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Tome sixième. T - Z.
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à son grand revenu , passe comme pour une principautéindépendante ; néanmoins on ne laisse pas de tenir dansBude même un registre exact de routes les forces qu’on enpeut tirer. Cela te fait avec d’autant plus de foin , que lesTurcs regardent ce gouvernement comme un des plus comsidérables de l’Empire , à cause qti’il est canine la clef deHongrie. Pendanc que j’y étois, il y avoir, comme je l’ap-

Í iris des officiers les mieux informés, le nombre que voici,equel se rapporte précisément à celui que je viens de re-marquer. Douze mille janissaires ; quinze cents spahis ;deux mille deux cents zaims & timariots ; dix-huit centsazapes, qui font les moindres soldats. Dans le château deBude douze cents; dix neuf cents gebegis ou armuriers ;cinq cents à la garde de la porte, appellée CoutchoucCapi; cinq cents cannoniers ; trois cents martolois, qui fontune efpéce de fantassins ; deux cents quatre-vingts soldatspour garder lé magasin des poudres ; trois miste soldats quifervent le hacha; cela fait en tout vingt-cinq mille centquatre vingts, à quoi, fi on ajoute la milice de Bosnie &des autres provinces de l’Eseìavonie, & celle qui est lelong des frontières, dont l’etendue est de huit cents lieuesangloifes ou environ, le nombre ne pourra pas aller àmoins de foi.xante-dix mille combattans ; mais on ne parleici que des zaims & des timariots, dont le nombre peutaller à dix mille neuf cents quarante - huit zaims, & àsoixante-douze mille quatre cents trente-six timariots, quison r en tout quatre - vingt-trois mille trois cents quatre-vingts , selon la moindre estimation , & qui peut être aisé-ment plus grand d un tiers, outre la milice du grand caire,ct ses autres ordies de soldats , dont on parlera aux chapi-tres soivans.

Ces partages & ces divisions furent faites autrefois parSoliman le Magnifique , comme un des meilleurs moyensde tenir en ordre la milice, qui est le plus puissent appuide l’empire des Ottomans. Mais comme avec le tems lacorruption se glisse par-tout, l’avarice & l’ambitien desofficiers ont trouvé le moyen d’apporcer quelque altérationdans ce bel ordre , & les beglerbegs, les hachas & les tré-soriers , au lieu de donner des récompenses aux soldats,selon leur mérite & leurs services, réservent ces ziamets &ces ttmars , pour récompenser leurs domestiques, & pourcn tirer divers services. Les seigneurs qui demeurent àConstantinople, ou proche de la mer,obligent ces do-mestiques à entretenir ses bateaux qui apportent les provi-sions nécessaires pour leur maison. Ceux qui demeurentdans des lieux plus éloignés de la mer s’accommodent avecle trésorier des soldats , 8c sans avoir égard aux véritableshéritiers, mettent en vente se revenu des fermes, Sc ledonnent à ceux qui en offrent 1e pins. De forte que dansle rems de la moiílon le hacha envoye ses officiers pourrecevoir les droits de ces pauvres timariots , ce qui se faitavec une si grande violence , qu’il naît une infinité de pro-cès dc ces actions ; mais comme ils se passent tous devantdes juges intéressés, la sentence est toujours prononcée enfaveur de celui qui a le plus de pouvoir & le plus d’argenr.Le calcul qu on vient de faire des zaims ct des timariots,est le plus raisonnable qu’on peut faire ; mais comme il estfait fur la plus basse estimation , on peut dire , en ajoutantquelque chose aux quatre vingt trois mille trois cents qua-tre-vingts , que cette milice va jusqua cent mille combar-tans , qui est, à ce qu’on dit, 1e plus grand nombre qu'onpuisse mettre ensemble. , ,

Les Turcá se persuadent que leurs loix civiles leur ayantété données par leur prophète , aufli bien que ses précep-tes de leur religion , elles viennent egalement de Dieu , &qn’ils font également obligés à y obéir. Leurs cérémonies,leur doctrine, les loix de leur religion font renferméesdans trois livres qu’on peut appeller proprement le code& les pandectes de la religion des Mahométans. Le pre-mier est 1 ’alcoran ; le second ajsonacb , ou la tradition, avecles sentimens des sages ; 1e troisième comprend les consé-quences que l'on en cire. Mahomet a écrit l’alcoran , & afait quelques loix pour le gouvernement civil, le reste a étécomposé par ses quatres premiers successeurs Abubeker,Omar, Osman & Aly. Les califes de Babylone & d’Egyp-tc , ont anffi été des docteurs ct des interprètes de la loide Mahomet, & leurs décisions étoient regardées commed’autorité divine; mais 1 opinion que l’on avoir de leurautorité infaillible s’etant perdue avec leur puissance tem-porelle , elle a été transportée au mufti. Cependant quoi-

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qu’il y ait une grapde diversité entre les docteurs, dans^explication da leur loi, quiconque néanmoins observe sescinq articles fondamentaux de leur religion , est regardé enTurquie comme véritable fidèle. Le premier de ces articlesregarde la pureté extérieure de leurs corps & de leurs ha-bits. Le second consiste à faire leurs prières cinq fois lcjour. Le troisième oblige à jeûner le mois de ramazan. Lequatrième ordonne de donner de bonne fois la z.ecat , c’est-à-dire saumoné. I.e cinquième oblige à faire le voyage dela Mecque quand la choie est possible; mais ils n'ont qu’unseul article de foi qu’iis doivent croire , savoir, Qtt'il n J ttqu un seul Dieu, & que Mahomet ejl son prophète. Les autrescérémonies, comme la circoncision , Inobservation du ven-dredi pour un jour de dévotion, l’abstinence de la chairde pourceau ct du sang des animaux , ne sept pas com-prises dans ses cinq principaux articles, ct n’ont étécommandées que pour servir de marques ct de preuve dsl’obéilíance des hommes dans les choses ses plus nécessairesde la loi.

Le mufti est ie c’nefprincipai de la religion des Turcs, 8Cl’oracle de tous les doutes ct de toutes ses difficultés quipeuvent naître fur i’exphcation de leur loi. Il est extrême*ment considéré, ct les Turcs ont tout le respect imaginablepour fa personne. Son élection dépend absolument de sevolonté du grand-seigneur , qui choisit toujours pour cet of-fice un homme de grand savoir, d'une probité reconnue ,& d’une austérité exemplaire pour les moeurs. Son autoritéest si grande , que le grand seigneur même ne le contreditjamais, ct ne s‘oppose à aucune dts sentences qu’ilprononcées ; fa puiíîànce ne s’écend pas néanmoins jusqu’ácontraindre dans les affaires d état & dans les causes civilesct criminelles, i! se contente de dire son sentiment & d em-ployer des raisons pour l’appuyer; il les donne par écrieâpres que la question lui a ete proposée cn peu de mot»aussi par écrit, ct il se contente d écrire au bas un oui oiiun «o» , ct cela s’appelle sets a , après quoi il ajoute cesmots : Dieu sait ce qui esl meilleur. Lorsque ce pa-pier est porté au cadi ou juge , il y conforme toujours sonjugement, & par ce moyen les procès de la plus grandeimportance font terminés dans une heure ; la sentence s’e-xécute fans délai ct fans appel. Pour ce qui regarde les af-faires d’érat, le sultan lui demande son avis fur les chosesles plus importantes, comme lorsqu’il veut faire mourirquelque personne considérable , ou iorsqu’ii s’agit de fairela paix ou la guerre , ce qu’il fait pour paroîrre plus équita-ble & plus dévot, ou pour obliger son peuple à lui rendreune obéissance plus volontaire. Si le grand-seigneur con-sulte le mufti sur des choses que celui ci ne peut décider enbonne conscience comme le souverain le souhaiteroir, Harrive alors du retardement & du désordre dans les affai-res; dans ce cas le mufti est privé de fa charge , on établirun autre oracle qui puisse résoudre les difficultés d’une ma-niéré plus conforme aux intentions du sultan ; s’il ne lefait pas , il perd son office comme le premier, & il en ar-rive de même de tous les autres, jusqu’á ce qu’il s’en ren-contre quelqu’un dont les réponses s’accommodent aitXdesseins ct aux intérêts de son prince. ì^tre charge croiebeaucoup plus considérable autrefois qu’elle ne l’estprésentement ; on n’emreprenoir aucune guerre ni aucuneaffaire considérable , sans avoir auparavant consulié cetoracle ; mais aujourd’hui on est beaucoup plus réservé ácet égard. On le consulte quelquefois pour la forme; mal*la maniéré d’agirla plus commune » est que le grand visesc contentant de fa capacité , décide lui même les affaires»& exécute même souvent ce qu’il a résolu, après quoi il de-mande l’approbation du mufii & le sens de la loi ; alors lemufti a un vaste champ pour trouver des interpétations »car leur loi s’accommode aux tems & aux conjonctu-res.

Aptès la charge de mufti, celle de cadifiesker ou jug ede la milice, & que l’on appelle autrement juge avocat, estla plus considérable. Ç)uoique 1 ctymosegie de cadip*k#semble restreindre cette charge aux soldats, elle ne laissepas pourtant de setendre généralement fur toutes serres dcpersonnes, & ses cadisleskers peuvent connoître de toutessortes de causes ct juger toutes fortes de procès; m-Uîcomme les soldats ont le privilège de ne pouvoir être sou*mis qu’à leurs officiers, il faut que les juges qui connois*sent de leurs différends sòient établis juges de farinée,avaut que de pouvoir exercer aucune juridiction sor cuX '