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Tome premier. A - B.
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LXV
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L6§r.

V I E D E Mr. B A Y L E. lxv

„ comme c’est un sujet odieux, il vaut mieux le laisser tomber que de faire criailler de„ nouveau ses ennemis”. II dit aussi dans un Mémoire plus étendu,qu’il m’envoya quel-que tems après: „J’ai toujours cru (i), & je crois encore que Mr. Bayle étoit l’Auteur„ de la Préfacé, 8c que le Manuscrit lui en avoit été confié par Mr. de Larroque, qui„ changea de Religion peu de tems après , 8c qui a toujours réclamé cet Ouvrage com-„ me sien. C’est là, si je ne me trompe, tout le mystère qui a rendu les défenses de Mr.„ Bayle si foibles : il n’osoit dire ce qu’il pensoit du Livre 8c de l’Auteur qui a toujours„ été son Ami”. Mr. Basnage remarque que Mr. de Larroque a toujours réclamé cetOuvrage comme Jìen ; & en effet, on a toujours ouï dire à Mr. de Larroque, lorsqu’il s’a-gissoit de certaines choses, f aï dit , on j'aï prouvé cela clans mon Avis aux Réfugiez-, &les Amis ont souvent dit, comme une anecdote Litcraire, qu’il étoit l'Auteur de ce Li-vre. C’est un fait attesté par des personnes très-dignes de foi.

Voilà deux senti mens sort opposez, 8c qui ont néanmoins chacun leurs partisans. Ce-pendant il y en a encore un troisième, qui semble avoir prévalu: plusieurs personnes at-tribuent cet Ouvrage à Mr. Bayle, quoique par des raisons différentes. Les uns se fon-dent fur le témoignage de Mr. Jurieu: mais quel fond peut-on faire fur son témoignage?I)'ailleurs, il avoit tellement lié la prétendue Cabale de Geneve avec l’affaire de Y Avis auxRéfugiez , qu’il ne lui étoit plus permis de les séparer. La fausseté d’une de ces accusa-tions bien avérée, détruisoit nécessairement l’autre. Cependant lorsqu’il fut convaincuque cette Cabale n’étoit qu’une Chimere, il ne laissa pas de persister à soutenir l’Accusa-tion touchant Y Avis aux Réfugiez. Mais trouvant ensuite que cette séparation ne luiétoit pas favorable, il n’eut pas honte de reprendre l’accusation de la Cabale.

D’autres attribuent cet Ecrit à Mr. Bayle, parce qu’ils croient y reconnoitre son stile.Mais c’est justement ce qui auroit dû faire juger qu’il n’en étoit pas l’Auteur: car outréque les preuves tirées de la conformité du stile sont incertaines , c’est que le stile de cetEcrit paroit fort diffèrent de celui des autres Ouvrages de Mr. Bayle: il est plus pur,pluscoulant, plus régulier. Mr. de Larrey, qui avoit bien examiné l ’Avis aux Réfugiez , 8cqui étoit très-porté à le donner à Mr. Bayle, n’a pas osé prononcer. Pour moi , dit-il (2),je ne ?nc sens ni affez persuadé pour entreprendre de persuader les autres , ni assez hardi pourdécider fur un fait problématique.

Enfin, on donne cet Ecrit à Mr. Bayle sur le témoignage du Sieur Moetjens, qui l’aimprimé. On assure que ce Libraire a dit à plusieurs personnes que Mr. Bayle en étoitl’Auteur. Pour moi, ayant apris que Mr. Louis, qui en a corrigé les Epreuves, confir-moit le rapport du Sieur Moetjens , je l’ai prié de me donner la-dessus quelques Eclair-ciffemens. II n’a pas trouyé à propos de me répondre: mais il a dit de bouche à une per-sonne qui ne se distingue pas moin§ par son mérité que par ses Ouvrages , 6c qui avoit eula bonté de lui rendre ma Lettre \ ,, qu’il connoisloit récriture de Mr. Bayle avant? , que de corriger cet Ouvrage, 8c que depuis ce tems-là il a eu diverses occasions de la„ connoître parfaitement : que toqt le Manuscrit d’un bout à l’autre étoit écrit de la„ main de Mr. Bayle , Lc qu’il en conservoit un morceau qu’il avoit coupé d’une des,, feuilles, avant que de la rendre au Sieur Moetjens”. Voila ce que j’ai pu aprendre deplus positif fur ce sujet. Quand même on ne douteroit point après cela, que Mr. Baylene fût l’Auteur de cet Ouvrage, on ne sauroit néanmoins fans injustice l’accuser de tousles desseins pernicieux, de toutes des vues criminelles que Mr. Jurieu lui atribuoit. Lescirconstances où Mr. Jurieu fit revivre cet Ecrit aggravèrent ses Accusations. La persé-cution avoit forcé les Réfugiez d’abandonner tous leurs biens , de renoncer à toutes lesdouceurs de leur patrie , pour sc retirer dans les pays étrangers : leur playe étoit encoresanglante. Dans cet état, on souffre impatiemment la censure, 8c on s’irrite contre laraillerie. On prend tout en mauvaise part : on n’entre point dans l’intention de celui quiparle, 8c on se fait des applications mal fondées. Cependant c’est cette même intentionqui doit être la réglé de nos jugemens. C’est par là qu’on distingue une raillerie inno-cente, d’un reproche amer j une réprimandé salutaire, d’une violente invective. Or iln’est pas possible de concevoir que Mr. Bayle ait voulu flétrir tout le Corps des Réfugiez,qu’il ait pris à tâche de les rendre odieux aux Princes , 8c de mettre un obstacle invinci-ble à leur retour. II auroit démenti son caractère , fa conduite , 8c tous ses autres Ou-vrages où il a si bien défendu les Réformez, & a été si sensible à leurs maux. D’ailleurs,les plus sortes Censures de Y Avis ne regardoient qu’une très-petite partie des Réfugiez,une poignée de Réfugiez retirez en Hollande. II n’y avoit qu’eux qui écrivissent. LesRéfugiez de Suisse, d’Allemagne, 8c d’Angleterre n’avoient rien fait imprimer ( 3 ) : Mr.Bayle ne l’ignoroit pas; il ne pouvoit donc les avoir en vûë, non plus que ceux de Hol-lande qui n’avoient point écrit, 8c qui blamoient même la conduite de quelques uns deleurs confrères.

Ainsi, quand Mr. Bayle scroit l’Auteur de Y Avis aux Réfugiez , on ne pourroit direautre chose, touchant les motifs qui l’auroient porté à écrire cet Ouvrage, sinon, Qu’ilétoit chagrin de voir qu’on repaissoit de chimères 8c de visions apocalyptiques l’efpritd’un grand nombre de Réfugiez, ce qui les rendoit la risée de toute l’Europe: Qu’ayantune aversion extrême pour l’esprit de satire, 8c de médisance , il étoit indigné de voirque des Réfugiez écrivissent des Libelles contre des personnes respectables, 8c même con-tre des têtes couronnées ; qu’on s’étoit vangé cruellement fur son Frere de la Critique deMr. Maimbourg, 8c qu’à plus forte raison il y avoit lieu de craindre qu’on ne se vangeâtde ces Ecrits satiriques, fur les Reformez qui festoient en France : Qu’il savoit que dansce Royaume, les Rois se regardent comme absolus, 8c qu’il n’y est pas permis de dire lecontraire ; qu’ainsi il avoit voulu faire entendre que les Ecrits des Réfugiez qui attaquoientcette Souveraineté , ne servoient qu’à les rendre odieux, 8c à empêcher leur retour:Qu’ayant été élévé dans les senti mens de l’indépendance 8c de la Souveraineté des Rois,scntimens qui étoient enseignez dans les Eglises Reformées , il ne falloit pas être surpris

3 u’il eût combattu si vivement l’opinion contraire : Qu’il étoit mal instruit des affaires'Angleterre: il ne croyeit pas que la Religion Anglicane courût aucun risque; 8c il re-Tom. I. [kl gardoit

(xi Me-moire MS;de Mr. Bai-nage.

(t) Vaurla Préfacéde fa %é-pense à ï'^é*vis aux

0 ) lifta-

dra , dit

Mr. Jurieu,jnftifier Ut\tfuxiez. tjuifont a Lon-dres & ré-pandus dantPxAn-et erre , quûfont À Ber-lin , en Bran -dcboy.rg , enfíeflè , tnSuisse , danstonte l'^AhUmazneirk Geneve $car je n e%-. tens pointparler quedans tousces lieux ilparoisse deces livretsqu'on apellédes Libelles .La Provincede Hollandef fi le seul'théâtre où.l'on voit pa-roìtre tousces Ecrits ►

Examende l'^Avisaux Pefu~

Ziei. , p. 67-68 .