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V I E D E Mr. B A Y L E.
( I ) Chìr/ieredànonttse ,Iieface >p. clxxvjj.
<r) Voyezl’Aveitifle-ment misau reveisdu titre desNouvellesde Mai1684 de la3. édition.
(j) Voyezla Lettreà Mr. leClerc du18 de juin
>684, p.r, z.
6 c suiy.
court, Sc plus moiielleux que dans celles de Des Cartes, & qu’on soit allé plus avant que 16S4,lui. G'est le jugement qu’en porte Mr. Bayle.
L’Eclaircissement de Mr. Bernier fut réfuté dans un Livre imprimé à Paris en 1682,fous ce titre : La Philosophie de Mr. Descartes contraire à la Foi de VEglise Catholique .
Avec la Réfutation d'un Imprimé sait depuis peu pour fa défense. Cet Imprimé, c’eíl l’E-crit de Mr. Bernier. L’Auteur de ce Livre dit qu’ayant vû celui de Mr. de la Ville , iltrouva qu’on y avoit fort bien attaqué le Systeme des Cartésiens au sujet de l’essence duCorps, mais qu’on n’avoit pas réfuté leur sentiment fur les accidens ou les qualitez de lamatière: de forte qu’il avoit crû devoir traiter ce dernier point, Sc y joindre une nouvel-le discussion du premier , pour faire un Ouvrage complet. Ainsi il divisa son Livre endeux parties. Dans la premiere, il fit voir que „si P essence du corps consiste dans l’é-,, tendue actuelle,le Corps de Jefus-Christ ne fauroit être réellement & de fait dans l’Eu-„ charistie , puifqu’une chose ne fauroit exister fans son essence ; mais qu’il y est scuìe-,, ment en figure, c’est-à-dire, en pure imagination Sc pensée, ou en appréhension ima-„ ginaire, qui le fait croire présent où il n’est pas”: & dans la seconde,il prouve „qu en„ établissant, comme fait Des Cartes, qu’il n’y a rien dans la substance que la substance,, même, & que les qualitez & les accidens que l’on y conçoit ne font que de simples„ apparénees qui abusent nos sens, & leur font accroire qu’il y a quelque chose de réel,, en la substance, qui n’y est pas effectivement, mais qui est seulement en nôtre pensée z,, on détruit la Doctrine de l’Eglise, qui enseigne que dans l’Eucharistie, la substance du„ pain & du vin étant détruite Sc toute changée au Corps & au Sang de Jefus-Christ,
„ les accidens qui étoient en elle, restent encore, ce qui suppose neceíîàirement que ces„ accidens font réellement distincts de la substance & peuvent subsister sans elle”. CeLivre n’est guére connu, Mr. Bayle n’en parle point, & je n’en parse ici que par le ra-port qu’a cet Ouvrage au Recueil que Mr. Bayle avoit fait imprimer.
La maniéré de faire lavoir au Public, par une eipece de Journal, ce qui se passe dansla République de Lettres est une des plus belles Inventions du dernier siécle. La gloireen est duë à Mr. de S allô, Conseiller Ecclésiastique au Parlement de Paris, qui fit paroi-tre le Journal des Savans l’an 1 66p. On reçut par tout cet Ouvrage avec aplaudisse-ment, & on l’imita en Italie & en Allemagne. Mr. Bayle étoit surpris de voir qu’enHollande, où il y avoit tant d’habiles Gens & tant de Libraires, & une si grande libertéd’imprimer, 011 ne sc fût pas encore avisé de donner un Journal de Literature. II avoitété tenté plusieurs fois de le faire , mais considérant qu’un Ouvrage de cette nature de-mandoit beaucoup de te ms Sc d’application, il s’en étoit abstenu. Cependant on vit pa-roi tre vers la fin du mois de Fevrier 1684 un Journal imprimé à Amsterdam chez le SieurHenry Desbordes, fous le titre de Mercure Savant du mois de Janvier 1684. C’étoit uneentreprise du Sieur de Blegny, Chirurgien de Paris, homme fertile en projets. E11 voi-ci quelques exemples. Voyant qu’on tenoit des Conférences fur la Philosophie Sc surd’autres Sciences5 il se mit aussi fur le pié d’en tenir, Sc érigea chez lui une Académie desnouvelles Découvertes. II donnoit des leçons particulières aux Garçons Chirurgiensfous le nom de Cours de Chirurgie , Sc aux Garçons Apoticaires , fous le nomde Cours de Pharmacie : il s’aviia même de faire un Cours de Perruque, pour lesGarçons Perruquiers. O11 y étoit reçu moyennant une certaine somme d’argent. II semêloit aussi de la Médecine, Sc vint jufqii’a prendre les qualitez de „Conseiller, Mede-„ cin Artiste ordinaire du Roy Sc de'Monsieur, Sc préposé par ordre de sa Majesté à la„ recherche Sc vérification des nouvelles Découvertes de Medecine”. En 1679 il entre-prit une efpece de Journal intitulé, Nouvelles Découvertes dans toutes les parties de la Me-decine. 11 le publioit tous les Mois : mais 1 a maniéré outrageante dont il traitoit plusieurspersonnes de mérité, donna lieu à un Arrêt du Conseil, qui fit cesse r ce Journal en 1682.
Le Sieur de Blegny n’osant plus faire imprimer de Journal en France, jetta les yeux fur1 a Hollande, Sc s’associa avec Mr.Gautier, Médecin de Niort, qui demeuroit à Amster-dam. II lui envoyait des Mémoires. Du reste, ce nouveau Journal ne contenoit pointd’Extraits de Livres , mais plusieurs petites Pieces qui rouloient presque toutes íur 1 aMedecine. On y trouvoit aussi des Chansons avec la Musique, des Poésies, Sc des Nou-velles politiques. La médisance y regnoit encore plus que dans le Journal de Me-decine.
Un Ouvrage si mal conçu Sc si mal exécuté piqua Mr. Bayle , Sc lui fit reprendre lapensée qu’il avoit euë de donner un Journal. Mr. Jurieu l’y exhorta fortement. 11 étoitbien aise d’avoir une plume assurée qui fit le panégyrique des Livres qu’il publieroit (1 ).
Mr. Bayle se rendit à ses sollicitations, Sc commença de travailler à Ion Journal le 21 deMars 1684. Le 4. d’Avril il convint avec le Sieur Desbordes pour l’impression, Sc se dé-termina à le donner tous les Mois sou$ le titre de Nouvelles de la République des Lettres ;à commencer par le mois de Mars. II ne parut du Mercure Sçavant que les mois de Jan-vier Sc Fevrier 5 fur quoi quelques personnes s’imaginerent que Mr. Bayle en étoit l’Au-teur , ce qui l’obligea de désavouer formellement cet Ouvrage (2). Les Nouvelles dumois de Mars ne parurent que le 2 du mois de Mai , Sc celles du mois d’Avril le 2. deJuin: mais il travailla avec tant de diligence que celles de Juillet furent publiées au com-mencement d’Août, & ainsi des autres, les Nouvelles de chaque mois parodiant les pre-miers jours du mois suivant. Dans la Préface il rendit compte du plan qu’il s’étoit fait,
Sc qui ne differoit pas beaucoup de celui des autres Journalistes. II divisa chaque Jour-nal en deux parties : la premiere contenoit des Extraits détaillez, Sc la seconde un Cata-logue de Livres nouveaux accompagné de quelques Remarques. Cela lui donnoit lieude parler d’un plus grand nombre de Livres Sc de faire connoitre plusieurs Ouvrages, doncil ne croioit pas devoir donner l’Extrait. íl ornoit ses Extraits de mille traits curieux Scinteressans fur l’Histoire des Auteurs, fur leurs Ouvrages, fur leurs disputes -, Sc de plu-sieurs réflexions fines Sc délicates. 11 ne travailloit pas uniquement pour les Savans: ilavoit aussi en vue de plaire Sc de sc rendre utile aux gens du monde (3). En un mot,
„ tout étoit vif & animé dans ses Extraits j il avoit l’art d’égaier toutes ses matières, Sc„ de renfermer en peu de mots l’idée d’un livre, fans fatiguer le Lecteur par un mauvaix
„ choix.