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Tome sixième. T - Z.
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est telle dans ce point. S’il survient une affaire , quiexige une diète des treize cantons , celui, qu r la de-mande , s’adresfe au sénat de Zurich, pour deman-der que tous les cantons soient convoqués ; & s’il ya une nécessité pressante de former une telle assem-blée , chaque canton, à la rigueur, la peut convo-quer.

Les députés de Zurich , dit Stanian , dans fa re-lation de la Suisse , expédient, à la levée des diè-tes, l’ Abscheid, ourecès, que l’on envoye à tousles cantons, St qui contient les résultats de leurs dé-libérations : ainsi, ils font aussi-bien les secrétairesque les présidons de ces assemblées ; & ils portenttoujours la parole, quand les députés des cantonsfont envoyés pour complimenter , ou pour traiteravec le ministre d’un prince étranger. Mais il y a eudu changement fur cet article. Ce que dit Stanian,étoit fort ordinaire avant la paix commune de 1712.C'étoit le secrétaire du bailliage de Bade , qui expé-dioit 1 'Abschtii , ou recès ; mais les Réforméss’étant apperçus que cette place de secrétaire étoitsouvent remplie par des gens peu capables, ou quiétoient de la religion catholique, ils soupçonnèrentla sincérité de ces secrétaires , du moins pour leschoses qui concernoient la religion : aussi fut-il ar-rêté , par le traité de paix, dont il vient d’être par-lé , qu’il y auroit à l’avenir deux secrétaires, dontle premier seroit de Zurich ou de Berne, 8t le se-cond , de la religion catholique ; qu’ils signeroientles actes conjointement j &que, lorsque rassembléeseroit finie, ils les Broient aux députés , qui les ap-prouveraient , afin qu’il ne s’y pût trouver ni diffé-rence , ni fausseté, ni autre pareil inconvénient.

Enfin , il saut remarquer que la ville de Zurich estcomme la chancellerie de toute la Suisse ; que c'estpar cette raison, que toutes les lettres des souverainsy font portées.

Le terroir du canton de Zurich est mêlé de mon-tagnes & de campagnes, qui toutes rapportent quel-que chose pour l’usage de la vie. II est fertile en bonsorains, & les lacs 8t les rivières y font riches enpoissons. On y voit quantité de vignobles; mais l evin y est verd : cependant on peut le garder trenteans, fans qu’il se gâte , & plus on le garde, plus il«'adoucit. Cette âpreté du vin, vient du voisinagedes Alpes , dont les neiges, qui croissent perpétuel-lement, refroidissent beaucoup l’air, St empêchentque les raisins ne puissent mûrir. On conte, àcesujet,qu’un ambassadeur de France s’étant fait montrer, aZurich, entr’autres curiosités, la cave de la ville,dit qu’il n’avoit jamais vu tant de verjus à la fois.L’illustre Suheuchzer remarque, dans un essai, qu’ila donné , de l’histoire naturelle de la Suisse , qu’enquelques endroits de ce canton, comme à une lieue& demie de la ville, près de Regenstorff, & d unpetit lac , nommé Gatzensée , il ie trouve une cer-taine terre, dont onpourroit, en cas de besoin, íairede la tourbe.

2. ZURICH, ville de la Suisse, & capitale d’uncanton de même nom, en Latin, Tigurum. C’estune des plus considérables villes de la Suisse, pouría beauté, pour sa puissance, & on pourroit ajouter ,pour son ancienneré, s’il y avoit quelque fondementà faire, fur ce que disent les annales du pays, que laville de Zurich fut bâtie cinq ans après Trêves, &qu’ayant été ruinée par Attila, elle fut rétablie parTburicus, fils de Theoáoric, roi des Goths, d’oùelle prit le nom de Thurìcum , qu’elle mettoit au-trefois fur fa monnoie, & qui a produit le nom deZurich. Mais on a vu, dans l'article précédent, qu’au-cun ancien n’a connu la ville Tigurum.

Quoi qu’il en soit, on peut dire qu’elle est dansune situation tout-à-fait agréable, fur le penchantde deux collines, à l’issue d’un beau grand lac, quidégorge la riviere de Limmat, & partage la ville endeux parties inégales, jointes ensemble, par deuxgrands ponts de bois. Le plus grand, qui est vers lemilieu de la ville, près de l’hôtel-de-ville, est stlarge, qu’il sert de promenade & de lieu à tenir lemarché des fruits & des herbages; l’autre, placéplus haut, est tout couvert; de forte qu’on peut s’y

promener commodément, &y être à Tabri des inju-res de l’air. Sur le premier, on a un aspect fort agréa-ble : car on peut porter la vue fur les deux côtés dela ville, que l’on voit en perspective; & d’un côté,fur le lac ; & de l’autre , íur le cours de la riviere.* Etat& délices de la Su ìsj'e , t. 2, p. Ç.

Les rues de Zurich font propres , les maisons assezbien bâties, fans être magnifiques. La ville est for-tifiée à la moderne, avec de larges fossés, revêtusde pierre de taille. Entre les bâtimens publics, qu'onvoit dans la grande ville, qui est à la droite de laLimmat, le plus considérable est le grand temple ,qu’on nomme GroJJ-Munster , ou le temple de faineFélix & saint Régula, à cause de ces deux martyrsde la légion Thébaine, dont on croyoit que les os yétoient enfévelis, & pour lesquels les anciens habi-tans avoient une grande vénération. La structure dece temple est assez simple. Ses deux tours font cequ’il y a de plus remarquable. Celle où font les clo-ches, est couverte de cuivre. On y voit, au-dehors,taillée en pierre, la figure d’un cavalier à cheval, &qui doit être celle de Rupert, duc de Suabe , fon-dateur de cette église. A l’autre, aussi en dehors,on voit la statue, cn pierre, de Charlemagne, avecune couronne dorée, en mémoire de ce qu’il avoicenrichi cette église.

Autrefois cette église étoit desservie par un cha-pitre de chanoines, fondé par Clovis III, roi deFrance- Quand la ville de Zurich embrassa la résor-mation, on retint le nom & les rentes des chanoi-nes ; de forte que le doyen St le chapitre y font tou-jours corps. Ils possèdent, fur ce pied, les mêmesbiens, qu’ils posfedoient avant la réformation, St ilsont de quoi vivre largement: aussi sont-ils chargésd’unjjrand travail; car le moins qu’ils prêchent, c’estune fois le jour ; & assez souvent ils prêchent deuxou trois fois. Quelques-uns de ces chanoines fontpasteurs, d’autres professeurs, St d’autres adminis-trateurs de cette église ou des pauvres. C’est-là, quel’on voit le collège St les auditoires publics, où l’onenseigne les humanités, les langues savantes, laphilosophie & la théologie. C’est-là encore, que setrouve une vieille bibliothèque, assez riche en ma-nuscrits , parmi lesquels on remarque une grandebible latine, écrite fur du parchemin, St que l’ondit etre un preíent de Charlemagne. On y voit aussiun grand nombre de lettres de Bullinger, St cellesque quelques autres grands-hommes lui ont écrites.Elles sont toutes reliées ensemble, St font plusieursvolumes in-folio.

La maison de ville est dans le même quartier. Ellefut bâtie à neuf en 1694, au bord de la Limmat, íùrles fondemens de l’ancienne , qui furent trouvésbons 8t solides. On n’a rien épargné de ce qui étoitcapable de l’embellir. L’édifice est d une belle íym»métrie, St de belles pierres de taille, très-bien tra-vaillées. Le portail, où l’on monte, par un perronde quatre ou cinq marches, est construit de marbrenoir, St ses colomnes reposent fur des bazes de fonte*.Au-dessus, on lit cette inscription :

Deo

ET

PatrijE Sac.

Hmc curia Jussu

ET AUSPICIIS

S. P. Q. T.

É fundam. extr. et cond. estAnno Chr. MDCXCIV. et seqq:

. Tout ce que l’art 8t l’industrie des sculpteurs eSpierre St en bois, des peintres St des ouvriers en plâ-tre , étoit capable de produire, a été employé à l'or-nement de cet édifice. Dans le premier vestibule, onvoit deux grands tableaux, qui représentent toutesles espèces de poissons du lac St de la Limmat ; 8t íil’on entre dans les chambres, on trouve divers au-très-beaux tableaux , 8c des lustres magnifiqueschargés de très-belles figures , qui représentent leshéros des républiques anciennes, St ceux de la Suis-se. Les deux chambres, où s’asscmblent les conseils».