V I E D E Mr. B A Y L E;
c’est à quoi je n’ai pas seulement songé. II n’est pas nécessaire pour quitter sincère-ment une Religion de se dépouiller de tout ce qu’on y a appris, Sc d’embrasser géné-ralement tout ce qui s’enseigne dans la Communion où l’on passe. Je trouverois fortinjustes ceux qui tiendroient pour suspecte la conversion d’un Catholique Romain quiaprès s’être rangé à la Communion des Protestans déclareroit qu’en certaines chosesl’Eglise Romaine lui semble meilleure que la Protestante, comme dans le célibat desPrêtres, dans le Carême, dans les jeûnes du Vendredi & du Samedi. On auroit raisonde croire que ce seroient des restes de Catholicisme , mais on pourroit dire cela fans cesserde croire qu’il auroit abjuré de bonne foi son Catholicisme , Sc embrassé le Protestantismecomme la seule Religion qui meine au port de salut. C’est donc juger des choses fansles comprendre que de donner à mon expression le sens qu’on lui donne. Voici le sensqu’on doit lui donner.
„ Que si la Reine de Suéde désapprouvé la conduite des Convertisseurs de France,c’èít cn vertu des principes de Religion qu’elle avoit appris avant son voiage de Rome,Sc non pas à cause des nouvelles instructions qu’on lui a données en ce païs-là. Cen’est point à Rome qu’on peut apprendre à blâmer les persécutions. II est même vraique l’esprit général du Catholicisme est d’exterminer les sectes, car non seulement on afait à Rome des réjouïsiânces publiques pour ce qui s’est fait en France, non seulementle Pape en a fait l’éloge en plein Consistoire Sc par des Brefs, mais auffi tous les Ca-tholiques de l’Europe y ont donné leur approbation du moins par leur silence. Com-ment est-ce donc que la Reine de Suéde auroit les maximes qu’elle a si elle ne les avoitapportées de son pais ? C’est, dit l’Auteur de la Lettre, qui elle n'est point Catholiqueà la manière de France , elle F est à la maniéré de Rome , c'est à dire , de S. Pierre (st de S.Paul. Mais c’est ce que l’on a appellé restes de Protestantisme , St ainsi cet Auteur Scmoi avons réellement la même pensée.
„ La dernière chose dont il me blâme, c’est de n’avoir pas ôté je suis de la Lettre quej’ai inférée dans mes Nouvelles. 11 n'y a que ce mot , dit-il, qui ne soit pas de fa Majesté.2 , Une Reine comme elle ne peut se servir de ce terme qu'avec tr'es-peu de personnes , (st Mr. de„ Ter Ion Test pas de ce nombre. Cette feule circonstance vérifie assez que ce n'est pas la Reinequi s'est avisée de faire imprimer cette Lettre , comme tout le monde Jçait. A cela j’ai à ré-pondre que je n’ai pas crû que la bonne foi voulût que je retranchasse cette conclusionje suis , parce qu’en la retranchant je donnois lieu dc soupçonner que j’avois écarté dc
«
55
55
75
55
55
55
55
55
55
55
cette Lettre une marque de supposition, afin de faire trouver plus vrai-scmblable aupublic qu’elle avoit été écrite par la Reine de Suéde. Au reste, il m’est tombé en-tre les mains la Copie d’une Lettre où cette Princesse témoigne qu’elle est étonnée &. fâchée de la publication de l’autrCj quoi qu’elle soit encore dans les memes sentimens.,, Les curieux seroient bien-aises de voir ici tout du long cette seconde Lettre, mais ledroit des gens ne souffre pas que je m’accommode a ce désir. Ce sont deux choies,, bien differentes d’inscrer une piéce fugitive déja imprimée, Sc d ìníerer un Ecrit nonimprimé. II faut pour de simples Manuscrits ou attendre le consentement de ceux,’ qui y ont quelque droit, ou avoir lieu de supposer qu ils ne se soucient pas de ce que
„ l’on en fera”.
L’inconiiu ne fut pas entierement satisfait de 1a Réponse de Mr. Baylc : il lui écrivitencore cette Lettre :
' „ Monsieur 3
„ La Reine a vû la Réponse que vous avez faite à ma Lettre Sc il faut vous rendrej, justice d’un côté, si vous avez eu tort de l’autre. Sa Majesté ne trouve pas que ce,, soit manquer au respect qu’on lui doit, que de ne l’appeller simplement que du nomde Christine. Elle a rendu en effet ce Nom si illustre, .qu’il n’a plus besoin d’aucunc„ autre distinction y 8c tous les titres les plus nobles, Sc les plus augustes, dont on pour-„ roit raccompagner, ne sçauroient rien ajouter à l’éclat qu’il s’est déja acquis dans le„ monde. J’avois cru que ce n’étoit pas bien parler, que de traiter ainsi un Prince pen-dant qu’il vivoit, mais je me fuis abusé, St ceux qui sont du rang St auffi pleins de„ gloire que la grande Christine, ont des régies à part, Sc n’ont besoin que de leur nom„ pour répandre dans l’esprit des gens, ce respect St cette vénération, que les titres des„ autres impriment. Vous l’cmportcz fur cela, Monsieur, St je me 1 ends
„ Mais il n’en est pas de même du mot de Protestantisme y qui vous est échapé un peu„ mal à propos. Sc où vous employez toute la finesse de vôtre esprit pour vous justifier.„ II faut suivre mon exemple, Lt confesser que vous avez tort. La Reine qui pour tout„ le reste est assez contente de vos excuses, ne l’est point du tout en cet endroit de vos,, justifications : ce n’est pas devant un esprit comme le sien qu’il faut chercher des faux-,, fuyans. Quand on a commis quelque fuite auprès d’elle le plus court St le plus sûrest de Pavoiser, St en tout cas vôtre esprit,, ingénieux comme il est, devoit vousavoir suggéré quelque chose de plus digne de fa Majesté, que les raisons que vous avezapportées pour vous justifier. Ce n’est pas qu’elle se mette en peine de tout ce quevous sauriez dire d’elle. Une Reine comme elle ne peut que mépriser également les5 souanges Sc les blasphémés de certaines gens: mais elle est née pour rendre justice, St3 ’ vous pourriez vous vanter d’être le seul au monde qui l’eût offensée impunément, si,, vous n’aviez pas pris lé parti que vous avez pris, qui est celui de la justification.
„ Mais il faut achever, Monsieur, & vous dédire entierement Sc nettement, si vous„ voulez qu’on soit tout à fait satisfait de vous. La Reine veut du moins que vous sa-„ chiez, & toute la terre avec vous, qu’elle ne doit rien à la Religion des Protestans*„ Sc que si Dieu permit qu’elle y nacquit, elle y renonça depuis qu’elle eut atteint Page„ de raison, Sc fuis aucun retour: que la Religion Catholique lui parut dès ce tems-là„ Punique .Sc la véritable. Sc que c’est fur les saintes maximes de celle-ci, èç non pas fur
celles