuse , par la mer Rouge. Avant que lesHollandois fe rendissent maîtres des istes des épiceries,toute l’Europe alloit faire ses provisions au Caire en Egy-pte. A ce premier commerce , il faut ajouter les tanneries,les pelleteries, pour toutes fortes d’ufage , & les chagrins,qu’on fait passer en Europe. La teinture , soit pour lessoies, soit pour les laines, soit même pour les peaux , yest dans fa derniere perfection , sur-tout pour l’éciat Sc ladurée des couleurs. C’est de ces laines dont ils font leurstapisseries, Sc s’ils avoient des desseins bien entendus , onne pourroit rien voir au monde de plus beau que ces fortesd’ouvrages. On y a introduit depuis peu des Fabriques detaffetas, par le moyen desquels les Turcs consommentmaintenant leurs foies. Ils font aussi d’autres étoffes ,fucdes desseins conformes à leur goût, de même que du bro-cart d’or & d’argent, principalement à Chio. Quoiqu’il yait peu de fourrures dans le pays ; car on les rire du Nord »íur-tout de la Moscovie, on ne laisse pas de les y parer estperfection. L’Italie ne leur fournit guère que des marchan-dises tirées des manufactures de Venise ; savoir, des drap*d’or Sc de laine, du papier & des verres. Les François lestsapportent toutes fortes d’étoftes de laine , du papier Sc dcla mercerie. Les Hollandois leurs fournissent aussi des étof-fes de laine, des épiceries Sc leur monnoie. Les Angloisleur apportent des étoffes dc laine , du plomb Sc de l’étairst»Les Turcs rirent, de l’Aliemagne, du laiton , du clinquant8c de toutes fortes de merceries. Lqtonarchaadises que j eSnations européennes fournissent auxTurcs, ne sont pointd’un assez grand prix , pour pouvoir être échangées avecles leurs ; aussi font elles obligées de donner du retour estargent comptant, & même assez considérablement. De-1*vient que les Turcs tirent de grosses sommes d’argent de 1*chrétienté , & quoi qu’ils employeur grande quantité d eplomb & detaim d’Angleterre , les A-nglois, qui ont ccsmétaux en plus grande abondance que toutes les aturç*nations , conviennent cependant qu’ils font encore oblig eSde leur donner bien du comptant, 8c même beaucoup ph* 5que les autres, potîr les marchandises qu’ils prennent d’eux,