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V I E D E Mr. B A Y L E.
î-ïollande; mais on ne leur permettroit pas de dogmatiser contre la Religion Romaine.I-.es Hollandois auroieht tout le commerce des Indes, & la France démolirait quelquesplaces des Pays-bas qui pouvoient leur donner de l’oinbrage. 11 vouloit que le Roi Guil-laume fût reconnu Roi ’d’Angleterre, & que le Roi Jaques fût sait Roi de Jérusalem 6cde toute la Palestine. Les Princes Chrétiens dévoient s’unir pour abolir FEmpire Otto-man. L’Electfcur de Bavière devoit être Empereur de Constantinople; 6c le Comte deTekely devoit avoir Belgrade 6c les Provinces de. Servie , Bulgarie, Bosnie, Rascie,Moldavie, 6c Valaquie. Ces deux dernieres dévoient être tributaires de la Pologne. Ondonnoit aux François l'Egypte, une partie de la Syrie, 6c l’Isle de Rhodes, 6c ,, les a-„ vantages que l’on en recueilliroit,disoit le Sieur Goudet (i),c’est qu’aux dépens de l’in-„ fidèle on donnerait de l’occupation en des Pays éloignez à cette humeur inquiète 6c5 , remuante des François, qui ent peine à demeurer dans le repos 6c d’en laisser joiiír les,, autres, ce qui n’est pas d’une petite conséquence pour l'intérêt général”. Pour rendrela paix perpétuelle, les Princes de l’Europe dévoient donner tous les ans aux Suisses sixcens mille écus, pour l’entretien de quarante mille hommes qui feraient toûjours prêts àfondre fur celui qui voudrait la rompre; 6c ces troupes en cas de besoin, seroient jointespar trente mille hommes que l’Empereur 6c les Princes de l’Empire entretiendraient furpied.
Le Sieur Goudet admirant la sublimité de son génie dans le Projet de Paix qu’il avoirformé, le communiquoit à tous ceux qu’il pouvoit engager à le lire. II en entretint leRésident dc France qui s’en moqua (z). Mais cela ne le rebuta point. Sachant les liai-sons que Mr. Minutoli, dont il étoit allié, avoit avec Mr. Bayle, il le pria de lui en-voyer ce Projet de Paix pour savoir „ son jugement auífi bien que celui de plusieurs au-„ tres personnes illustres dans les pays étrangers (3)”. Mr. Minutoli envoya, au moisde Septembre 1690, les six premiers Entretiens à Mr. Bayle, fans lui en nommer l’Au-
teur, 6c lui marqua en même tems „ que si l’on ne faisoit pas état de bien sauver dans cem. ■ * . ~ ~ - .
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Projet les intérêts du Protestantisme, 6c de ses chers frères les Réfugiez, il n’auroitpas seulement daigné jetter les jeux dessus; mais que celui qui avoit la chose en mainl’avoit assuré que la suite lui oteroit tous les scrupules qu’il pourrait avoir là-dei-
• sus (4)”*
L’Article des Réfugiez avoit été réservé pour le septième Entretien, qui ne sut pointnvoyé à Mr. Bayle. Mr. Minutoli le pria de communiquer les six premiers à Mr. le Ba-011 de Groeben, Gouverneur du Prince Louis frere de l’Elccteur de Brandebourg; à
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ron de Groeben
Mr. Burnet, Evêque de Salisbury; à Mr. Hulft, Résident des Etats à Bruxelles; à Mr.Frémond d’Ablancourt, 6c à Mr. de Bauval: enfin, il le pria de le faire lire par le plusgrand nombre d’habiles gens Lc de personnes d’Etat qu’il feroit possible, 6c de taire savoirce qu’ils en penseraient (s). Mr. Bayle en sit faire des copies, 6c les envoya aux person-nes que Mr. Minutoli avoit nommées. On n’cn jugea pas fort avantageusement. ,, Non,, seulement on ne trouvoit pas l’Ouvrage bien écrit, mais on y trpuvoit des visions, des„ idées de République Platonique, 6c de cette République Chrétienne dont Mr. de Sulli„ nous a conservé le plan (6) . Mr. Bayle ne le lut point; car outre l’aversion extrême
qu’il avoit pour la lecture d’un Manuscrit, ses autres occupations, 6c le peu de cas qu’enfirent ceux à qui il l’avoit donné à lire l’en détournèrent entierement (7). II sit lavoir àMr. Minutoli íe jugement qu’on en portoit, 6c ajoûta „ que l’Auteur pouvoit compter,, comme une chose certaine que tout plan de paix générale qui ne dépouillerait pas la„ France de tout ce qu’ellc avoit conquis depuis long temps, 6c qui ne saffoiblirort pas„ jusques au point de ne pouvoir plus être suspecte à ses voisins, feroit rejette (8) ”. Dansle tems qu’on faisoit des Copies de cet Ecrit, Mr. Bayle étant entré dans la Boutique duSieur Acher, Libraire de Rotterdam, ce Libraire „ (9) le pria de jetter les yeux fur un
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Manuscrit qu’on lui avoit mis en main,.6c de lui dire ce qu’il en croyoit, 6c si ce neferoit pas un ouvrage de débit. Mr. Bayle n’eut pas plûtôt vu la premiere page, qu’ilconnut 6c dit tout haut, en présence de plusieurs Réfugiez qui étoient dans cette Bou-tique, que c’étoit un Ecrit qu’il avoit donné à copier, 6c il en parut fâché, parcequ’il craignit que ic Copiste ne se fût mis dans la tête de donner à imprimer cet Ou-vrage. Car il n’avoit reçu commission dc Geneve que de le faire voir en Manuscrit,6c de lavoir ce que les connoisseurs en penfoient, afin que l’Auteur rajustât les choses,selon les différentes vues qui lui seroient suggérées. Mais le Sieur Acher le ras-
sura en lui disent que celui dont il tenoit cette Copie ne s’en désaisiroit qu’en la ren-dant à Mr. Bayle; 6c comme il le crut maître de l’Ouvrage, il le pria de lui en procu-rer sédition. Mr. Bayle lui répondit qu’il n’avoit aucun ordre de faire imprimer cettepiecc; 6c que si on en venoit là, 8c que la chose fût laissée à sa disposition, il le préfé-rerait à tout autre. 11 en parut fort reconnoissant.
„ Quelque tems après Mr. Minutoli écrivit à Mr. Bayle, que l’Auteur sc diípoíoit àpublier à Lausanne les six premiers Entretiens, pendant qu’il acheveroit les deux au-tres. Mr. Bayle le dit au Sieur Acher, qui ne trouva pas à propos de changer de des-sein, vû qu’il n’y avoit pas d’apavence qu’une édition de ce pays-là empêchât qu’uneédition de Hollande ne se vendît bien, étant plue belle 6c plus à portée de se répandrepar tout, que celle de Suisse. II proposa donc uniquement pour lui faire plaisir, qu’onleur envoyât les feuilles de sédition de Lausanne à mesure qu’elles seroient tirées, yayant à Rotterdam un Libraire qui les réimprimerait.. On agréa la proposition, 6cd’ordinàire. en ordinaire Mr. Minutoli fit esperer à Mr. Bayle qu’on lui enverrait lesfeuilles avec les corrections de l’Auteur. 11 lui marqua que l’Ouvrage feroit considé-rablement augmenté, 6c que la forme en feroit presque toute changée en mieux; quel’Auteur insistent particulièrement sur le point de la Garantie; 6c qu’il avoit mis l’Ar-1 en un état qui avoit nlû à plusieurs d’entr’eux. Comme les feuilles
ticle des Réfugiez
ne venoient point, Mr. Minutoli prioit Mr. Bayle de tenir le Libraire en haleine.”
(10) Durant les ,, délais des feuilles, le Sieur Acher s’avisoit de tems en tems de dire à„ Mr. Bayle qu’il n'imprimeroit point ce Projet fans savoir s’ii pourrait déplaire. Mr.
C h 3] » Bayle
f il SecondEntretien&c, pag.27, îS.
(1) Extraitd’unc ’ “t-tie ccritee.e Gcjieve,&c , dansla (bimedémontrée ,p. 2C4.
(}) Lettrede Mr. Mi-nnroii àM r. juneu,ibid. p. IS4„
f4) CabaleChimérique ,
p. S . «.
(;) Ibidem^p, 20 3 cHliv.
C«)p 13;
14.
( 7 ) P- 7 &lïnv.
( 8) p. 20,
17-
(91 p. ií Scíiiiv.
sio)?. 22,2 ).