Band 
Tome sixième. T - Z.
Seite
22
JPEG-Download
 

2.2. VAL. VAL.

Le grand-maître, soutenu de ces secours, fit ve-nir des ingénieurs 8c des ouvriers de différens en-droits de l'Italie ; & après qu on eut pris les aligne-nt ens nécessaires , ce prince, en habit de cérémonie ,accompagné du conseil, & suivi de tous les cheva-liers, se rendit au mont Sceberras, où il mit la pre-mière pierre de la cité nouvelle, 8c íur laquelle onavoit gravé en latin le décret du conseil, çonçu àpeu près en ces ternes : DIllustrissime H Révérendis-Jìme Seigneur , Frere Jean de la f 'alette, Grand-Maî-tre de lOrdre Hospitalier , & Militaire de Saint Jeande Jérusalem-, considérant tous les périls aus quels sesChevaliers ís son peuple de Malte ont été exposés parles insdeles au derniersecle, de concert avec le ChesdtVOrdre, & pour s* opposer à de nouvelles entreprises dela part des barbare s, ayant formé le dessein de construireune ville sur le Mont Sceberras, aujourdé hui Jeudivingt-huit du mois de Mars 1566, après avoir invoquéle Saint nom de Dieu , & demandé f intercession de laSainte ViergeJ'a mere , & de Saint Jean - Baptiste ,Patron titulaire de VOrdre, pour attirer la bénédictiondu Ciels ur un ouvrage s important, le Seigneur Grand-Maitre en aposé la premiere pierre, sur laquelle on agravé ses armes, qui font de gueule au lion d 1 or , & lanouvelle ville, parson ordre, a. été nommée la Cité dela V'alette. * De Mertot, Histoire de l'Ordre deMalte , 1 . 14.

Pour conserver à la postérité la mémoire d’un évé-nement si considérable , on jetta dans les fondemensun grand nombre de médailles d’or 8c d’argent, quireprésentoient cette nouvelle ville , avec cette ins-cription : ME 1 ITA RENASCENS , Malte renaissante ;& a l'exergue, on avoit mis l’année 8c le jour de fafondation.

L’on vit tout le monde s’empresser à l’envi detravailler à ce grand ouvrage; le chevalier au milieud’un riche 8c d’un pauvre habitant rangeoit les pier-res , 8c fournissoit du secours aux ouvriers : le_grand-maître les animoit tous par fa présence , 8c souventpar son exemple. Lorsque l’argent manquoit pourpayer les ouvriers , il faifoit frapper de la monnoiede cuivre , à laquelle il attachoit une différente va-leur , selon la grandeur différente dont elle étoit tail-lée. D’un côté on voyoit deux mains entrelassées, quise touchoient, 8c de l’autre les armes de la Valetteécartelées, avec celles de la religion, 8c pour légen-de ces^mots latins : Non AES SED FlDES ; Faitesmoins attention au métal qis à la parole inviolable q if onvous donne de le reprendre. En effet, on ne manquoitjamais, fi-tôt qu’on avoit reçu de l’argent, de retirercette monnoie ; 8c par cette exactitude la confianceparmi le peuple s’établit si solidement, que le travailne fut jamais , ni discontinué , ni même ralenti.

La cité de la Valette est bâtie sur un roc, dam unlieu assez rude 8c élevé , qui sépare le port de MarsaMusseto , du grand port, ou Mar^a. Elle est située furune presqu’isle , ou péninsule battue des flots de lamer par trois endroits , 8c comme séparée du relie del’isle par un grand fossé taillé dans le roc. Sur la pointeou l’extrémité du même rocher , est placé le châteauappellé Saint Elme. C’est une belle 8cforte place, en-tourée de fossés taillés dans le roc, 8c défendue debons bastions , 8c par plusieurs autres ouvrages à lamoderne. Le dedans est orné de rues belles, grandes,longues 8c droites. Les principales font Strata Réale,ou la grande rue, 8c Strata Mercantì, la rue des mar-chands. Les maisons font hautes 8c bâties de pierresde taille , au nombre d’environ deux mille ; 8c leurstoits font en plate-forme, à la maniéré des orientaux.Chaque maison étoit autrefois pourvue d’une bonneciterne, pour recevoir l’eau de pluie ; mais les étran-gers se lerv ent aujourd’hui pour la plus grande partie,del’eaud’unefortbelle fontaine,située près delapottedel Monte, au bord de la mer , où elle est portée pardes aqueducs de huit lieues de longueur. Cet ouvrageest dû aux foins du grand-maître Alof de Vigna-cour, qui trouva heureusement cette invention, 8c yfit travailler au grand avantage, tant des habitansque des étrangers, dont les vaisseaux font à la radedevant la ville ; car en ouvrant dans la cité un robi-net, l’eau fort tout près du rivage ; 8c par le moyen

d’un tuyau , ou conduit, 011 la peut faire couler par-dessus le bord des vaisseaux, jusques dans les futailles,qu’on remplit ainsi en peu de temps.

Cette ville a trois portes, dont l’une a son issuevers le bord de la mer 8c fur le port : on l’appelle.porta del Monte. Les deux autres font dli côté de ter-re ; l’une s’appelle porta Réale ,• 8c 1 autre porta Bou-cher ia ; à cause qu’elle est tout près de la boucherie;II y a sept Eglises. La principale ou la cathédrale, estcelle de saint Jean, patron 8c protecteur de l’Ordre ,8c on y garde la main droite de ce Saint. Les autresEglises font celles de saint Augustin, de saint Domi-nique , de Sanâta Maria Jésus, de San-Paulo , de laMadona de Carmine, le Collegio de Jesu, 8c de la Ma-dame de la Mittoria.

II y a sept palais qu’on nomme auberges, 8c où peu-vent manger tous les religieux, soit chevaliers, oufreres servans , tant les profès que novices des septlangues. Les commandeurs qu’on suppose assez richespour subsister des revenus de leurs commanderies nes y présentent guere : chaque chef ou pilier de l’au-berge y occupe un appartement considérable. Le tré-sor de í’Ordre lui fournit une somme, soit en argent,soit en grains, ou en huile , pour les alimens des reli-gieux de son auberge : mais comme il ne tire pas suf-fisamment du trésor pour subvenir à cette dépense, ily supplée de ses propres fonds, 8c cela toujours avechonneur, parce que ceux qui tiennent auberge oncdroit à la premiere dignité vacante dans fa langue. Sì'l'auberge est vacante par la mort, ou la promotiondu pilier à une dignité supérieure , le plus ancienchevalier de la langue y entre à sa place. II est indif-férent s’il est commandeur ou simple chevalier, ilsuffit qu il soit le plus ancien de fa langue, qu’il nedoive rien au trésor ; 8c en cas qu’il possede des biensdel’ordre,qu‘il ait fait ses améliorissemens Scie papierterrier, qu il ait dix ans de résidence au couvent, en-fin, qu’en vertu de son droit d’ancienneté , il ait re-quis la dignité vacante, qui, toute onéreuse qu’elleest, ne laisse pas d être recherchée , parce qu’ellesert toujours de passage à une autre, qui par ses reve-nus dédommage amplement des frais qu’on a faits.Ces auberges font :

Bergia di Provence,Bergia de Auvergne, ouÂlvernia,

Bergia de France,

Bergia, di Italia,

Bergia di Arag.m,Bergia di Ale magna ,Bergia di Castiha,

L’auberge de Provence.L’auberge d’Auvergne.L’auberge de France.L’auberge d’Italie.L’auberge d’Aragon.L’auberge d'Allemagne.L’auberge de Castille.

II y avoit autrefois l’auberge d’Angîeterre , Bergia,di Angs terra ; mais elle est présentement abolie.

On volt outre cela plusieurs couvens, comme ceuxde sainte Ursule, de sainte Catherine 8c des Repen-ties. Le palais du grand-maître, est entre le châteaude S. Elme Sel église de saint Jean. On y remarqueune grande 8c belle salle , où le Grand-maître tientordinairement son conseil , 8c où s’assemblent sesconseillers, ou chevaliers grand-croix, pour délibé-rer des affaires : on l’appelle pour cette raison la salledes assemblées. Sur le derriere du palais on remarquedeux têtes de marbre de demi bas relief, placées dansla muraille, 8c plus grandes que le naturel. Sur l’uneon lit ces mots : Zenobia Ortentalïs Domina ,8c fut l’autre PenTESILEA. Elles furent trouvées àMalte l’an 276. II y a dans ce quartier une place oumarché, où les paysans portent vendre fur leurs ânestoutes sortes de fruits 8c de grains, des oiseaux , desmoutons, des chevres, des pourceaux, 8cc. En été àcause des grandes chaleurs, on tient le marché avantle lever du soleil, 8c il commence auífi à finir à mesureque le soleil se couche.

Près du château saint Elme , est un hôpital, otíHôtel-Dieu. C’est un bâtiment d’une structure ma-gnifique , sur-tout depuis l’agrandissement qui y f u Ffait en 1664. Chaque malade y a fa petite chambre *part, dans une grande sale de trente pas de losSps"de dix de large, où elles font angées l une à côte ue