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Tome premier. A - B.
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V ï E D E M r. B A Y L E.

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f 68s. 35 celles des Protestans que Sa Majesté a condamné dans fa Lettre les maniérés dont on

,, en use en France pour convertir les Huguenots , & le Pape a rendu à cette Lettre la„ justice qu'elle mentoit.

,, Vous n’avez pas raiion de dire 3 comme vous faites , que dans celle que je vous ai} écrite, on vous traite avec un peu trop à'aigreur Sc de colere 5 car je crois que vous m’a-3 , vez quelque obligation, Sc que vous pourriez avoir bien plus sujet de vous plaindre, si„ je ne vous avois pas écrit. Et afin que vous le sachiez, je vous donne avis que je luis„ un des moindres Serviteurs de la Reyne, Sc qu’il y a dans ce pays nombre de personnesqui font gloire d’être dans les intérêts de fa Majesté , Sc qui font gens à vous parlerbien d’un autre ton que moy, si vous ne vous corrigez pas à l’avenir.

„ Je ne vous ai rien dit du mot de fameuse dont vous vous étés encore servi en par-„ lant de la Reyne (t ), Sc qui n’a pas plû à fa Majesté. Je fçai que ce mot n’a pas tout- (o Mr,

„ à-fiiit la même signification dans nôtre Langue que dans le Latjn, Sc dans P italien, &C f$ l 0 * c ae,, que nous le prenons plus souvent en bonne qu’en mauvaise part. Mais il faut fur tou- point lervî,, tes choses éviter ces ambiguitez en parlant des têtes couronnées ; au sujet desquclles e^effion:„ vous n’ignorez pas, qu’on a dit, qu’on ne devoit employer que des paroles d’or Sc de n avc.it ua-„ foye. Et fur tout à l’égard d’une Reyne comme celle dont nous parlons , qu’on peut„ dire hardiment Sc fans craindre d’offenler les autres , qu’elle n’a point d’égale ; je dis *»ne„ même pour le rang, car les autres Reynes, à proprement parler, ne font que les pre-„ mieres sujettes de leurs maris ou de leurs fils : mais la grande Christine est Reyne d’u- ««,*.• tue-,„ ne maniéré si noble Sc si relevée qu’elle ne.connoit que Dieu au-dessus d’elle. j c e °

„ Voilà, Monsieur, ce que j’avois encore à vous dire , & la réponse que je puis fai-„ re à la vôtre. J’efpere que vous continuerez de profiter de mes avis , Sc le tems vous Adolphe,,, pourra faire voir que je fuis plus que vous ne pouvez croire

„ Monsieur,

„ Votre trcs-humble Serviteur.

P. S. „ Au reste vous parlez dans vos Nouvelles du mois d’Aout, de la Copie d’une sc-„ conde Lettre de la Reyne qui vous est tombée entre les mains, & que vous faites diffi-„ culté de mettre au jour. Sa Majesté feroit assez curieuse de voir cette Lettre, Sc vous„ lui feriez plaisir de la lui envoyer. Vous pourriez même prendre de là occasion de luii,, écrire. Cet avis est à suivre ; & vous pourroit êíre de quelque utilité: ne le neo-li&ez„ pas. Mais j’ai à vous avertir, en cas que vous en profitiez, qu’il ne faut point vous,3 servir du Titre de Serenijstme avec la Reyne: il est un peu trop commun pour elle, &„ fa Majesté n’en veut point du tout. Vous mettrez simplement au-dessus de vôtre Let-,, tre, A Ses Majesté la Reyne Christine , à Rome.

Mr. Bayle profita des ouvertures qu’on lui donnoit, & il écrivit à la Reine Christine,le 14 , de Novembre, la Lettre qui fuit:

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Madame,

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„ Te ne prendrois pas la hardiesse d'écrire aujourd’huy à Vôtre Majesté ,sonne, qui a l’honneur d’être à son service , ne m’eiìt conseillé de le faire ,

„ . -, ' ’ ' " cru

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une per-de de lui

envoiér une Copie d’une Lettre, qui m’est tombée entre les mains. J’ai cru, Mada-me, qu’un conseil comme celui-là justifieroit ma témérité; Sc que je devois profiter decette occasion de témoigner à la plus illustre Reine du monde, mon très-profond res-pect. Je ne fçai pas le nom de celui qui me procure ce glorieux avantage. 11 n’a pastrouvé à propos de se faire connoitre à moi, que par le Titre d'un des Serviteurs de Vô-tre Majesté ; Sc il faut lui rendre ce témoignage, qu’il répond par son zèle pour vos in-térêts à la qualité qu’il sc donne.

„ C’est de lui que j’ai apris qu’il y avoit certaines choses dans les Nouvelles de la Ré-publique des Lettres , qui ne paroissent pas conformes au respect que tout le monde doit àVôtre Majesté■> non seulement à cause de ses quaìitez héroïques Sc extraordinaires, maisauffi à cause du rang sublime où Dieu l’a fait naître. Comme je me sentois innocent,je me sentis siúsi d’une surprise que je ne faurois exprimer, & en même tems d’une dou-leur accablante, lors que je vis qu’on interprétoit mes paroles d’une maniéré si opposéeà mes véritables intentions, Sc à tout ce que le sens commun doit inspirer à toute per-sonne raisonnable. Car, Madame, y a-t-il un homme, qui ait tant soit peu de lumiè-re Sc de raison, qui ne sache la Gloire presqu’infiriie qui environne Vôtre Majesté, Scles hommages respectueux que toute la Terre lui doit ; & quand on est capable d’ou-blier son devoir à cet égard, quelle honte ne doit-on pas sc faire à soi-même ? Je puisprotester à Vôtre Majesté, Madame, que depuis que je fçai lire , je fçai qu’elle estl’admiration de tout l’Univers , & qu’il n’y a point d’homme de Lettres qui soit pluspénétré Sc plus rempli des justes éloges que les Savans lui ont donné. Je puis dire queje fçai encore par cœur tous les endroits de VAlaric (z) qui regardent Vôtre Majestédont l’Auguste Nom brille de toutes parts. Ainsi \c n’avois garde de rien dire, ni derien penser que je crusse contraire à ce qui est deu à une si grande Reine. Ma douleurfut donc très-grande , quand je fçus que des personnes, qui ont l’honneur d’être auservice de Votre Majesté, Madame, me trouvoient coupable. J’ai auffi-tôt travailléà ma justification; & j’apprens, Madame, qu’à peu de chose près, Votre Majesté s’estdéclarée pour mon Apologie. C’est ma plus grande consolation; & je fuis très-assuréqu’il ne me sera pas plus difficile de faire voir en tout mon innocence, quand il plaira

à Votre Majesté, Madame, de me faire fçavoir ses ordres.

(r) Scude-iy‘ a frtitun pom-peux élogede la ReineChristinedans le XLivre deson Poê-me»intitulé,^Al&ric «u\omtcuí:.

„ La seconde Lettre que j’ai reçue fur ce sujet , me marque une chose que VotreMajesté veut que je rende publique. Csest qu’elle renonça à la Religion de sa naissan-ce, dés qu’elle eut ï âge ds raison. Si Votre Majesté me l’ordonne, je publierai encoreTon. I. s.g] ' co

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