VIE D E í.Mr. B A Y L E.
XXXI
1684,
r68s.
„ choix,ou par de froides 8c ennuieuscs réflexions. II étoit siige Sc retenu dans ses jugemens:„ ne voulant ni choquer les Auteurs, ni se commettre en prostituant les louanges ( 1 )On trouva d’abord qu’il louoit trop, 8c cela l’obligea à être plus économe de les louan-ges (2.). II recevoit avec plaisir les avis qu’on luidonnoit, Sc en lavoit profiter. CetOuvrage fut reçu avec un applaudissement universel. Mr. Bayle s’étoit flaté qu’il ne fe-roit pas défendu en France, cependant il le fut; mais cette défense n’empêcha pas qu’il■n’y en passât tous les mois un grand nombre d’exemplaires. Tout le monde s’empressoità ie lire.
Les Etats de la Province de Frise, qui connoissoient Mr. Bayle par fa Lettre fur lesComètes (3), le nommèrent, le 2.5» de Mars, pour être Profesieur en Philosophie dansl’Academie deFraneker,avec neuf-cens florins d’appointements (F). Leur Résolution luisut communiquée par une Lettre du 21 d’Avril, laquelle il reçut le 9 de Mai. 11 y ré-pondit le lendemain, 8c demanda quelque tems pour délibérer: mais le 9 de Juin il écri-vit une Lettre de remerciement, 8c refusa des appointements qui étoient presque le dou-ble de ceux qu’il recevoit. Le véritable Philosophe connoit des biens supérieurs auxrichesses.
Pendant que Mr. Bayle déliberoit fur la Vocation de Franeker, il aprit (4) la mort deson frere Joseph. C’étoit un jeune homme très-estimable. Après avoir commencé sesétudes de Théologie à Puylaurens, il alla à Geneve en 1682, pour les achever, 8c y de-meura plus d’un an. 11 partit ensuite pour Paris, oh on le demandoit (y) pour être Gou-verneur de Mr.Dusson fils de M. le Marquis de Bonac (6). II y mourut le p de Mai 1684,regretté de tous ceux qui le connoissoient (7). II joignoit à beaucoup d’esprit ôc de pé-nétration, un grand fond de pieté 8c de modestie. II étoit savant, laborieux, 8c capablede grossir le nombre des hommes illustres. Mr. Bayle l’aimoit tendrement, 8c il en étoittendrement aimé. II ressentit très-vivement cette perte. „ Je vous fuis infiniment obli-,, gé, dit-il à Mr. Lenfant (8), de la part que vous avez pris à la mort de mon pauvre„ frere. Tout le monde m’en écrivoit, ou m’en difoit beaucoup de bien. Je l’aìmois„ tendrement, 8c il m’aimoit peut-être encore davantage. Dieu soit loué, qui l’a voulu„ retirer de ce monde, 8c me priver des consolations que j’en attendois! Vous avez per-„ du un bon ami, qui vous estimoit extremement5 ainsi. Monsieur, vous avez eu quel-,, que intérêt á regretter cette mort”.
Il parut dans ce tems-là une troisième Edition de la Critique Générale du Calvinisme.La seconde Edition avoit été réimprimée à Geneve , mais cela n’empêcha pas que ceLivre ne vînt bien-tôt à manquer. Dans l’Avertissement de cette troisième Edition, Mr.Bayle dit qu’étant très-assuré que c’étoit pour la derniere fois qu’on imprimoit cet Ou-vrage, il auroit bien voulu Rapprocher de la perfection autant qu’il eût été possible, en yfaisant les additions ÔC les changemens nécessaires; mais qu’il n’avoit osé le faire de peurde trop chagriner ceux qui l’avoient déja acheté deux fois, 8c qu’on entendoit souvent seplaindre des nouvelles Editions revues, corrigées, ÔC augmentées, parce qu’elles donnentdu dégoût pour les précédentes. 8c du regret d’y avoir mis son argent. C’est pourquoiil avoit fait enforte que cette troisième Edition ne fut pas fort differente de la precedentej8c il avertit tous ceux qui avoient la seconde, qu’ils pouvoient s’en tenir là, 8c*que celle-ci ne devoit point les tenter. Ce n’est pas, ajoute-t-il, qu’elLe ne soit moins mauvaiseque les deux autres, c’est que l’avantage n’est pas assez grand pour mériter qu’on y songe.Mais il ne faut pas prendre ces expressions au pied de la lettre: cette troisième Editioncontient des Additions 8c des Corrections importantes. II fit aussi quelque changementdans la disposition des Lettres, mais il s’attacha particulièrement à corriger le stile, parle retranchement des expressions ambiguës, ou des rimes. II remarque a cette occasionla difficulté qu’il y a d’écrire en François de telle sorte qu’on évite les vers, les consonan-ces, ôc les phrases où un même mot peut avoir differens rapports, 8c faire des sens dif-férons.
Au commencement de l’année i68y, il publia une fuite de cet Ouvrage fous ce titre:Nouvelles Lettres de Pointeur dé la Critique Générale de r Histoire du Calvinisme de Mr. Maim-bourg. Premiere Partie , oìi en justifiant quelques endroits qui ont semblé contenir des contra -dictions , de faux raisonnemens & autres méprises semblables ; on traite par occasion de plu-sieurs choses curieuses , qui ont du rapport à ces matières. A Vìlle-Franche chez Pierre leBlanc: M. D C. LXXXV. Cet Ouvrage est precedé d’une longue Préfacé, ou Avisau Lecteur, où Mr. Bayle assure qu’après avoir eu beaucoup de peine à consentir que l’oncommença d’imprimer cet Ouvrage il avoit été souvent tenté d’en interrompre l’impres-sion, considérant combien il est rare de n’échouer pas, lorsqu’après avoir fait un livre quia eu quelque sorte de succès, on fe bazarde de lui donner une fuite. ,, Ces fuites, con-,, tinue-t-il, font dire presque toujours, que l’Auteur ne s’est pas soutenu, qu’il en de-,, voit demeurer 011 il en étoit, qu’il devoit mieux connoitre ses forces, 8c qu’il a eu
grand tort de s’exposer à ne pas répondre à l’opinion qu’on avoit conçue de lui ”. IImontre que ces jugemens sont quelquefois raisonnables, mais que le plus souvent ils sontrrès-injuítes, 8c que si la fuite d’un Livre n’est pas aussi estimée que l’ouvrage qui a pre-cedé, ce n’est pas tant par la faute de l’Auteur, que par celle des Lecteurs. Mais com-me la disgrâce n’en est pas moindre, il conclud que si on en excepte un petit nombred’Auteurs privilégiez, tous les autres ont sujet de craindre la comparaison que l’on faitentre leurs Ouvrages, si le premier a eu le bonheur de plaire. II ajoute que jamais per-sonne
(s) Efoçe
de Mr Hayle tpar Mr. deBauval.
(z) Voyezl’Aveitisse-nrent misà la tete duMoisd’Août16 84.
(3) VoyezP Avertisse-ment deV ^Addition
aux Penjsesdiverses furles Comttda
(4) te 16de Mai.
(s) Lettresà Mr. Mi-nutoli du sde Juillet1682, p.
183 ; & du1; de Juil-let 16S3,
p. 197 -198.
( 6 ) Voyezì’Âtticle.AURÎEGE.
(7) Voyezla ternede Mr. leComte deDhona àMr. Bayle,du 2* deSeptembre16S4, k-227,228.
( 8 ) Lettredu 8 d’AoûtI684>p.2ltz120 ,
(F) Les Etats de frise U nommèrent four être Profes-seur en Philosophie dans ï’Académie de Franeker f Voiciles propres termes de leur Résolution.
Extrait uit een Regifter der Resolutie van de Edele Mo-gtnde lìeeren Gedeputeerden Staten van Friesland.
Dominus Baylius geeligeert tot ProfeíTor Pbilosophixtot Franecker op cen Tractenient van sevea hpndcr j
vystig Caroli Guldens buyten hotjdert vyftig Caroli Gul-dens wegens inununiteyt. Resolutie den 29 Maart16S4.
Accordeert met het voorfsc, Résister gemaakt en htrustm-de onder my ondergejehreve
C. ïï HERrOGBSv