L XII
V I E D E
Mr. B A Y L E.
(ï) Nouvel
iXvis &.C »
6s. Vo-yez auffil’ArticleCOMENIUS,ubi íupr.
(i) Lettre
dU 28d’Août
16,2, p.
445 .
Mr. Bayle joignit à cet Ecrit une Lettre de Monsieur * * * à l'Auteur de r Avis au pe-tit Auteur des petits Livrets. E'Auteur de cette Lettre loue Mr. Bayle d’avoir à fa priè-re supprimé les réflexions qu’il étoit fur le point d'envoyer à l'Imprimeur fur la violenteincartade qu’on trouvoit dans la seconde Apologie de Mr. Jurieu contre l’Auteur du su-nna Coelorum reserata. II montre combien cet Ouvrage étoit mortifiant pour Mr. Jurieu,èc fait une apologie ironique de la colere de ce Ministre. II répond auífi au reprochequ’on avoit fait à l’Auteur sur sa Latinité. „ Je trouve très vraisemblable, dit-il (i),,, que Mr. Larebonius ne s’est jamais attendu à un tel reproche, tant parce qu’il a déclaré„ au commencement & à la fin de son Livre qu’il a choisi tout exprès le stile des Scho-,, lastiques, que parce qu’il ne croyoit pas que son Adversaire sût en état de juger du stile„ Latin autrement qu’un aveugle des couleurs. II y a autant d’injustice à trouver mau-,, vais qu’on se serve du stile des Universitez dans un Ouvrage de pur raisonnement, qu’à„ vouloir qu’on écrive en beau François la réfutation de quelques misérables Factums„ dans laquelle on n’a été occupé qu’à inventorier des mensonges, & des contradictions.,, Depuis quand se pique-t-on de beau stile dans les Ecritures de procès , dans les Fac-„ tums, dans des Inventaires? A-t-on réfuté ceux du dénonciateur avec l’application„ qu’on apporte à la composition d’un Ouvrage qu’on veut rendre digne par lui-même„ d’être lu? On savoir que peu de gens prendroient la peine de lire ces sortes de refuta-„ rions; la lecture n’en étoit pas nécessaire aux gens dépréoccupez; & les demonstra-„ rions d’Euclide ne feroient que blanchir fur les gens préocupez; on a sçu cela, ainsi, on n’a eu garde de perdre son tems après le stile”. Cet Ami dit ensuite que si Mr.Bayle eût voulu le croire, il auroit abandonné l’Auteur des petits Livrets à son mauvaisgénie, fans daigner lui faire un mot de réponse; ôc qu’il est Lien fâché de voir qu’il con^tinue à le réfuter. Vous aurez beau, dit-il, le convaincre d’avoir pitoyablement raison-né, d’avoir cité à faux, & repeté les mêmes choses fans avoir eu égard à ce qu’on avoitrépondu; tout cela ne fera pas capable de l’erapêcher d’écrire, & de rallumer le feu àmesure qu’il s’apercevra que le tems commence à l’éteindre. 11 fait voir ensuite que cetAuteur avoit avancé plusieurs choses que Mr. Bayle auroit dû relever, puisqu’il s’étoitmis fur le pied de lui répondre encore une fois.
Mr. Bayle mit à la tête de cet Ecrit un Avis au Lecteur, où il avoue que la plupartde ses Amis lui conscilloient de ne pas répondre à l’Auteur des Remarques fur la CabaleChimérique; que s’il les avoit crus il n’auroit pas fait semblant de savoir que ces petitsLibelles fussent dans la nature des choses, & qu'ils avoient été sachez qu’il en eût réfutéquelques morceaux : cependant, que comme c’elt une matière où il y a du pour & du con-tre, il n’avoit pas suivi tout à fait leur avis, mais qu’il avoit pris un certain milieu, quiétoit de publier quelque chose afin d’apprendre au public pourquoi il ne réçondoìt pointpied à pied aux Ecrits de ce faiseur de Remarques. ,,Les principales raisons, dit-il, pour-„ quoi on ne s’engage pas à ces fortes de réponses font, i. Que cçt Auteur ne fait que„ repeter les mêmes choses fans répliquer aux réfutations qu’on y a opposées, z. Que le„ public n’est déja que trop fatigué de tant de petites discussions, z. Que cet Auteur fal-3 , sifie ‘si grossièrement les endroits qu’il tâche de réfuter, qu’on doit se promettre de l'e-„ quité des Lecteurs désintéressez qu’ils découvriront par eux-mêmes les fautes du per-sonnage , mais comme on auroit tort d’en vouloir être cru fur fa parole, il a fallu don~” ner quelques preuves de ceci ; c’est pourquoi on a eu foin & dans le premier Avis aupetit Auteur, & dans le second, de montrer par quelques échantillons de quoi il est ca-„ pable en fait de citer à faux, & de tirer de mauvaises conséquences. De plus il a fallu„ prier tous les Lecteurs qui se voudront porter pour juges, de confronter par tout ail-„ leurs les pieces des deux parties : voila d'un côte ce qui a fait qu’on lui répond quelque„ chose, Sc de l’autre ce qui a fait qu’on ne répond pas à tout”. Mr. Bayle remarquaaussi que ce petit Ecrit auroit paru plûtôt, si on n’avoit pas sçu que Mr. Jurieu avoit sousla presse un gros Factum dont ses Emissaires parloient avec de grands éloges selon leurcoûtume; Sc que pour n’en pas faire à deux fois, il avoit résolu de différer la publicationde ce second Avis jusqu’à ce qu’il eût vu par la lecture de ce Factum, s’il meritoit d’êtreréfuté, auquel cas il en auroit joint la réfutation avec cet autre Ecrit. Mais comme ilvenoit d’aprendre que ce Factum ne paroítroit pas encore, il n’avoit pas voulu différerplus long tems la publication de ce nouvel Avis ; Sc qu’il promettoit par avance, si lachose en valoit la peine, de renverser bien-tôt toutes les nouvelles machines du Délateur.
Ce Factum parut quelque tems après fous le titre de Factum selon les formes , ou Dispo-sition des preuves contre VAuteur de l'Avis aux Réfugiez , selon les réglés du Barreau : quifont voir que fur de telles preuves , dans les crimes capitaux , on condamne un criminel accusé.Mr. Jurieu y mit un Avertissement, ou il dit qu’une maladie qui le retenoit depuis huitmois dans une grande foiblesse l’avoit empêché de continuer à écrire contre l’Auteur deY Avis aux Réfugiez-y mais que d’autres y -avoient suppléé. 11 ajoute que ce Faïïum étoitl’Ouvrage d’un Avocat de Paris, à quelques chapitres près qu’il y avoit ajoûtez. Cet E-crit n’a rien de nouveau que la forme. On y repete les prétendues présomptions de Mr Ju-rieu, cent fois réfutées; on les range fous différons chefs , Sc on les accompagne d’unCommentaire tiré des Libelles de Mr. Jurieu & de ses Ádherans. Mr. Bayle méprisa sa-gement cet Ecrit: il ne voulut pas seulement le lire, comme il l’aprend à Mr. Minutoli.„ Mr. Jurieu, dit-il (z), a publié tout de nouveau un gros Faftum contre moi, que per-,, sonne ne m’a conseillé de lire, (ôt j’ai suivi ce conseil,) où il ne fait que repeter tou-,, tes ses anciennes chicanneries, fans faire semblant de savoir qu’on les a refutees pleine-„ ment. II a fait, à ce qu’on m’a dit, revenir fur les rangs la Cabale de Geneve & du Pro-„ jet de Paix , fans avoir égard ni à ce qu’il vous a écrit, pour vous reconnoitre innocent,„ ni à l’aveu que font ses plus outrez partisans, qu’il a eu tort de m’attaquer fur cela, &„ qu’il devoit se contenter de l’autre accusation”. Les partisans de Mr. Jurieu fòuhai-toient qu’il ne se fût attaché qu’à l’accusation qui regardoit Y Avis aux Réfugiez: mais ilsn’en jugeoient ainsi qu’après coup, & parce qu’ils voyoient que tout ce qu’il avoit dit dela Cabale de Geneve ÔC du Projet de Paix étoit évidemment faux & chimérique.
C’est
IvíCÎ.