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■ont chacune'un beau-grand fourneau à couronne , àla mode du pays, de très-belle brique blanche, d’ou-vrage-de Wintherthour, & où l’on voir plusieurs fi-gures emblématiques, avec les plus célébrés bataillesdes anciens Suisses, qui ont procuré ou assuré leurliberté.
Près du pont d’en haut, est une église, nommée■ WasserkircR , c’est-à-dire, P église de Peau, parcequ’elle est au bord de Peau. On y a mis une bibliothè-que publique, richement fournie : au-dessus, on abâti une salle , qui tient toute la longueur & la lar-geur du temple, & dont on a fait le cabinet des ra-retés. II est très-bien fourni. On y voit une quantitésurprenante de diverses merveilles de la nature & dePart, rangées dans un bel ordre, & distribuées dans«les espèces de garderobes. II y a aussi de grandes car-i tes du canton de Zurich , & de quelques autres , Scqui passent pour être très-exactes. Elles font faites àìa main. A quelques pas de-là , on trouve , fur la ri-vière , une machine fort ingénieuse, pour fournir dePeau à la ville. Ce sont de grosses roues, commedes roues de moulin, 8c que Peau fait tourner. Ellesfont garnies de sceaux de cuivre, qui, en tournant,puisent Peau de la rivière , & la vuident dans descanaux, d’où elle est portée dans des fontaines, furle pont auquel ces roues font attachées ; 8c de-là,•elles coulent dans diverses maisons particulières.
Dans la petite ville , qui est fur la Limmat, onvoit le temple , nommé Erajyen-,Munster , c’est-à-dire , le Moustier des Dames, parce que c étoit uneabbaye royale de dames ou de religieuses nobles ,fondée en 853, par Louis le Germanique , fils deLouis le Débonnaire , qui y établit, pour premièreabbesse, sa fille Hildegarde , Sc donna, à cette ab-baye , le droit de battre monnoye, d’avoir jurisclic-tion fur la ville, de nommer le président & tous lesassesseurs du tribunal de justice , & divers autresdroits, avec de grands biens. Louis le Germaniquene fe réserva que le haut-domaine, la souverainete Scla protection ou avouerie du monastère de ThuregouTuric , que l’on prononçoit Zuric ; Sc ce nom deTurich , fe trouve dans les actes les plus anciens.A Hildegarde succéda une autre fille.de Louis, nom-mée Berthe. Ce fut elle , qui obtint de ion frerel’empereur, Charles le Gros , le droit de battre mon-noye : de forte qu’il reste encore quelques anciennespièces, où l’on voit ces mots: Monefa Turicenjìs.Le30.de Novembre 1Ç24, P abbesse, nommée Ca-therine, fille de Jean Wernher, baron de Zembe-ren, seigneur de Messkirch 8c de Wildesrem, re-mit tous les droits de tous les biens de cette abbayeentre les mains des magistrats, les priant de la réfor-mer , 8c d’employer les revenus à la gloire de Dieu,Ssc SU soulagement des pauvres. Les magistrats ne si--rerit usage de cette cession, qu’en 1526, où l’oncommença abattre monnoye, pour la premiere fois,au nom d.e la ville ; Sc on établit un nouveau tribu-nal, pour administrer la justice au même nom. Cemonastère, dont les revenus font entre les mainsd un administrateur , a été converti en un collège decharité, où Pétât entretient un certain nombre depauvres écoliers, qui font nourris., vêtus 8c ensei-gnés gratis. Le temple, où l’on voit encore la statueSe la premiere abbesse,,Hildegarde, avec celle deBerold, son chapelain, sert à former les assembléesde la paroisse, 8c celle dune petite église Françoi-se, que l’on a recueillie à Zurich. * Longuerue , D esc.de la Fr. part. 2, p 2Ç4.
A quelque distance du Frœwen-Munster , est letemple paroissial de saint Pierre, dont on a rebâti leéiochet tout à neuf, il y a peu d’années, parce qu’ilavoit été brûlé par le feu du ciel. Près de ce temple,il y a une très-belle place, qu’on appelle Lindenhofc’est-à-dire, la cour des tilleuls. Elle a été ainsi nom-mée, parce qu’elle est toute plantée de cette espèceà’arbres, fous lesquels on se promene à Pornbre enEté,- 8c où l’on jouit d’une agréable fraîcheur. Maisçequ’il y a encore de plus beau, dans cette place ,c’est son élévation; car comme elle occupe le hautd’une colline fort élevée , au bord de la Limmat, onf a, la -vue de toute la ville & des campagnes yoisi-
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mes, qui font une très-belle perspective. Autrefois,au lieu de cette place , il y avoit une forteresse , quicommandoit toute la ville, Sc qui étoit la résidencedes gouverneurs du pays , du rems des rois Francsde la premiere 8c de la seconde race, 8c des empe-reurs Allemands.
A l’un.des bouts de la ville , on voit Parsenal. Oncompte Parsenal de Zurich pour le mieux fourni detoute là Suisse. Dans l’un de ces bâtimens, on mon-tre la figure de Guillaume Tell , babillée 8c arméeàì’ancienne mode Suisse. On y conserve son arba-lète , avec laquelle il abbattit la pomme de dessusla tête de son fils, en 1307. Enfin, on y voit l’épée8c les gantelets de Lewemberg, le chef de paysansrebelles, qui osèrent assiéger Berne, vers le milieudu dernier siécle, 8c battirent cette ville avec des ca-nons de bois.
II n’est pas possible de détailler tous les édificesconsidérables de Zurich ; cela nous meneroit troploin. 11 y a cinq églises paroissiales, où l’on prêcheordinairement j la grande église, P église des dames ,ou Frawen-Munster ; P église de saint Pierre, celledes Dominicains, 8c celle d’Oetembach ou dePHô-pital. II ne faut pas néanmoins oublier de remarquerque tout joignant P église des Dominicains, il y a unvieux grenier, où l’on garde du bled de P année 1540,qu’on appelle communément le chaud Eté, à causedes chaleurs excessives, qu’il y eut dans tout le coursde cette année. Ce bled fe conserve si bien, qu’onen peut faire encore aujourd’hui d’assez bon pain,pourvû qu’on ait soin de le tremper vingt-quatreheures dans Peau, avant que de s’en servir. Du reste,il y a un autre grenier public , au bord de la riviere,
qui est toujours très-bien fourni.
On voit encore en partie, à Zurich , cette simpli-cité 8c cette candeur des anciens Suisses, 8c leur hu-manité envers Its étrangers : la vertu 8c la piété pa-roisíent regner parmi les habitans, mais fans faste 8cfans éclat. On peut même dire, à la louange de cecanton, que dans le tems du changement de reli-gion , il surpassa ses alliés en désintéressement : caril convertit en usages pieux les revenus des églises3c’est ce qui fait que l’on voit de toutes parts un ngrand nombre d’hôpitaux, tous bien rentes.
Chacun fait que la ville de Zurich renonça à lareligion catholique - Romaine en 1524, 8c qu’elleembrassa la réformation d’Ulric Zuingle, ce fameuxréformateur de la Suisse. Depuis ce tems, on a entre-tenu , à Zurich, une accadémie ou collège , où l’onenseigne la théologie & quelques autres sciences, 8cqui a toujours fourni de savans hommes, entr’autres ,les Bullingers, les Stuckius, les Lavaters, les Hos-pinians , les Hottingers , les Heideggers , 8c plu-sieurs autres, dont il seroit trop difficile de fairerémunération.
Les habitans de Zurich passent pour être fort cu-rieux ; ils aiment le travail, font industrieux ; 8c iln’y a point de ville, dans la Suisse , où l’on trouveplus de monumens dans l’histoire du pays : ceux quine font pas gens de lettres , s’appliquent au négoce :leur principale manufacture est celle du crépon , quipasse pour le plus beau qui fe voie ; ils Penvoientpar-tout, par le moyen de la Limmat , qui fait lacommunication avec le Rhin, par le moyen de l’Aa-re, dans laquelle elle se jette à 6 ou 7 lieues de-là.Les femmes de Zurich font fort réservées en public ,mais d’un commerce assez aisé à la maison : on dis-tingue les filles d’avec les femmes, en ce que lespremieres portent, fur la tête, une espèce de touf-fe, ou de nœud de rubans, qui est la marque deleur état. Les hommes y font affables, officieux, fi-dèles , religieux à tenir ce qu’ils ont promis: 8c dansla guerre , ils ont autrefois donné des preuves - deleur valeur ; ils imitèrent le canton de Lucerne, Scíe firent eux-mêmes canton , en 13Ç1. Leur villeétoit impériale, 8c n’avoir jamais fait partie de lamaison d’Autriche ; cependant à son occasion, ils’alîuma une guerre entre les Autrichiens 8c les car-tons : elle avoit dé j a fait alliance avec les cantonsd’Uri 8c de Schwitz , clés Pan 1251; & quoique Al-bert , archiduc d’Autriçhe, eut en général fait beau-